25 août 2026

27 juillet. Mediapart. Blog du CADTM. L’extrême droite à la conquête de l’Union européenne

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CADTM

Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes

L’extrême droite à la conquête de l’Union européenne

L’extrême droite n’est plus une force politique marginale en Europe. Elle gouverne déjà plusieurs pays, domine la vie politique dans d’autres et influence désormais les principales décisions de l’Union européenne.

Plus inquiétant encore, les partis conservateurs traditionnels abandonnent progressivement le « cordon sanitaire » qui les séparait de l’extrême droite et construisent avec elle des majorités parlementaires de plus en plus fréquentes.

Cette évolution ne résulte pas seulement d’une progression électorale. Elle traduit un basculement plus profond : l’extrême droite européenne est en train de conquérir une véritable légitimité institutionnelle tout en s’intégrant dans une internationale politique dont Donald Trump constitue aujourd’hui le principal point de référence. Des réunions de la Conférence d’action politique conservatrice (CPAC) aux réseaux animés par Vox depuis l’Espagne, se construit un espace transatlantique où circulent idées, stratégies, financements et campagnes politiques.

L’Europe entre ainsi dans une nouvelle phase où la frontière entre droite conservatrice et extrême droite devient chaque jour plus poreuse. Cet article analyse les différentes dimensions de cette évolution [1].

La montée de l’extrême-droite en Europe et sa participation au pouvoir

L’extrême-droite a fortement progressé électoralement en Europe au cours des 15 dernières années. À quelques rares exceptions près, tous les partis d’extrême droite ou néofascistes en Europe expriment leur sympathie pour les positions de Trump. Beaucoup de leurs dirigeant·es veulent s’afficher avec Trump et adoptent son style de communication.

À propos de l’Europe, la nouvelle stratégie de sécurité nationale de Trump affirme : « Nous voulons soutenir nos alliés dans la préservation de la liberté et de la sécurité de l’Europe, tout en restaurant la confiance civilisationnelle de l’Europe et son identité occidentale.  » Le document ajoute également : «  L’Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau, et l’influence croissante des partis européens patriotiques est en effet un motif de grand optimisme.  » Trump et son entourage sont ainsi favorables à la montée électorale de l’extrême droite en Europe pour tenter de recomposer l’ordre politique européen et promouvoir un bloc international néofasciste articulé autour du trumpisme et des intérêts des grandes entreprises privées étasuniennes.

Les partis de droite radicale ou d’extrême droite sont au gouvernement dans plusieurs pays européens, notamment en Italie, en Finlande, en Croatie, en Slovaquie et en République tchèque. En Suède, les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna) ne participent pas formellement au gouvernement minoritaire mais lui apportent leur soutien parlementaire. En Belgique, la N-VA, parti nationaliste flamand de droite extrême (membre du groupe ECR de G. Meloni au parlement européen), dirige le gouvernement fédéral avec Bart De Wever comme Premier ministre.

L’extrême droite est devenue la première force politique dans plusieurs pays européens. En Italie, Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni domine la vie politique depuis les élections de 2022. En France, le Rassemblement national de Marine Le Pen est devenu la première force électorale et est aux portes du pouvoir. En Autriche, le FPÖ (Parti de la Liberté ) est arrivé en tête des élections législatives de 2024. En Flandre (Belgique), le Vlaams Belang, parti d’extrême droite, est arrivé en première position lors des élections européennes de juin 2024, devant la N-VA, parti nationaliste flamand de droite extrême. Aux Pays-Bas, le PVV (Partij voor de Vrijheid – Parti pour la liberté) de Geert Wilders, est arrivé en deuxième position derrière D66 aux élections de 2025. En Hongrie, le Fidesz–Union civique hongroise de Viktor Orban, battu aux élections de 2026, demeure la deuxième force politique du pays. En Allemagne, Alternative für Deutschland (AfD), avec 20,8 % des suffrages aux élections fédérales du 23 février 2025, est devenue la deuxième force politique du pays.

Après les élections de juin 2024, la présidence de la Commission européenne (= la conservatrice allemande Ursula von der Leyen) a passé un accord avec le groupe parlementaire d’extrême droite dirigé par Giorgia Meloni d’Italie, ce qui a permis à ce groupe parlementaire d’extrême-droite d’obtenir un poste de vice-président exécutif de la Commission européenne [2] ainsi que trois présidences de commissions [3]. C’est important car les trois commissions que des membres du groupe parlementaire européen de Meloni président sont l’agriculture, le budget et les pétitions. La commission PETI présidée par l’ultraconservateur polonais Bogdan Rzońca est chargée d’examiner les pétitions adressées par les citoyen·nes ou les résident·es de l’Union européenne [4]. Concrètement, elle peut déclarer une pétition recevable ou irrecevable. La présidence de trois commissions par un ou une élu·e d’extrême droite renforce l’influence institutionnelle et la crédibilité de ce courant.

