Traitement des violences sexuelles sur mineurs : des policiers outrés par un Darmanin amnésique
10 août 2026 | Par Camille Polloni
Après la révélation d’un courrier adressé à Laurent Nuñez, des policiers dénoncent l’« hypocrisie » et la « trahison » de Gérald Darmanin. Celui-ci pointe des dysfonctionnements structurels des services d’enquête alors qu’il a été ministre de l’intérieur pendant quatre ans.
Le retour de bâton est sévère. Si le ministre de la justice pensait se dédouaner en pointant les lacunes des services de police, il se voit aujourd’hui reprocher la teneur d’un courrier de douze pages adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez.
Cette note datée du 29 juillet, révélée par Le Monde et également consultée par l’Agence France-Presse (AFP), synthétise les remontées d’informations transmises au garde des Sceaux par les trente-six parquets généraux français après le scandale provoqué par l’affaire Lyhanna.
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La note de synthèse citée par Le Monde pointe à son tour des défaillances « d’ordre structurel » dans les services de police et de gendarmerie, à travers quelques exemples parlants. Faute de moyens et de pilotage, de nombreux dossiers sont laissés « à l’abandon », c’est-à-dire sans investigations pendant des mois, même quand l’auteur est désigné ou identifiable.
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Malgré le caractère théoriquement « prioritaire » des violences sexuelles sur mineur·es – parmi d’autres priorités –, les enquêteurs et enquêtrices restent en nombre insuffisant.(…)
Parfois peu motivés, « y compris dans les unités spécialisées », les enquêteurs sont aussi mal formés.(…)
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Police et justice sont toutefois capables de se retrouver pour critiquer l’exploitation politique de leur misère respective. Ludovic Friat, président de l’Union syndicale des magistrats (USM), voit dans l’article du Monde la confirmation « des constats » faits par son organisation, en particulier « sur les moyens, notamment des services d’enquête ».
« On a l’impression que Gérald Darmanin découvre l’état des services de police et de gendarmerie », a regretté Justine Probst, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature. « On a des portefeuilles saturés, des flux qui explosent et font augmenter le stock, un manque d’enquêteurs » et « des outils pas adaptés », a abondé Grégory Joron, secrétaire général du syndicat de police Un1té.
La charge la plus sévère est venue de l’Association nationale de police judiciaire (ANPJ), une organisation qui défend le travail des enquêteurs spécialisés et s’oppose aux réformes récentes, qui fragilisent leur statut. Un extrait de la note citée par Le Monde semble d’ailleurs leur donner raison : il arrive bien que la hiérarchie fasse « primer des priorités locales, notamment d’ordre public » sur le traitement des affaires de violences sexuelles sur mineur·es. Soit la confirmation d’une de leurs mises en garde.
Dans un long communiqué diffusé dimanche 9 août, l’ANPJ dénonce l’« hypocrisie » et la « trahison » du garde des Sceaux. « Dans ce rapport, Docteur Darmanin, ministre de la justice, se livre à un exercice d’inventaire des lacunes des services de police judiciaire du ministère de l’intérieur, si longtemps occupé par Mister Gérald, resté place Beauvau plus de quatre ans, soit plus qu’aucun de ses prédécesseurs depuis cinquante ans », raille l’association, qui ne cesse d’alerter publiquement sur « le déficit alarmant d’enquêteurs » et « l’accumulation de procédures en souffrance ».
L’ANPJ rappelle par ailleurs que Gérald Darmanin connaissait parfaitement le « rapport d’évaluation des stocks » qui établissait à « plus de trois millions » les dossiers non traités et « alertait sur le non-traitement de certains contentieux, dont celui des viols et agressions sexuelles sur mineurs ».
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Dès 2023, ce rapport conjoint des inspections générales de la justice et de la police nationale, adressé au ministre de l’intérieur d’alors, évoquait un redoutable engorgement de la chaîne pénale. L’année précédente, un autre rapport d’inspection détaillait déjà le traitement catastrophique des violences sexuelles sur mineur·es, à travers un échantillon de quatre cents procédures piochées dans huit tribunaux.
Auprès de Mediapart, l’un des vice-présidents de l’ANPJ,(…) « Il oublie qu’il a été quatre ans ministre de l’intérieur, une mandature très longue. Quand il était décisionnaire, ses positions étaient aux antipodes de celles qu’il prend aujourd’hui en tant que garde des Sceaux. »
« Révolté », le secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, Frédéric Lauze, a, lui aussi, dénoncé le « cynisme » et la « trahison » de son ancien ministre de tutelle. « On n’a eu de cesse de rappeler à M. Darmanin pendant quatre ans qu’il fallait simplifier la procédure pénale, […] arrêter de faire de la communication politique sur le dos des policiers pour s’attaquer [aux problèmes] et pas énoncer une priorité tous les jours », a-t-il déclaré sur BFMTV.
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« Les 8 000 personnels, c’est à peine le rattrapage des pertes de l’ère Sarkozy », commente le vice-président de l’ANPJ cité plus haut. « La police nationale, c’est 155 000 personnes environ, comme dans les années 2000, alors que la population a augmenté de 15 à 20 %. Et surtout, où ont été affectés ces personnels ? Pas au traitement opérationnel des enquêtes. C’est de la voie publique. Ce qui nous inquiète, c’est le déni du ministre de l’intérieur qui explique avoir réglé le problème de la filière judiciaire et le manque de clairvoyance de la Direction générale de la police nationale, pour qui le problème de l’investigation est exagéré. »
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