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Deux des 6 dépu­tés qui ont voté contre la prolon­ga­tion de l’état d’ur­gence: Noël Mamère et Pouria Amir­shahi.

Deux dépu­tés qui ont sauvé l’hon­neur. Nous ne sommes pas habi­tués à les saluer aussi chaleu­reu­se­ment: Noël Mamère et Pouria Amir­shahi. Voici leurs décla­ra­tions dans la presse hier et aujourd’­hui.

Aupa­ra­vant, donnons les noms des six dépu­tés qui n’ont pas cédé: les socia­listes Pouria Amir­shahi, Barbara Roma­gnan, Gérard Sebaoun et les écolo­gistes Noël Mamère, Sergio Coro­nado, Isabelle Attard. Plus une absten­tion, la socia­liste Fané­lie Carrey-Conte.

La liste est courte.

Voici donc les expres­sions de deux de ces 6.

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L’union sacrée est une défaite de la pensée 17 novembre 2015 | Par Noël MamèreMedia­part.fr

Il est normal et juste que l’Etat montre sa déter­mi­na­tion face à l’ère de ténèbres, que le Président préside, que le gouver­ne­ment gouverne, que les insti­tu­tions fonc­tionnent. Il est normal et juste que le Congrès puisse se réunir, que le Président se concerte avec les forces poli­tiques, vienne auprès des victimes, orga­nise la riposte à l’hor­reur. Mais pour que la société puisse se défendre, elle doit comprendre, mettre des mots sur les événe­ments. Et ces mots ne peuvent se réduire à ceux de la feuille de route du président de la Répu­blique, fut-elle rebap­ti­sée «  Union Sacrée ».

L’His­toire nous prouve que l’Union Sacrée a toujours été utili­sée pour amener la  gauche à se soumettre à la logique de guerre de la droite.  Le premier à mettre en œuvre ce « concept » poli­tique, fut le président Poin­caré, le 4 Août 1914, au lende­main de l’as­sas­si­nat de Jean Jaurès qui s’op­po­sait à la guerre, pour en appe­ler à l’union de tous les partis  et lancer la France dans la guerre contre l’Al­le­magne. On sait ce qu’il advint : une géné­ra­tion fauchée par les marchands de canon.

En Mars 1956, L’Union Sacrée vote les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet, pour lutter contre le FLN algé­rien. C’est la guerre d’Al­gé­rie. L’Union Sacrée n’est qu’un stra­ta­gème qui a pour but de dissi­mu­ler les désac­cords de fond au sein d’une société et de  faire passer le projet d’une Répu­blique sécu­ri­taire.

Personne, ici, ne nie la néces­sité de répondre au défi lancé par l’Etat Isla­mique. Ces morts, nos morts, qui venaient faire la fête, écou­ter de la musique, regar­der un match, se sont retrou­vés victimes d’une guerre qu’ils croyaient loin­taine. Mais la guerre n’est que le prolon­ge­ment de la poli­tique par d’autres moyens. Et la guerre, nous la faisons depuis quinze ans. D’abord en Afgha­nis­tan, puis sur d’autres théâtres d’opé­ra­tions, comme la Libye, le Mali, l’Irak et la Syrie. Ceux à qui nous faisons la guerre ripostent à leur façon, asymé­trique, face à nos bombar­de­ments, à nos drones, à nos assas­si­nats ciblés. Ils l’ont d’ailleurs dit eux mêmes, avec leurs mots et avec leurs balles, au Bata­clan, vendredi soir.  C’est la loi de toute guerre.