Dans le parlement européen, en juillet 2026, les trois groupes parlementaires d’extrême droite totalisent 196 élu·es : ECR, le groupe autour de Meloni au PE compte 84 parlementaires [5], le groupe des Patriotes pour l’Europe de Marine Le Pen et de Viktor Orbán en a 85 [6] et le groupe de l’Europe des Nations Souveraines formé autour de l’AFD d’Allemagne en a 27 [7]. Si ces trois groupes s’unissaient, l’extrême-droite serait en première position dans le Parlement européen avec 196 parlementaires, soit 12 europarlementaires de plus que le groupe le plus important dans le parlement, le groupe conservateur, de plus en plus à droite, du Parti Populaire européen qui en compte 184. Le groupe parlementaire des partis sociaux-démocrates et socialistes compte 136 europarlementaires. Le Groupe RENEW, qui comprend notamment le parti d’Emmanuel Macron, compte seulement 78 europarlementaires car il a perdu une vingtaine de sièges en 2024 par rapport aux élections de 2019, principalement en faveur de l’extrême-droite. Le groupe européen des Verts compte 53 europarlementaires, il a perdu 17 sièges en 2024 par rapport à 2019. Vient ensuite le groupe de la gauche au parlement européen The Left avec 46 europarlementaires (en progrès par rapport aux 37 europarlementaires élu·es en 2019).

La majorité alternative de droite et d’extrême droite voulue par Ursula von der Leyen et le PPE

L’alliance historique dite « Von der Leyen » (PPE, Socialistes S&D, Centristes de Renew Europe) conserve une avance d’un peu plus de 30 sièges au-dessus du seuil de majorité absolue. Une majorité souvent renforcée par les votes des Verts. Cependant, pour faire passer des politiques de plus en plus extrêmes à droite, la présidence de l’UE n’hésite pas à chercher l’appui des 3 groupes parlementaires d’extrême-droite quand elle se rend compte que des élu·es socialistes, écologistes ou centristes lui feront défaut. C’est ainsi qu’a émergé une majorité alternative à droite. Pour contourner la gauche, le PPE utilise de plus en plus fréquemment une « majorité de droite » (alliant le PPE aux groupes souverainistes et d’extrême droite : ECR, Patriotes pour l’Europe et ESN) [8]. Ce bloc d’environ 390 sièges lui permet de faire voter des textes de plus en plus inhumains sur le contrôle des frontières, l’augmentation des budgets de défense, la dérégulation industrielle, l’abandon d’engagements de protection de l’environnement.

Le vote du Parlement européen en mars 2026 approuvant le renforcement de la politique migratoire inhumaine de l’UE

Un exemple parfait et historique de cette bascule s’est matérialisé lors du vote concernant un nouveau règlement « Retours » (politique migratoire) le 26 mars 2026 [9]. Ce jour-là, le cordon sanitaire traditionnel a volé en éclats au profit d’une alliance de droite inédite. Le Parlement européen devait se prononcer sur la refonte du système commun de reconduite à la frontière des ressortissant·es de pays tiers en situation irrégulière. Porté par le rapporteur de droite François-Xavier Bellamy (PPE / France), le projet proposait un durcissement drastique des règles d’expulsion.

