20 février 2026

Clémen­tine Autain. L’Après. « Mourir pour des idées, en France aujourd’­hui, est inac­cep­table »

Mourir pour des idées, en France aujourd’­hui, est inac­cep­table

Comme tous les Français, nous sommes choqués par le drame de Lyon. Mourir pour des idées, en France aujourd’­hui, est inac­cep­table, même si elles sont à l’ex­trême opposé des nôtres et porteuses de haine. Bien sûr, nous devons rester prudents en atten­dant les résul­tats de l’enquête. Mais ce que nous savons déjà et qui nous touche parti­cu­liè­re­ment, c’est que des anti­fas­cistes s’en sont pris avec une bruta­lité mortelle à un homme à terre.

On ne lutte pas contre le fascisme avec des méthodes fascistes.

Depuis, l’ir­res­pon­sa­bi­lité poli­tique atteint des sommets. Nous assis­tons à une chasse anti-LFI aux accents trum­pistes dont il faut prendre toute la mesure poli­tique. D’abord, la mise en cause de LFI, avant même de connaître la réalité des faits, contri­bue à appro­fon­dir le climat de vengeance, de tensions, de violences. C’est aussi jeter en pâture des élus et des mili­tants, comme l’ont vite indiqué les dégra­da­tions de perma­nences parle­men­taires puis l’alerte à la bombe au siège insou­mis. C’est enfin une instru­men­ta­li­sa­tion poli­ti­cienne de la mort de Quen­tin Deranque par un club de charo­gnards qui se joue, à un mois des élec­tions muni­ci­pales, à un an de la prési­den­tielle. Cette charge ne vise pas seule­ment à détruire LFI : elle a pour objec­tif d’af­fai­blir le camp de l’éman­ci­pa­tion dans son ensemble, au moment où le tapis rouge est déroulé à l’ex­trême droite qui voit ses idées et ses leaders bana­li­sés.

Enclen­chée par le RN et ses amis, cette mise au ban hargneuse et obses­sion­nelle de LFI est deve­nue la stra­té­gie d’un pouvoir aux abois. À gauche, ceux qui pensent s’en sortir en enfour­chant ce récit font fausse route. Ceux qui, à l’ins­tar de François Hollande, en profitent pour creu­ser un peu plus le fossé entre deux gauches préten­dues irré­con­ci­liables sont des acteurs de la défaite.

Dans ce contexte, nous devons éviter l’écueil : soit hurler avec les loups contre LFI, soit défendre de manière acri­tique la stra­té­gie de la direc­tion insou­mise. La lutte contre la trum­pi­sa­tion du monde et la fasci­sa­tion en Europe néces­site une luci­dité et une clarté de tous les instants.

Aujourd’­hui, alors que parmi les inter­pel­lés dans l’af­faire Quen­tin Deranque, plusieurs figures de la Jeune garde sont mis en cause, et parmi eux, un assis­tant parle­men­taire de Raphael Arnault qui dit avoir porté des coups, peut-on seule­ment entendre au fond de la part de LFI : « circu­lez, il n’y a rien à voir » ? Quand Jean-Luc Mélen­chon affirme, dans son moment poli­tique au siège du POI, juste après les inter­pel­la­tions de la police, « nous approu­vons leur résis­tance, nous approu­vons leur orga­ni­sa­tion » au sujet de la Jeune Garde, il envoie d’abord un message de soutien à l’ac­tion de ces jeunes, et donc à ceux d’entre eux qui ont agi avec violence. La culture viri­liste, la déme­sure, l’in­ca­pa­cité à recon­naître des erre­ments ou des fautes, la conflic­tua­lité et l’ou­trance isolent dans le pays, détournent de la gauche et du chemin de la victoire. Indis­pen­sable pour combattre le RN, le rassem­ble­ment est d’abord une culture, un état d’es­prit. Cela suppose, de la part de la direc­tion insou­mise, de faire les gestes et de poser les mots de l’apai­se­ment.

Le Front popu­laire n’a pas bloqué les ligues fascistes en se baston­nant dans les rues mais en mobi­li­sant large­ment le peuple pour « le pain, la paix, la liberté ». En finir avec les passions tristes et s’adres­ser à notre huma­nité commune : voilà l’ur­gence pour sortir de la nasse dans laquelle nos adver­saires poli­tiques veulent nous enfer­mer.

Clémen­tine Autain

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.