Si nous sommes en guerre, comme le dit le Président de la Répu­blique, alors soit, mais iden­ti­fions l’en­nemi. Cet ennemi, c’est  l’is­lamo-fascisme, c’est-à- dire un fascisme reli­gieux,  qui  se réclame de l’Is­lam mais qui n’a rien à voir avec la tradi­tion musul­mane et même, oserais-je dire, avec l’is­la­misme poli­tique. Il est le produit de la fusion entre le fana­tisme reli­gieux et une barba­rie occi­den­tale, le natio­nal-socia­lisme, dont s’est large­ment inspiré, dès son origine, le parti Baas, puis Al Qaïda en Irak. Ce dernier a été influencé par un prédi­ca­teur, Sayyid Qotb, mort en 1960, qui avait rompu avec les Frères musul­mans sur un point capi­tal : Il ne voulait plus faire de compro­mis avec toute souve­rai­neté, même celle d’un Etat musul­man. Pour lui, tout indi­vidu devait obéir et appar­te­nir à Dieu, comme dans le nazisme, tout aryen devait appar­te­nir au Führer. Cette théo­rie a plusieurs consé­quences : la destruc­tion de tout corps inter­mé­diaire, de tout espace public et privé, de tout parti, syndi­cat ou asso­cia­tion qui n’est pas soumise à la seule loi non écrite de la Charia. C’est un courant idéo­lo­gique et poli­tique trans­na­tio­nal, qui agit avec méthode, qui se pense comme Cali­fat à voca­tion mondiale. Daech, l’Etat Isla­mique, ce monstre à la confluence du Moyen-Age, du tota­li­ta­risme du 20ème siècle et des réseaux sociaux du XXIème, en est l’in­car­na­tion. Nous avons affaire à une orga­ni­sa­tis­so­cia­tion qui n’est pas soumise à la seule loi non écrite de la Charia. C’est un courant idéo­lo­gique et poli­tique trans­na­tio­nal, qui agit avec méthode, qui se pense comme Cali­fat à voca­tion mondiale. Daech, l’Etat Isla­mique, ce monstre à la confluence du Moyen-Age, du tota­li­ta­risme du 20ème siècle et des réseaux sociaux du XXIème, en est l’in­car­na­tion. Nous avons affaire à une orga­ni­sa­tion poli­tico-mili­taire  à voca­tion terro­riste plané­taire, dotée d’un projet poli­tique, qui se pense comme telle. Elle possède une arma­ture idéo­lo­gique struc­tu­rée,  dispose de sa propre agence de commu­ni­ca­tion, construit un Etat, lève des impôts, mobi­lise des dizaines de milliers de soldats, entre­tient depuis près de 18 mois des milliers de fonc­tion­naires dans un terri­toire compre­nant la moitié de la Syrie et de l’Irak…

Dès lors, c’est un contre-sens de s’achar­ner à vouloir essen­tia­li­ser ses membres comme « musul­mans » ou «  fous » ou « jeunes des quar­tiers  ayant des problèmes », même s’ils peuvent présen­ter ces carac­té­ris­tiques et bien d’autres. Mais quand ils agissent, c’est avant tout comme des mili­tants fascistes reli­gieux. Et ils doivent être combat­tus et défaits comme tels.

Tandis que nous tentons d’af­fai­blir l’Etat Isla­mique (et non Daech, acro­nyme qui ne lui donne pas son véri­table nom en arabe), par des moyens mili­taires, il s’en prend à nos seules vraies défenses que sont nos liber­tés et essaie de nous désta­bi­li­ser. Rappe­lons nous que, il n’y a pas si long­temps, la guerre du Viet­nam n’a pas été perdue mili­tai­re­ment par l’ar­mée améri­caine mais parce que cette guerre avait perdu sa légi­ti­mité  auprès du peuple améri­cain.

Ce que l’EI tente d’af­fai­blir, c’est notre cosmo­po­li­tisme. En janvier, avec Char­lie, leur cible était la liberté d’ex­pres­sion, la liberté de penser des dessi­na­teurs, des jour­na­listes et, en même temps, une tradi­tion française, née de la lutte contre le despo­tisme en 1789. Les juifs aussi, incar­na­tion, avec l’es­prit diaspo­rique, de ce « Tout Monde » dont parle le poète Edouard Glis­sant. Le cosmo­po­li­tisme toujours. Le cosmo­po­li­tisme insurgé des villes rebelles comme Paris, ce Paris de la Commune, des MOI, de la résis­tance à l’op­pres­sion, des barri­cades de 1830 à 1968, ce Paris métissé, qui est notre véri­table ligne de défense contre le fascisme reli­gieux.

L’EI peut être vaincu, mais à condi­tion de ne rien lâcher sur nos valeurs, nos prin­cipes, nos convic­tions. Ce n’est pas en stig­ma­ti­sant un peu plus les musul­mans, en prenant des mesures inef­fi­caces et discri­mi­na­toires que l’on combat le fascisme. Au contraire, on va dans le sens de l’EI, qui cherche à faire des musul­mans un bouclier humain.

L’EI peut être vaincu, mais pas avec les méthodes que les Etats-Unis et la Russie utilisent depuis deux décen­nies, de l’Irak à la Tchét­ché­nie.