Le texte adopté prévoit notamment : l’extension de la durée de détention administrative des migrant·es qui pourra être prolongée jusqu’à 24 mois ; le transfert possible de personnes expulsées vers des territoires hors de l’UE (des « hubs de retour ») sur la base d’accords avec des pays tiers ; qu’une décision d’expulsion prise par un État membre (par exemple la France ou la Belgique) devra être automatiquement reconnue et applicable par un autre (par exemple l’Espagne) ; la limitation des effets suspensifs des recours, ce qui signifie qu’un migrant pourrait être expulsé avant même que son appel n’ait été totalement examiné.
La gauche (S&D), les Écologistes et une partie importante des centristes (Renew Europe) ont tenté de bloquer le texte, le jugeant incompatible avec les droits fondamentaux. En temps normal, cette opposition des alliés habituels du PPE suffit à faire rejeter un texte. Pour faire adopter sa réforme, le PPE a opéré un virage complet vers sa droite. Le Groupe du PPE (Centre-droit) a obtenu l’appui du groupe dirigé par Giorgia Meloni (Les Conservateurs et réformistes européens – CRE – ECR en anglais), du groupe des Patriotes pour l’Europe (le groupe présidé par Jordan Bardella) et du groupe L’Europe des nations souveraines (le groupe dirigé par l’AfD néofasciste). Le blocage de la gauche a échoué. Le texte est passé à une large majorité (389 voix pour, 206 voix contre et 32 abstentions) grâce à la conjonction des voix allant du centre-droit à l’extrême-droite. Ce scrutin confirme que le Parlement européen fonctionne désormais avec une géométrie variable décomplexée. Le PPE n’hésite plus à s’allier de manière structurée avec l’extrême droite pour faire sauter les verrous législatifs sur des thèmes régaliens (immigration, sécurité) ou le gel des normes environnementales.

Les grands lieux de rendez-vous des trumpistes et de l’extrême droite néofasciste européenne et latino-américaine

Sauf sur la question du Groenland [10] et la manière dont Trump mène la guerre contre l’Iran, les partis européens d’extrême droite sympathisent très fortement avec l’orientation néofasciste et impérialiste de Donald Trump et d’autres dirigeants d’extrême-droite ailleurs dans le monde, en particulier le gouvernement de Netanyahu en Israël, le gouvernement de Javier Milei en Argentine, le nouveau président pinochetiste José Antonio Kast au Chili, le nouveau président d’extrême droite colombien Abelardo de la Espriella, surnommé « le Tigre », le président néofasciste du Salvador, Nayib Bukele et l’ancien président du Brésil, Jair Bolsonaro.

Au-delà des soutiens idéologiques et des déclarations publiques, l’extrême droite européenne est désormais intégrée à des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme. Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), grand rendez-vous annuel de l’extrême droite étasunienne, qui s’est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l’AfD, de Vox, du Rassemblement national, de Fidesz, de Fratelli d’Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l’AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance, Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d’extrême droite. La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale, où sont diffusés et harmonisés les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité à l’UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, climatoscepticisme et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.

Cette internationalisation s’est encore renforcée avec la participation active de Javier Milei, de Jair Bolsonaro et de son fils Flavio ainsi que de José Antonio Kast. Ces figures latino-américaines sont systématiquement mises en avant par Trump comme des modèles de « résistance au socialisme » et de restauration de l’ordre autoritaire. Les rencontres CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine, Hongrie) confirment l’existence d’un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington, certaines capitales européennes et l’Amérique latine réactionnaire. Il ne s’agit pas seulement d’échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.

Parallèlement à la CPAC, le parti Vox en Espagne joue un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, lancé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid rassemble des partis et dirigeants d’extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels Milei, Bolsonaro, Kast, ainsi que des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d’Italia ou de partis d’Europe centrale. Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de courroie de transmission entre le trumpisme, l’extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement contre la gauche, les féminismes, l’écologie, les droits humains et toute forme de souveraineté populaire qui ne soit pas autoritaire. Bien qu’il s’agisse d’une juxtaposition de forces nationales, l’extrême droite apparaît comme un bloc idéologique international cohérent, dont Donald Trump constitue aujourd’hui le principal pôle politique, médiatique et symbolique.

Conclusion

La progression de l’extrême droite en Europe ne constitue ni un accident électoral ni une parenthèse politique. Elle est devenue l’une des expressions majeures de la crise profonde que traversent les sociétés européennes. Face aux crises économique, sociale, écologique, géopolitique et démocratique, une partie croissante des classes dirigeantes et des forces conservatrices considère désormais l’extrême droite non plus comme un danger à contenir, mais comme un partenaire politique légitime. L’abandon progressif du cordon sanitaire, les alliances de plus en plus fréquentes entre le Parti populaire européen et les groupes d’extrême droite au Parlement européen, ainsi que l’accès de ces derniers à des responsabilités institutionnelles témoignent d’une transformation durable du paysage politique européen.

Dans le même temps, ces forces s’inscrivent dans une véritable internationale réactionnaire dont Donald Trump constitue aujourd’hui le principal pôle politique et idéologique. Autour de lui se construit un réseau transatlantique reliant gouvernements, partis, fondations, médias, groupes d’influence et grandes fortunes, qui échangent analyses, stratégies, financements et techniques de communication afin d’accélérer leur conquête du pouvoir.

