29 avril 2026

Bertrand Geay: « Nos victoires, nos défaites »

Un article de Bertrand Geay, professeur d’Université, politiste, paru dans l’Humanité. Un camarade et un ami de longue date.
PB, 5-7-2020.


« Nos victoires d’aujourd’hui viennent de loin. Des luttes  
antinucléaires à celles pour les retraites, de nos engagements
pacifistes à nos combats pour une éducation émancipatrice, du  
syndicalisme autogestionnaire aux mobilisations contre le chômage, la  
précarité et les exclusions, de chaque mètre carré reconquis sur le  
plateau du Larzac ou dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes jusqu’aux  actions concrètes pour l’égalité des genres, les droits LGBT ou  
l’accueil des migrants. Une contre-société faite de mille initiatives  
locales s’est peu à peu affirmée dans les institutions. Et une  
nouvelle génération, débarrassée des fractures et des hésitations du  
passé, s’est lancée dans la conquête d’une nouvelle hégémonie politique.


Depuis près de vingt ans, face aux compromissions et à l’effondrement  
de l’ancien bloc réformiste, l’urgence était au rassemblement de  
toutes les fractions de la gauche et de l’écologie politique. La  
sociologie, l’économie critique et les sciences du vivant nous en  
fournissaient le cadre intellectuel. Le fédéralisme issu des  
traditions coopératives et des nouvelles formes de lutte sociale nous  
en offrait la modalité pratique. Il s’agissait d’être associatif et  
irrévérencieux, de rassembler sur l’essentiel pour distiller l’espoir  
et rendre possible l’unité populaire
. Mais, presque inévitablement,  
s’installait une compétition pour déterminer les meilleures tactiques  
et les meilleures figures de proue. Comme dans les premiers temps du  
socialisme, chacun s’employait à construire l’unité selon ses propres  
méthodes et par la promotion de ses propres têtes de file. Les vieux  
appareils s’ouvraient à la radicalité, sans perdre de leur  
opportunisme. Ceux qui en étaient sortis se faisaient une spécialité  
de les haïr. Chacun attendait son heure et finissait par la laisser  
passer.

Avec la victoire de larges rassemblements écologistes, solidaires et  
citoyens aux récentes élections municipales, le moment est peut-être  venu de fédérer, enfin.
La lutte contre le changement climatique et  
pour la biodiversité, l’appropriation de l’économie et le renforcement  
des services publics, la promotion de l’égalité et de tout ce qui fait  
notre existence commune, exigent des transitions rapides, organisées  
et prenant appui sur de larges mobilisations populaires. Plus qu’un  
simple cartel, mieux que de vagues assemblées participatives, il  
s’agit de réunir pas à pas, de faire dialoguer les cultures politiques  
et d’inventer les structures pérennes de délibération et d’action qui  
permettront les conquêtes de demain. Nous n’avons que quelques années  pour relever les immenses défis écologiques et sociaux qui nous  attendent et seulement quelques mois pour nous mettre en ordre de  bataille.

Bertrand Geay



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.