La poli­tique d’in­ter­ven­tion mili­taro-huma­ni­taire, ça n’a pas marché. Les inter­ven­tions au sol ou dans les airs, ça n’a pas marché. Les assas­si­nats ciblés, ça n’a pas marché. Avec leur commande des massacres à distance, les drones sont d’ailleurs la poli­tique inver­sée de Daech. Ceux qui tuent à des milliers de kilo­mètres et commettent une bavure contre un mariage ou une fête rituelle, ou un hôpi­tal de MSF en Afgha­nis­tan, ressemblent aux comman­di­taires des atten­tats de Paris. Ils tuent avec leur bonne conscien­ce… Et produisent en retour des monstres. La seule chose qui a  fonc­tionné jusqu’à présent, c’est la résis­tance kurde en Syrie et en Irak. Parce qu’elle est l’œuvre du peuple, qui résiste seul sur place. Parce que, depuis Kobane, les brigades de l’Ar­mée Syrienne Libre se joignent à elle. Parce qu’elles ne dépendent pas du seul jeux des puis­sances mondiales ou régio­nales, arc boutées sur la défense de leurs seuls inté­rêts d’Etat.

Nous avons aujourd’­hui le devoir de défendre la société, une société de liber­tés, contre tous ceux qui cher­che­ront à les remettre en cause, à les rogner, une société d’éga­lité pour tous contre tous ceux qui discri­mi­ne­ront  en fonc­tion de la couleur de peau, de la reli­gion, du sexe… Une société de frater­nité et de soli­da­rité.

Nous sommes en guerre, certes, mais ce n’est pas une raison pour sombrer dans le renon­ce­ment à ce qui est le sens même de nos valeurs. Le « pacte sécu­ri­taire » qui nous est proposé, n’est qu’une habile trian­gu­la­tion pour faire avaler à la gauche la came­lote de la droite : état d’ur­gence prorogé de trois mois sans expli­ca­tion, et éven­tuelles modi­fi­ca­tions profondes déci­dées dans l’ur­gence de l’émo­tion, inter­dic­tion des mani­fes­ta­tions, appro­ba­tion du prin­cipe de déchéance de la natio­na­lité, expul­sions massives, régres­sion de l’Etat de droit par la consti­tu­tion­na­li­sa­tion d’un Patriot Act à la françai­se… Ce n’est rien d’autre qu’une logique de guerre inté­rieure perma­nente qui nous est impo­sée à la faveur du massacre du vendredi noir. Elle n’en sera pas plus effi­cace pour autant. Notre besoin n’est pas de bana­li­ser le tout sécu­ri­taire, mais de renfor­cer les moyens de rensei­gne­ment et de contre terro­risme, de justice et de police sur le terrain, de faire moins d’es­broufe pour faire croire que l’on protège la popu­la­tion et plus d’in­fil­tra­tions et d’as­sé­che­ment des réseaux, plus de poli­tique inter­na­tio­nale et moins de vente d’armes à des régimes qui encou­ragent, de fait, l’in­sur­rec­tion djiha­diste.

Une dernière remarque, cet événe­ment nous aura appris au moins une chose : nous savons main­te­nant ce qui pousse des femmes, des hommes, des enfants, à risquer leur vie en traver­sant la médi­ter­ra­née et à errer de murs en murs à travers l’Eu­rope. Ils ont les mêmes visages que ceux qui ont été assas­si­nés lâche­ment au Bata­clan ou rue de Charonne, vendredi soir, mais ils en ont connu des dizaines chez eux. Ce n’est pas la France qui est touchée, c’est l’hu­ma­nité que l’on assas­sine à Paris, à Alep ou ailleurs. C’est nous. La seule Union Sacrée qui vaille, c’est celle de l’hu­ma­nité bles­sée, qui doit oser se révol­ter contre la barba­rie.

Noël Mamère

Le 17/11/2015.

 

      

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Pouria Amir­shahi Pourquoi je vote­rai contre la prolon­ga­tion à 3 mois d’un état d’ur­genceLe Monde.fr | 19.11.2015 à 10h29

Énième sursaut ? Régres­sions démo­cra­tiques ? Réveil des consciences ? Comment empê­cher d’autres morts, d’autres destins brisés par des esprits aussi mani­pu­lés que réso­lus à tuer ? Ce qui se joue depuis janvier 2014 et novembre 2015, c’est-à-dire l’ave­nir de notre société, se dessine en ce moment. Sur le front exté­rieur comme inté­rieur, le président de la Répu­blique a déclaré la France « en guerre  ».