Il serait toutefois erroné de croire que cette évolution est inéluctable. L’histoire montre que les offensives autoritaires peuvent être mises en échec lorsque les mouvements sociaux, les organisations syndicales, les forces féministes, écologistes, antiracistes et antifascistes, ainsi que les forces politiques de gauche, parviennent à construire des mobilisations convergentes et des alternatives crédibles. Face à une extrême droite désormais organisée à l’échelle internationale, les résistances devront elles aussi renforcer leur capacité d’action, de solidarité et de coordination au-delà des frontières. La question n’est donc plus de savoir si l’extrême droite est aux portes du pouvoir en Europe : dans une partie du continent, elle gouverne déjà, et ailleurs elle influence profondément les politiques publiques. Le véritable enjeu est désormais de savoir si les forces attachées à la démocratie, aux droits sociaux, à l’égalité, à la paix et à la justice climatique sauront construire, elles aussi, un projet suffisamment ambitieux pour inverser cette dynamique.

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 Liste non exhaustive des partis d’extrême-droite ou néofascistes dans 13 pays de l’Union européenne

Voici une liste non exhaustive des partis d’extrême-droite ou néofascistes de l’Union européenne qui bénéficient de la sympathie de l’administration de Trump et qui expriment leur affinité avec celui-ci malgré une prise de distance sur les prétentions de Trump à l’égard du Groenland et sur la guerre contre l’Iran initiée fin février 2026.

1. Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne qui a obtenu 20,8 % des voix aux élections fédérales du 23 février 2025. C’est la deuxième force politique en voix et en sièges (derrière la CDU/CSU qui dirige le PPE). L’AfD a multiplié les contacts et visites aux États-Unis. Comme indiqué plus haut, elle a reçu l’appui direct d’Elon Musk quand il était conseiller de Trump et de J.D. Vance, vice-président des États-Unis pendant la campagne électorale de janvier-février 2025.

Au sein du Parlement européen, l’AfD dirige un des trois groupes parlementaires d’extrême droite. Le groupe s’appelle l’Europe des Nations souveraines et compte 27 europarlementaires (dont 15 sont de l’AfD). Des représentant·es et des figures de l’AfD, dont Christine Anderson (ancienne députée européenne) ou d’autres membres de la direction, ont été invité·es et ont participé à la Conférence d’Action Politique Conservatrice (Conservative Political Action Conference ou CPAC) [11] aux États-Unis avec Trump, aux côtés d’une partie importante de l’extrême-droite européenne et latino-américaine, notamment lors des éditions de 2023 et 2024.

2. Rassemblement National (RN) en France. Le groupe RN et ses apparentés disposent de 122 députés à l’Assemblée nationale depuis les élections législatives de juin 2024. Le RN et ses alliés ont obtenu 33 % au premier tour des élections parlementaires de 2024.

Il est important de nuancer ce qui précède en précisant qu’au second tour, les partis de gauche, unis pour les législatives de juin-juillet 2024 sous la bannière Nouveau Front populaire (La France insoumise, le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste français), avaient obtenu environ 180 députés (plus de 190 si on ajoute d’autres élu·es proches du NFP), arrivant ainsi en tête devant le camp présidentiel (environ 160 sièges) et le Rassemblement national et ses alliés (environ 143 sièges). Cette alliance de gauche sous le nom de Nouveau Front populaire était donc la première force politique et Emmanuel Macron aurait dû en tirer les conclusions en nommant la candidate du NFP au poste de première ministre. Il a foulé au pied ce principe démocratique, a refusé la candidature proposée légitimement par le NFP et a désigné comme premier ministre Michel Barnier, membre historique du parti Les Républicains (LR) qui n’avait obtenu que 39 députés. Depuis juin 2024, le NFP s’est malheureusement décomposé et le RN, avec ses 122 parlementaires, est le parti le plus fort en termes d’élu·es dans l’Assemblée Nationale. Selon le site de l’Assemblée Nationale, La France Insoumise compte 71 parlementaires, les Socialistes et apparentés en comptent 68, les Écologistes et associés en comptent 38, le PC et associés en comptent 17, soit au total 194 parlementaires [12].

Pour les présidentielles de 2027, Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national pourrait remporter l’élection même si tout n’est pas joué d’avance et que Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise, peut créer la surprise.

