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Nous ne céde­rons pas !

 

Cet appel reçu d’une source habi­tuel­le­ment fiable publié ici le 20–11, n’était en fait pas signé par plusieurs orga­ni­sa­tions comme je l’avais retrans­crit. Il reste comme une contri­bu­tion au débat, proche de ce que nous sommes quelques-un.e.s à penser. PB. 22–11

« Ceux qui ont fait subir à Paris et à Saint Denis un moment d’in­hu­ma­nité abso­lue ne nous feront pas céder. Rien ne peut justi­fier ces assas­si­nats. Chacune des victimes vit en nous parce que nous appar­te­nons à la même huma­nité. Notre soli­da­rité à leur égard et à l’égard de leurs familles est totale. Ce crime est immense mais nous refu­sons qu’il devienne un prétexte pour chan­ger nos vies.

Nous ne sommes pas naïfs : nous savons que ces actes de terro­risme appellent des réponses à la mesure du danger qu’ils repré­sentent. Comme nous savons que le rôle des forces de l’ordre et de la justice est essen­tiel pour proté­ger nos liber­tés.

Ceci ne justi­fie pas la direc­tion prise par le président de la Répu­blique et le gouver­ne­ment.

C’est la démo­cra­tie qui ne fonc­tionne plus qu’en appa­rence quand le Parle­ment est appelé à déli­bé­rer d’un jour à l’autre sous la pres­sion de l’émo­tion et les assauts de déma­go­gie de respon­sables poli­tiques qui cultivent la peur.

Depuis 1986, les lois accor­dant plus de pouvoirs aux forces de l’ordre, orga­ni­sant une justice d’ex­cep­tion et restrei­gnant nos liber­tés, au prétexte de lutter contre le terro­risme, s’em­pilent. L’adop­tion d’autres dispo­si­tifs légis­la­tifs, y compris d’ordre consti­tu­tion­nel, exige de poser la ques­tion de leur effi­ca­cité et de l’at­teinte supplé­men­taire aux liber­tés qu’ils consti­tuent. Avant de modi­fier la loi et de confé­rer à l’Etat des pouvoirs accrus, il faut que celui-ci s’in­ter­roge sur ce qui n’a pas permis d’évi­ter une telle abomi­na­tion.

Demain, à coup de mesures d’ur­gence deve­nues perma­nentes, nous serons tous surveillés et suspects et l’Etat tout-puis­sant et sans contrôle. Le proces­sus engagé par le président de la Répu­blique a la forme d’une réponse martiale, il a une réalité : la restric­tion de nos liber­tés sans nous assu­rer plus de sécu­rité.

Vouloir priver de leur natio­na­lité jusqu’aux personnes nées en France, c’est déli­vrer une nouvelle fois le message d’une France divi­sée. Le silence du président de la Répu­blique, lors de la réunion du Parle­ment, sur l’in­dis­pen­sable enga­ge­ment de l’Etat en faveur de l’éga­lité des droits, de la justice sociale, contre toutes les discri­mi­na­tions et contre toutes les mani­fes­ta­tions de racisme accroît drama­tique­ment le senti­ment d’ex­clu­sion que vit toute une partie de notre peuple. Il donne ainsi un peu plus corps à la stig­ma­ti­sa­tion crois­sante qui s’exerce mettant en péril notre volonté de vivre ensemble.

Nous voulons que ces drama­tiques événe­ments soient, au contraire, l’oc­ca­sion de construire un autre chemin que celui qui nous est proposé. Un chemin qui refuse de dési­gner des boucs émis­saires et qui refuse que la France soit en guerre contre elle-même. Un chemin qui donne à la paix et à l’éga­lité des droits toute sa place et qui s’en­gage en faveur d’une France soli­daire, ouverte à l’autre, accueillante, libre et frater­nelle.

Nous ne céde­rons pas à la peur dans laquelle veulent nous faire vivre ceux et celles qui font de la mort leur raison de vivre. Nous ne céde­rons pas à ceux et celles qui nous promettent une société aux liber­tés et à la frater­nité limi­tées.

Nous appe­lons les femmes et les hommes de ce pays à rester soli­daires et à lutter contre toute forme de racisme. Nous appe­lons aussi à la défense des liber­tés car nous ferons préva­loir en toutes circons­tances notre liberté d’ex­pres­sion, de mani­fes­ta­tion et de réunion. Nos orga­ni­sa­tions construi­ront partout en France ces lieux qui nous permet­tront de débattre et nous exer­ce­rons une vigi­lance perma­nente afin que nos liber­tés soient préser­vées et que nul ne soit victime de discri­mi­na­tions. »