La source de cette « guerre  » prend racine d’abord dans la géopo­li­tique : la faillite des Etats, les corrup­tions et les boule­ver­se­ments qui font le terreau de crois­sance des monstres tels Daech. Inter­ro­ger cette géopo­li­tique, c’est nous inter­ro­ger nous-mêmes, Français, sur les désordres du monde. C’est à cette échelle qu’il convient d’as­sé­cher immé­dia­te­ment les sources de finan­ce­ment du groupe « Etat Isla­mique ». C’est à ce niveau que nous devrons révi­ser nos alliances – y compris de commerce d’armes – avec des Etats pour le moins ambi­gus si ce n’est direc­te­ment impliqués dans les troubles actuels.

C’est enfin à cette échelle que doit se conduire effec­ti­ve­ment une autre poli­tique de recons­truc­tion et de déve­lop­pe­ment. En gros, traduire en actes une nouvelle doctrine qui pour­rait se résu­mer ainsi : « leur déve­lop­pe­ment, c’est notre sécu­rité ».

Il y a ensuite les fragi­li­tés françaises qui voient des jeunes Français mani­pu­lés et endoc­tri­nés sur fond de désa­mour avec la Répu­blique, deve­nir assas­sins et haineux de leur propre pays. Encore ultra-mino­ri­taires, ils croissent et se radi­ca­lisent. Il faudra bien très vite sortir des discours de tribune parlant de nos banlieues pour mettre, dès main­te­nant, autant de créa­tions de postes nouveaux pour les poli­tiques publiques de la ville, de l’ac­tion sociale, de l’édu­ca­tion que nous en mettons dans la police et l’armée – sans regar­der jamais à la dépense, comme si c’était plus impor­tant.

Mais pour l’heure, il convient pour le Parle­ment de se pronon­cer ce jeudi 19 novembre, sur la prolon­ga­tion pour 3 mois de l’état d’ur­gence, c’est-à-dire d’une « loi d’ex­cep­tion », dont le premier ministre avait pour­tant dit le 13 janvier 2014 qu’elle n’était pas compa­tible avec l’es­prit de notre Répu­blique. Le projet du gouver­ne­ment – déposé avant même le terme des 12 jours léga­le­ment prévus et enta­més le 13 novembre – entend renfor­cer les capa­ci­tés coer­ci­tives de l’ad­mi­nis­tra­tion et des pouvoirs de police et durcir les condi­tions de déten­tion des personnes suspec­tées prévues depuis 1955. C’est dans la préci­pi­ta­tion que les légis­la­teurs vont déli­bé­rerd’une restric­tion sévère de nos liber­tés publiques, de nos loisirs et sorties, de nos mani­fes­ta­tions de soli­da­rité, de notre droit à nous réunir. Confor­mé­ment à la loi de 1955, ces restric­tions pour­ront inter­ve­nir à tout moment, à titre perma­nent le cas échéant, sur déci­sion du préfet.

Celles et ceux qui assument que les liber­tés puissent (ou doivent) passer au second plan d’une sécu­rité première ont le mérite de la cohé­rence. Vieux débat qui traverse la France depuis 1789. Mais pour celles et ceux qui, nombreux dans les paroles, ont affirmé avec force que la démo­cra­tie ne gagnera qu’en étant elle-même, en ne rognant pas un pouce de droit ni de liberté, il y a une grave contra­dic­tion à défendre aujourd’­hui l’in­verse dans la Loi : est-ce assu­mer notre démo­cra­tie que d’in­ter­dire poten­tiel­le­ment des mani­fes­ta­tions citoyennes ? Est-ce faire preuve d’au­dace que d’in­ter­dire des réunions publiques au moment où les Français ont besoin de parler, de se parler, pour comprendre ? Plus que jamais nous avons besoin que la société mobi­li­sée se mette en mouve­ment : pour faire vivre la démo­cra­tie bien sûr, mais aussi pour entraî­ner les citoyens contre les dérè­gle­ments du monde et les fana­tismes mons­trueux qu’ils engendrent. On n’as­signe pas une société à rési­dence.