Jordan Bardella, président du RN, a félicité Trump après la publication du NSS 2025 en décembre 2025, mais il a pris ses distances avec lui le 20 janvier 2026 en ce qui concerne le Groenland. [13Jordan Bardella préside aussi les Patriotes pour l’Europe, le plus grand groupe d’extrême-droite et de néofascistes dans le Parlement européen, qui compte 85 europarlementaires dont 30 sont du RN. Le RN, tout en restant très proche de Donald Trump, a pris ses distances avec lui concernant la guerre contre l’Iran déclenchée en février 2026. Marine Le Pen a critiqué les objectifs jugés incertains de l’intervention étasunienne et qualifié d’erratique la stratégie de Donald Trump. Cette position illustre la tension croissante entre l’alignement du RN avec Trump et sa volonté de défendre une politique étrangère souverainiste.

3. Fidesz (Hongrie). Après avoir dominé la vie politique hongroise pendant seize ans, le Fidesz-Union civique hongroise de Viktor Orbán a été battu aux élections législatives d’avril 2026 par le parti TISZA de Péter Magyar (qui avait rompu avec Orbán en 2024). Le Fidesz demeure néanmoins la deuxième force politique du pays et reste l’un des principaux partis de l’extrême droite européenne. Sous le gouvernement Orbán (2010-2026), la Hongrie s’est illustrée par une politique de rejet de l’immigration, une remise en cause de nombreux droits des personnes LGBT+, une concentration du pouvoir exécutif, des atteintes à l’indépendance de la justice et des médias ainsi que par des conflits répétés avec les institutions de l’Union européenne au sujet de l’État de droit. Viktor Orbán est également devenu un allié politique et idéologique de Donald Trump et l’un des principaux dirigeants européens favorables à un rapprochement avec Vladimir Poutine. Il a été l’un des fondateurs du groupe « Patriotes pour l’Europe », présidé au Parlement européen par Jordan Bardella. Le Fidesz compte actuellement onze député·es européen·nes. La défaite électorale d’Orbán en 2026 ne remet pas en cause son influence sur l’extrême droite européenne. Le Fidesz demeure l’un des principaux partis du groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, qui constitue désormais l’une des principales forces de la droite radicale au sein de l’Union européenne.

Il convient aussi de rappeler que, jusqu’en mars 2021, le Fidesz adhérait au Parti populaire européen (PPE).

4. Vox en Espagne oscille entre 10 et 12 % des voix. Il a 33 député·es au parlement espagnol et 6 au parlement européen. Vox a clairement exprimé son admiration pour le style politique de Trump et multiplie les rencontres avec des envoyé·es de Trump en Europe et en Amérique latine. En 2024, Vox a quitté le groupe ECR de Meloni et a rejoint le groupe Patriotes pour l’Europe, présidé par Bardella, en signe de radicalisation vers des positions encore un peu plus néofascistes. En janvier 2026, Vox a soutenu avec enthousiasme l’agression militaire des États-Unis contre le Venezuela. Vox garde jusqu’ici le silence sur Trump et le Groenland et ne prend pas ses distances avec Washington dans sa guerre contre l’Iran.

5. Frères d’Italie / Fratelli d’Italia (FdI) en Italie. C’est le parti majoritaire dans la coalition gouvernementale (FdI a obtenu 26 % des voix aux élections de 2022 et 29 % aux européennes de 2024). Giorgia Meloni a cultivé des contacts publics avec Trump (visite à Mar-a-Lago, présence à l’inauguration de la présidence en janvier 2025). Le parti de Meloni dirige le groupe ECR dans le parlement européen, qui compte 84 europarlementaires dont 24 sont de son parti. Suite au refus de l’Italie de permettre aux États-Unis d’utiliser les bases militaires en Italie dans la guerre contre l’Iran, Trump a lancé des critiques contre Meloni. Cet épisode illustre les tensions entre la proximité idéologique de Meloni avec le trumpisme et sa volonté d’affirmer les intérêts stratégiques italiens et européens.

6. La Lega (La Ligue) dirigée par Matteo Salvini fait partie du gouvernement italien présidé par Giorgia Meloni. Matteo Salvini est vice-président du Conseil des Ministres. La Lega fait partie du groupe Patriotes pour l’Europe auquel il apporte 8 europarlementaires. Historiquement, Matteo Salvini est l’un des dirigeants européens les plus proches de Donald Trump, notamment sur les questions migratoires, la critique de l’Union européenne et le rejet du multilatéralisme libéral.

