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« Évacuer la Zad » ? Et si on se calmait, plutôt ?

Nous relayons une tribune de Françoise Verchère, membre du Collec­tif d’élus doutant de la perti­nence de l’aé­ro­port de Notre-Dame-des-Landes (CéDpa)

publiée sur le site Repor­terre : https://repor­terre.net/Evacuer-la-Zad-Et-si-on-se-calmait-plutot

«  Évacuer la Zad  » : trois petits mots répé­tés sur tous les tons pour ajou­ter à la confu­sion et empê­cher une sortie non violente de l’im­passe de Notre-Dame-des-Landes. À peine le rapport des média­teurs sur le projet de nouvel aéro­port était-il rendu et analysé — et parfois déformé — que beau­coup de médias sont passés au seul sujet qui leur semble d’im­por­tance : l’éva­cua­tion de la Zad, quel que soit le choix du gouver­ne­ment.

 

Balayé le fond même du dossier, c’est-à-dire la preuve enfin faite que le proces­sus de déci­sion a été pipé dès 2003. Que l’on n’avait pas étudié l’al­ter­na­tive de l’op­ti­mi­sa­tion de Nantes-Atlan­tique, et que des mensonges (pardon, des «  constats erro­nés  », page 19 du rapport des média­teurs), sont à la base de la décla­ra­tion d’uti­lité publique.

Oubliée aussi la propo­si­tion des média­teurs de donner du temps à la négo­cia­tion pour permettre que se conti­nuent les expé­riences les plus inté­res­santes sur un terri­toire qui serait rendu à sa voca­tion agri­cole et natu­relle. Sujet trop tech­nique ? Ou trop poli­tique, qui obli­ge­rait à s’in­ter­ro­ger enfin sur le pouvoir qui décide pour les citoyens mais enrobe ses déci­sions du voile de la merveilleuse «  démo­cra­tie parti­ci­pa­tive  », avec force débat public, enquêtes publiques et autres garants et commis­saires ? Sujet pas assez crous­tillant, en tout cas. Car, ce qui ferait de belles photos, de beaux repor­tages à l’heure du JT, et de beaux discours sur l’ordre et l’État de droit, ce serait l’af­fron­te­ment entre les forces de l’ordre et les gueux, les voyous, les ultra­vio­lents, les ZADISTES.

En France, il y a partout des zones de non-droit

On parle donc d’«  évacua­tion, quelle que soit la déci­sion prise sur l’aé­ro­port  ». Comme on a parlé de «  réfé­ren­dum  » en juin 2016 alors qu’il s’agis­sait d’une «  consul­ta­tion pour avis  », on utilise le même mot pour deux cas de figure diffé­rents, ajou­tant ainsi au malheur du monde en nommant mal les choses.

Il y aurait bien évacua­tion si le gouver­ne­ment déci­dait malgré tout de construire le nouvel aéro­port, évacua­tion de tous, agri­cul­teurs, habi­tants anciens et nouveaux, vaches et tritons sans comp­ter les milliers de soutiens qui vien­dront avec d’au­tant plus d’in­com­pré­hen­sion et de colère qu’aujourd’­hui on sait inutile la destruc­tion de ce bocage si précieux. Évacua­tion, donc, avec un lourd tribut à payer, destruc­tion de toutes les habi­ta­tions et béton­nage.

Mais, si le gouver­ne­ment décide d’ar­rê­ter ce mauvais projet, la Zone à défendre change immé­dia­te­ment de statut. Plus besoin de défendre 1.600 ha de la destruc­tion. Plus besoin de barrages. Les chemins sont déjà ouverts à tous, la seule route qui ne le soit pas à ce jour, vestige de l’épi­sode «  opéra­tion César  », s’ou­vrira de nouveau, car c’est la logique. La libre circu­la­tion fait partie des droits de tous, zadistes ou pas. Mais les cabanes illé­gales, les voyous qui occupent illé­ga­le­ment des terrains qui ne leur appar­tiennent pas, diront les tenants de l’ordre ?