Bien entendu la Répu­blique doit être en capa­cité de se défendre. Contrai­re­ment à ce qui est affirmé par les tenants d’un virage néocon­ser­va­teur, nous dispo­sons d’un arse­nal judi­ciaire et répres­sif très dense, révisé plus de 11 fois en 10 ans. Sait-on par exemple que les inves­ti­ga­tions qui ont conduit aux opéra­tions de police mercredi à Saint-Denis ont été menées indé­pen­dam­ment de l’état d’ur­gence, dans un strict cadre judi­ciaire et d’enquête pénale ? « Oui, mais demain, après-demain… Comment faire ? » entend-on parfois du côté de ceux que l’uni­forme rassure, même s’ils sont lucides sur l’ef­fet peu persua­sif des dispo­si­tions de sécu­rité de rue sur des terro­ristes déter­mi­nés, jusqu’à se faire sauter.

En premier lieu, il convient d’ap­pliquer le code de procé­dure pénale qui auto­rise déjà, dans le cadre de la lutte anti­ter­ro­riste, le recours à des perqui­si­tions de nuit, mais égale­ment l’uti­li­sa­tion de tech­niques d’enquêtes spéciales que ne permet pas l’état d’ur­gence (écoutes, micros, surveillances etc.). La chan­cel­le­rie a d’ailleurs déjà ordonné que les affaires de terro­risme soient prio­ri­taires.

Ensuite, il est temps de chan­ger de stra­té­gie de sécu­rité, par exemple en déployant quelques milliers de poli­ciers et gendarmes aujourd’­hui affec­tés au peu effi­cace plan Vigi­pi­rate, qui de l’avis de tous les spécia­listes vise d’abord à rassu­rer le quidam, vers des inves­ti­ga­tions, des enquêtes, des fila­tu­res… Ce qu’ap­pré­cie­ront juges et poli­ciers, renfor­cera notre effi­ca­cité, et donnera des preuves aux citoyens.

Les actions de justice et de police ont montré que le besoin prio­ri­taire de moyens et de coor­di­na­tion entre services était plus impor­tant sans doute que les dispo­si­tifs exor­bi­tants de droit commun accor­dés aux services de sécu­rité que consti­tuent par exemple la dernière loi rensei­gne­ment ou une durée anor­ma­le­ment longue d’un état d’ur­gence.

Il est enfin un obstacle majeur à mon appro­ba­tion d’une prolon­ga­tion pour trois mois (durée d’ailleurs aussi arbi­traire qu’i­nex­pliquée par le gouver­ne­ment) : l’em­pres­se­ment d’une modi­fi­ca­tion consti­tu­tion­nelle, de notre Loi fonda­men­tale, alors même que le chef des armées vient de nous décla­rer « en guerre » et que la France sera en état d’ur­gence.

Pas une démo­cra­tie moderne ne modi­fie ses règles les plus précieuses en période où prime la possi­bi­lité de déro­ga­tion à ces mêmes règles. Sans même entrer dans le contenu des modi­fi­ca­tions envi­sa­gées, dont certaines sont la reprise des vieilles reven­di­ca­tions du bloc réac­tion­naire (déchéance de natio­na­lité, présomp­tion de légi­time défense – c’est-à-dire permis de tuer – des poli­ciers), on ne saurait, en pleine conscience répu­bli­caine, accep­ter de procé­der à ces modi­fi­ca­tions substan­tielles de droit fonda­men­tal en pleine appli­ca­tion d’une loi d’ex­cep­tion. Cette dernière exigence de sépa­ra­tion des temps de notre démo­cra­tie ayant été refu­sée par le premier ministre je vote­rai contre la prolon­ga­tion à 3 mois d’un état d’ur­gence qui va au-delà des pouvoirs admi­nis­tra­tifs excep­tion­nels et s’ap­pliquera sans contrôle démo­cra­tique véri­table.

Pouria Amir­shahi est député socia­liste des Français établis hors de France

 

Dans son blog de Media­part du 19 novembre, il ajoute (et ici, c’est lui qui souligne, non pas la rédac­tion, contrai­re­ment à aupa­ra­vant):

C’est dans la préci­pi­ta­tion que les légis­la­teurs vont déli­bé­rer d’une restric­tion sévère de nos liber­tés publiques, de nos loisirs et sorties, de nos mani­fes­ta­tions de soli­da­rité, de notre droit à nous réunir. Confor­mé­ment à la loi de 1955, ces restric­tions pour­ront inter­ve­nir à tout moment, à titre perma­nent le cas échéant, sur déci­sion du préfet.