7. Law and Justice (PiS) en Pologne. C’est un grand parti de gouvernement / ultra conservateur / ultra nationaliste / patriarcal. Le PiS, aujourd’hui dans l’opposition, entretient des convergences avec la rhétorique nationaliste et a souvent salué certaines positions de l’administration Trump sur la souveraineté et la sécurité. C’est le seul parmi tous les partis de cette liste à émettre des réticences concernant la politique de Trump à l’égard de la Russie, que le PiS considère trop conciliante. Le PiS est le deuxième grand parti dans le groupe ECR dirigé par Meloni, il a 20 europarlementaires.

8. Le Parti de la Liberté (FPÖ) en Autriche a obtenu un résultat historique aux élections législatives autrichiennes de septembre 2024, avec 28,8 % des voix, devenant la première force politique du pays. Ses dirigeants adressent régulièrement des signes de soutien à Donald Trump depuis 2016 et adoptent les mêmes positions sur l’immigration. Le FPÖ apporte 6 eurodéputés au groupe Patriotes pour l’Europe, présidé par Jordan Bardella et auquel Viktor Orbán apporte également son soutien politique.

9. Vlaams Belang (Intérêt Flamand) en Belgique (Flandre). Aux élections européennes de juin 2024, le VB néofasciste est venu en tête juste avant la N-VA d’extrême-droite, du premier ministre Bart de Wever. Le Vlaams Belang fait partie de Patriots for Europe, le groupe de Jordan Bardella et Viktor Orban. Le Vlaams Belang a félicité régulièrement Trump depuis 2016 et entretient un discours raciste anti-immigration proche des thèmes MAGA. Le Vlaams Belang apporte 3 europarlementaires au groupe dirigé par Bardella et Orban.

10. La Nieuw-Vlaamse Alliantie (Nouvelle alliance flamande, N-VA) est membre du groupe ECR de G. Meloni au parlement européen. La N-VA est relativement discrète dans son soutien à Trump vu qu’elle dirige le gouvernement du royaume de Belgique mais Theo Francken, l’un de ses dirigeants les plus en vue et ministre de la défense, a exprimé de manière plus ouverte et régulière sa sympathie et son soutien pour Donald Trump, depuis la première administration de 2017-2021, lors des élections de 2024, et a exprimé son soutien au document de stratégie de sécurité nationale publié par l’administration de Trump [14]. Comme ministre de la Défense, il est totalement aligné sur les exigences des États-Unis, notamment en termes d’achat d’armement d’origine étasunienne, par exemple l’achat de chasseurs-bombardiers F-35. La N-VA apporte 3 europarlementaires au groupe ECR dirigé par Giorgia Meloni.

11. PVV (Partij voor de Vrijheid – Parti pour la Liberté) aux Pays-Bas dirigé par Geert Wilders. Ce parti a connu d’importants succès électoraux jusque 2023, il a participé au gouvernement puis a enregistré une perte de voix en 2025 et n’est plus dans le gouvernement [15]. Geert Wilders se présente comme le “Trump néerlandais”. Le PVV apporte 6 europarlementaires au groupe dirigé par Jordan Bardella. Le PVV a soutenu l’agression militaire de Washington contre le Venezuela.

12. Sweden Democrats (Sverigedemokraterna) en Suède. Après avoir franchi la barrière des 4 % en 2010, leur score n’a cessé d’augmenter, atteignant 20,5 % des voix aux élections de 2022, devenant le deuxième parti en termes électoraux. Les SD jouent un rôle important dans la recomposition de la droite suédoise. Bien qu’ils ne participent pas directement au gouvernement, ils jouent un rôle déterminant dans la coalition de droite issue de l’accord de Tidö conclu en 2022 avec les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux. Les SD sont indispensables à la survie de la coalition gouvernementale minoritaire et exercent une influence idéologique et politique sans précédent sur la direction du pays, en particulier sur les questions d’immigration et de répression. Les SD adoptent un discours anti-immigration et souverainiste proche des thèmes trumpistes. Les 3 eurodéputés des SD font partie du groupe ECR de Meloni au PE.

13. En République tchèque, les trois partis qui constituent, depuis fin 2025, le gouvernement sont proches des positions de Trump. Il s’agit d’ANO (Action des citoyens insatisfaits, 34,5 % des voix aux élections de 2025) dirigé par le milliardaire Andrej Babiš qui est devenu premier ministre, de Liberté et Démocratie Directe (Freedom and Direct Democracy – SPD — Svoboda a přímá demokracie, 7,8 % des voix en 2025) et le parti AUTO (Automobilistes pour eux-mêmes – Motoristé sobě en tchèque, 6,8% en 2025). ANO (7 europarlementaires) et AUTO (2 europarlementaires) font partie du groupe parlementaire européen Patriotes pour l’Europe, dirigé par Jordan Bardella et Viktor Orbán. Le parti néofasciste Liberté et Démocratie Directe soutient le groupe Europe des Nations Souveraines dirigé par l’AfD d’Allemagne mais n’a pas d’eurodéputé.