Eh bien, oui, ils sont de fait dans l’illé­ga­lité, comme tant d’autres en France et en Navarre. Quel maire — je l’ai été — n’a pas à faire face à ces diffi­cul­tés de station­ne­ment et/ou de construc­tions illé­gales ? Le bocage serait-il la seule zone de non-droit ? Le seul où il faille inter­ve­nir ? Vaste programme que de réta­blir l’ordre et la loi partout… Chacun s’ac­cor­dera, je l’es­père, pour admettre d’abord que, dans un État de droit, seule la justice peut auto­ri­ser une inter­ven­tion.

Il n’est donc pas possible en janvier, toutes affaires cessantes, d’en­voyer la troupe nettoyer la Zad parce que ce ne serait pas légal. Pour admettre ensuite que la même sévé­rité doit valoir pour tous les squat­teurs, et toutes les infrac­tions, cara­vanes et autres yourtes sans auto­ri­sa­tion, belles rési­dences agran­dies sans permis, proprié­taires des bords de l’Erdre — la plus belle rivière de France coulant à Nantes — qui refusent, malgré la loi, le droit de passage sur leurs terrains (mais il faut dire que ceux-là sont des gens bien, qui peuvent payer les astreintes de la justice qui les a condam­nés…).

Ces expé­riences ont leur place dans un futur apaisé

Ancienne élue, je sais la diffi­culté de l’équi­libre à respec­ter pour vivre ensemble, j’ai passé des décen­nies à expliquer la néces­sité des règles et à faire face «  en même temps  », comme on dit aujourd’­hui, à la réalité qui oblige à trou­ver des solu­tions accep­tables. La Zad est née de la volonté de défendre un terri­toire face aux mensonges et à l’obs­ti­na­tion coupable des parti­sans du projet d’aé­ro­port de Notre-Dame-des-Landes ; elle a vu naître et croître de belles expé­riences, n’en déplaise à ceux qui en parlent sans rien connaître réel­le­ment de cet espace de vie. Ces expé­riences-là, de produc­tion, de soli­da­rité, de rapports diffé­rents à la nature et aux autres ont leur place dans un futur apaisé.

Parce que je ne suis ni naïve ni angé­lique, je dis aussi qu’il y a sur la Zad des gens avec qui je ne passe­rais pas une jour­née ni même une heure, de même que je ne passe­rais pas une heure avec des tas de gens appa­rem­ment bien sous tous rapports (je ne donne­rai pas de noms…), mais je dis qu’il y a aussi d’autres habi­tants, beau­coup d’autres dont je serais fière qu’ils soient mes enfants pour les plus jeunes, parce que je suis admi­ra­tive de leur créa­ti­vité et de leurs valeurs. Je constate aussi que chaque jour nous apporte son lot de faits divers, parfois très glauques, sur Nantes et l’ag­glo­mé­ra­tion, que je vois dans les rues toujours plus de mendiants, de gens visi­ble­ment malades, de pauvres. Dans une indif­fé­rence géné­rale. Notre vie collec­tive me semble pour­tant plus mena­cée par cette réalité et notre impuis­sance collec­tive que par ce qui se passe sur la Zad.

Le verbe est créa­teur : à force de parler des «  armes de destruc­tion massive  » que l’Irak était censé avoir (on le savait, on le répé­tait de source sûre, on y croyait, donc c’était vrai, n’est-ce pas ?), on a eu la guerre. La vérité a fini par être révé­lée, il n’y avait pas d’armes de destruc­tion massive. Ceux qui présentent la Zad comme un repaire de quasi-terro­ristes, ne devraient-ils pas s’en souve­nir ?

Avec un peu d’avance sur le calen­drier, je forme le vœu que le gouver­ne­ment aban­donne ce projet destruc­teur et inutile, et qu’il fasse preuve de luci­dité et de réalisme en donnant du temps au temps pour trou­ver les meilleures solu­tions locales. Qui peut honnê­te­ment penser que cela mettrait en péril la Répu­blique, à part des fous, des pyro­manes ou des jour­naux comme Le Jour­nal du dimanche et Valeurs actuelles ?

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