Celles et ceux qui assument que les liber­tés puissent (ou doivent) passer au second plan d’une sécu­rité première ont le mérite de la cohé­rence. Vieux débat qui traverse la France depuis 1789. Mais pour celles et ceux qui, nombreux dans les paroles, ont affirmé avec force que la démo­cra­tie ne gagnera qu’en étant elle-même, en ne rognant pas un pouce de droit ni de liberté, il y a une grave contra­dic­tion à défendre aujourd’­hui l’in­verse dans la Loi : est-ce assu­mer notre démo­cra­tie que d’in­ter­dire poten­tiel­le­ment des mani­fes­ta­tions citoyennes ? Est-ce faire preuve d’au­dace que d’in­ter­dire des réunions publiques au moment où les Français ont besoin de parler, de se parler, pour comprendre ? Plus que jamais nous avons besoin que la société mobi­li­sée se mette en mouve­ment : pour faire vivre la démo­cra­tie bien sûr, mais aussi pour entraî­ner les citoyens contre les dérè­gle­ments du monde et les fana­tismes mons­trueux qu’ils engendrent. On n’as­signe pas une société à rési­dence.

Bien entendu, la Répu­blique doit être en capa­cité de se défendre. Contrai­re­ment à ce qui est affirmé par les tenants d’un virage néocon­ser­va­teur, nous dispo­sons d’un arse­nal judi­ciaire et répres­sif très dense, révisé plus de 11 fois en 10 ans. Sait-on par exemple que les inves­ti­ga­tions qui ont conduit aux opéra­tions de police mercredi à Saint-Denis ont été menées indé­pen­dam­ment de l’état d’ur­gence, dans un strict cadre judi­ciaire et d’enquête pénale ? « Oui, mais demain, après-demain… Comment faire ? » entend-on parfois du côté de ceux que l’uni­forme rassure, même s’ils sont lucides sur l’ef­fet peu persua­sif des dispo­si­tions de sécu­rité de rue sur des terro­ristes déter­mi­nés, jusqu’à se faire sauter.

En premier lieu, il convient d’ap­pliquer le code de procé­dure pénale qui auto­rise déjà, dans le cadre de la lutte anti­ter­ro­riste, le recours à des perqui­si­tions de nuit, mais égale­ment l’uti­li­sa­tion de tech­niques d’enquêtes spéciales que ne permet pas l’état d’ur­gence (écoutes, micros, surveillances, etc.). La chan­cel­le­rie a d’ailleurs déjà ordonné que les affaires de terro­risme soient prio­ri­taires.

Ensuite, il est temps de chan­ger de stra­té­gie de sécu­rité, par exemple en déployant quelques milliers de poli­ciers et gendarmes aujourd’­hui affec­tés au peu effi­cace plan Vigi­pi­rate, qui de l’avis de tous les spécia­listes vise d’abord à rassu­rer le quidam, vers des inves­ti­ga­tions, des enquêtes, des fila­tu­res… Ce qu’ap­pré­cie­ront juges et poli­ciers, renfor­cera notre effi­ca­cité, et donnera des preuves aux citoyens.

Les actions de justice et de police ont montré que le besoin prio­ri­taire de moyens et de coor­di­na­tion entre services était plus impor­tant sans doute que les dispo­si­tifs exor­bi­tants de droit commun accor­dés aux services de sécu­rité que consti­tuent par exemple la dernière loi rensei­gne­ment ou une durée anor­ma­le­ment longue d’un état d’ur­gence.

Il est enfin un obstacle majeur à mon appro­ba­tion d’une prolon­ga­tion pour trois mois (durée d’ailleurs aussi arbi­traire qu’i­nex­pliquée par le gouver­ne­ment) : l’em­pres­se­ment d’une modi­fi­ca­tion consti­tu­tion­nelle, de notre Loi fonda­men­tale, alors même que le chef des armées vient de nous décla­rer « en guerre » et que la France sera en état d’ur­gence.