14. En Roumanie, l’Alliance pour l’Union des Roumains (AUR / Alianța pentru Unirea Românilor) s’est imposée comme une force significative dans le Parlement roumain après les élections législatives et la présidentielle 2025 où son candidat est arrivé en tête au premier tour [16] avant d’être battu au second par un candidat pro-UE. [17] Le principal leader, souvent décrit comme “pro-Trump” en Roumanie, est George Simion. Des médias internationaux comme The Guardian le décrivent comme admirateur de Donald Trump qui transpose des éléments du style ou du mouvement MAGA dans le contexte roumain [18]. Simion est considéré comme un ”allié naturel de Trump”. Les 5 europarlementaires de l’AUR font partie du groupe ECR de Meloni au PE.

15. CHEGA au Portugal. Chega a connu une croissance rapide depuis sa création en 2019, passant de 1,3 % des voix en 2019 à environ 22,6 % aux élections législatives anticipées du 18 mai 2025, où il a obtenu 60 sièges sur 230. Ce score en fait la deuxième force politique au Parlement portugais et la principale force d’opposition au gouvernement de droite, dépassant le Parti socialiste. Depuis les élections européennes de 2024, deux europarlementaires de Chega siègent au Parlement européen dans le groupe Patriotes pour l’Europe de J. Bardella et V. Orbán. Lors du premier tour de l’élection présidentielle portugaise du 18 janvier 2026, André Ventura, leader du parti d’extrême droite Chega, s’est classé deuxième avec environ 23,5 % des voix, derrière le candidat socialiste António José Seguro qui a obtenu 31 %.

Par Éric Toussaint


Notes

[1] Le site Elucid a publié en primeur cet article avec pour titre «  L’extrême droite conquiert l’Europe : du pouvoir national à l’internationale trumpiste  »
https://elucid.media/democratie/l-extreme-droite-conquiert-l-europe-du-pouvoir-national-a-l-internationale-trumpiste La présente version publiée sur le site du CADTM comprend dans un addendum une liste non exhaustive des partis d’extrême-droite ou néofascistes dans 13 pays de l’Union européenne.

[2] Le groupe ECR a obtenu qu’un de ses membres, Raffaele Fitto (Italie) du parti de Meloni (Fratelli d’Italia), soit nommé vice-président exécutif de la Commission européenne (mandat de la Commission «  von der Leyen II  », entrée en fonction le 1er décembre 2024) pour le portefeuille «  Cohésion et Réformes  ».

[3] Johan Van Overtveldt (membre du groupe ECR de Meloni au Parlement européen et du parti N-VA en Belgique) a été élu président de la commission «  Budget  » (BUDG). Veronika Vrecionová (ECR, Tchéquie) a été élue présidente de la commission «  Agriculture et Développement rural  » (AGRI). Bogdan Rzońca (ECR, Pologne) a été élu président de la commission «  Pétitions  » (PETI) du Parlement.

[4] Concernant la commission PETI, voir sur le site du parlement européen : https://www.europarl.europa.eu/petitions/en/home  ; https://www.europarl.europa.eu/petitions/en/artcl/Submitting+a+petition+at+the+European+Parliament/det/20220906CDT10142 La commission PETI peut déclarer une pétition recevable ou irrecevable  ; demander des explications à la Commission européenne ou à un État membre  ; organiser des auditions publiques  ; envoyer des missions d’enquête dans un État membre  ; rédiger des rapports ou des résolutions invitant la Commission ou les gouvernements à agir  ; assurer le suivi des décisions du Médiateur européen (European Ombudsman).