Pas une démo­cra­tie moderne ne modi­fie ses règles les plus précieuses en période où prime la possi­bi­lité de déro­ga­tion à ces mêmes règles. Sans même entrer dans le contenu des modi­fi­ca­tions envi­sa­gées, dont certaines sont la reprise des vieilles reven­di­ca­tions du bloc réac­tion­naire (déchéance de natio­na­lité, présomp­tion de légi­time défense – c’est-à-dire permis de tuer – des poli­ciers), on ne saurait, en pleine conscience répu­bli­caine, accep­ter de procé­der à ces modi­fi­ca­tions substan­tielles de droit fonda­men­tal en pleine appli­ca­tion d’une loi d’ex­cep­tion.

Cette dernière exigence de sépa­ra­tion des temps de notre démo­cra­tie ayant été refu­sée par le premier ministre je vote­rai contre la prolon­ga­tion à 3 mois d’un état d’ur­gence qui va au-delà des pouvoirs admi­nis­tra­tifs excep­tion­nels et s’ap­pliquera sans contrôle démo­cra­tique véri­table.

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A l’in­verse des 6 dépu­tés et de la Ligue des droits de l’homme, voici ce que l’on pouvait lire sur le blog de Media­part de la dépu­tée Jacque­line Fraysse, parlant de concert avec les autres dépu­tés du Front de gauche, de façon contra­dic­toire avec les décla­ra­tions aussi des direc­tions du PCF, du PG, si nous avons bien lu, et d’En­semble bien sûr et ce de façon certaine:

« Lundi dernier, le Président de la Répu­blique a convoqué le Congrès du Parle­ment à Versailles pour s’ex­pri­mer direc­te­ment devant les dépu­tés et les séna­teurs.
Face à la gravité de la situa­tion, il appelle à l’union natio­nale. Nous pouvons y sous­crire dans la mesure où elle n’im­plique pas de renon­cer à ses convic­tions, mais exige de chacune et chacun d’être plus que jamais respon­sable.
C’est ce qu’a­vec les dépu­tés de mon groupe, je m’at­tache à faire.
Sur le plan inté­rieur, je soutien­drai la prolon­ga­tion de l’état d’ur­gence pour permettre l’ar­res­ta­tion plus rapide d’in­di­vi­dus dange­reux et le déman­tè­le­ment des réseaux. La situa­tion excep­tion­nelle justi­fie cette mesure d’ex­cep­tion.
Par contre, ce texte atten­ta­toire aux liber­tés fonda­men­tales ne saurait être prolongé et encore moins gravé dans le marbre de la consti­tu­tion.
Nous aurons l’oc­ca­sion de reve­nir sur ce point car les mesures sécu­ri­taires, si elles sont néces­saires, ne font que soigner le symp­tôme. Or, nous avons plus que jamais besoin de soigner aussi les causes.
Certaines d’entre elles ont leur racine au cœur de nos insti­tu­tions : beau­coup trop d’en­fants de la Répu­blique sont aujourd’­hui, et depuis trop long­temps, lais­sés sur le bord du chemin, en-dehors de l’école et du monde du travail. Il est essen­tiel que le gouver­ne­ment déploie au moins autant d’éner­gie à renfor­cer l’ac­cès de tous à l’édu­ca­tion, la culture et l’em­ploi qu’aux mesures sécu­ri­taires dont nous mesu­rons les limites.
S’at­taquer aux causes, c’est aussi œuvrer pour une solu­tion poli­tique aux conflits qui se déroulent sur la scène inter­na­tio­nale
Un salu­taire inflé­chis­se­ment est enclen­ché pour permettre une meilleure coor­di­na­tion de la réac­tion armée.
Mais il est urgent de donner toute sa place à l’Or­ga­ni­sa­tion des Nations Unies pour appliquer le droit inter­na­tio­nal et fixer des objec­tifs tant dans le domaine mili­taire que poli­tique.
Il est urgent d’avan­cer sur la voie de la diplo­ma­tie afin de régler les inter­mi­nables conflits dans lesquels les occi­den­taux portent de lourdes respon­sa­bi­li­tés.
Songeons que la terreur vécue par nos conci­toyens le week-end dernier est celle que vivent depuis des mois, des années, les peuples syrien, pales­ti­nien, irakien, liba­nais, libyen, sans parler de ceux de l’Afrique de l’Ouest.
La force seule ne peut rien régler dura­ble­ment, le rôle de la France doit être de tout mettre en œuvre pour arrê­ter cette spirale de guerre et réta­blir la paix. »

Jacque­line Fraysse

 

 

 

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