[5] Entre les élections de juin 2024 et juillet 2026, ECR a gagné 6 membres supplémentaires et comptait 84 Membres du Parlement européen (MEP), voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7037&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 9 juillet 2026)

[6] Le groupe des Patriotes pour l’Europe de Marine Le Pen et de Viktor Orbán a gagné 1 siège supplémentaire entre les élections de juin 2024 et la mi 2026. Il a 85 membres dans son groupe au PE, voir https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7150&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 9 juillet 2026)

[7] Le groupe de l’Europe des Nations Souveraines formé autour de l’AfD d’Allemagne est passé de 25 à 27 Membres du Parlement européen (MEP) entre juin 2024 et la mi 2026 : https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/search/advanced?name=&euPoliticalGroupBodyRefNum=7151&countryCode=&bodyType=ALL (consulté le 9 juillet 2026)

[8] Juliette Raulet-Descombey, «  Nouvelles alliances au Parlement européen : entre droite et extrême droite, la digue a cédé  », Fondation Jean Jaurès, publié le 10 juin 2026, https://www.jean-jaures.org/publication/nouvelles-alliances-au-parlement-europeen-entre-droite-et-extreme-droite-la-digue-a-cede/ (consulté le 12 juillet 2026)

[9] Ce vote ne valide pas encore l’adoption définitive du nouveau règlement. Il s’agissait du feu vert nécessaire pour que le Parlement européen commence les négociations en «  trilogue  » avec le Conseil de l’UE (les représentants des gouvernements des États membres) et la Commission pour sceller la version finale du règlement.

[10] Reuters, “Europe’s far right and populists distance themselves from Trump over Greenland”, publié 21 janvier 2026, https://www.reuters.com/world/europes-far-right-populists-distance-themselves-trump-over-greenland-2026-01-21/

[11] La Conférence d’action politique conservatrice (en anglais : Conservative Political Action Conference), abrégée CPAC, est une réunion politique organisée par l’Union conservatrice américaine. Elle a lieu chaque année aux États-Unis et rassemble jusqu’à dix mille participants. Des représentants de partis d’extrême droite européens et latino-américains y participent également. Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_d%27action_politique_conservatrice consulté le 19 juillet 2026.

[12] Voir sur le site de l’Assemblée nationale : Effectif des groupes politiques
https://www2.assemblee-nationale.fr/instances/liste/groupes_politiques/effectif consulté le 10 juillet 2026. La somme de 194 parlementaires est donc supérieure aux résultats du NFP en juin 2024 car une série d’élu-es ont rallié les Socialistes et apparentés, les Écologistes, le PC et associés. Le nombre de parlementaires LFI est resté stable.

[13] JDD, «  Notre soumission serait une faute historique  » : Bardella exhorte l’UE à répliquer aux droits de douane de Trump  », publié le 20 janvier 2026, https://www.lejdd.fr/politique/notre-soumission-serait-une-faute-historique-bardella-exhorte-lue-a-repliquer-aux-droits-de-douane-de-trump-166040 consulté le 19 juillet 2026.

[14] Bertrand Henne, «  Qui veut d’une Europe Maga  ?  », publié par la RTBF le 8 décembre 2025, https://www.rtbf.be/article/qui-veut-d-une-europe-maga-11644321 consulté le 19 juillet 2026.

[15] Au Pays-Bas, l’extrême-droite (= le PVV de Geert Wilders) ne participe plus au gouvernement depuis juin 2025. Et suite aux résultats des élections du 29 octobre 2025 au cours desquelles les résultats de ce parti ont fortement baissé un nouveau gouvernement s’est constitué sans la participation du PVV. En 2023, le PVV avait connu une forte progression, passant de 17 sièges en 2021 à 37 en 2023. En octobre 2025, le PVV a subi une correction importante avec une perte d’environ 11 sièges, tombant à 26. Aux élections le parti de centre droit D66 a connu un succès électoral ce qui lui a permis de dépasser le PVV d’environ 30 000 voix. D66 a obtenu environ 1 790 000 voix, contre environ 1 760 000 pour le PVV.

[16] Euronews, «  Présidentielle en Roumanie : le candidat d’extrême droite obtient plus de 40 % au premier tour  », publié le 05/05/2025, https://fr.euronews.com/2025/05/05/presidentielle-en-roumanie-le-candidat-dextreme-droite-obtient-plus-de-40-au-premier-tour consulté le 19 juillet 2026.

[17] Euronews, «  Roumanie : le pro-européen Nicușor Dan remporte l’élection présidentielle  », publié le 18/05/2025, https://fr.euronews.com/my-europe/2025/05/18/election-presidentielle-en-roumanie-nicusor-dan-en-tete-du-scrutin-selon-les-sondages-de-s consulté le 19 juillet 2026.

[18] The Guardian, «  Far-right Trump ally secures decisive win in first round of Romania’s presidential election rerun  », publié le 5 mai 2025, https://www.theguardian.com/world/2025/may/04/ultranationalist-wins-first-round-of-romanias-rerun-presidential-election consulté le 19 juillet 2026.

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