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frédé­ric Lordon, à propos de la répres­sion. « L’arc d’ex­trême droite »

Extraits de cet article paru dans  Lundi matin

« La main de la ZAD, les four­gons d’Arago, et l’arc d’ex­trême-droite »

Par Frédé­ric Lordon

paru dans lundi­ma­tin#147, le 28 mai 2018

Dans une sorte de concen­tré verti­gi­neux qui livre en un instant la vérité d’un régime, Gérard Collomb, micro « BFM » en main, aver­tit à mots à peine couverts que le droit de mani­fes­ter en France devien­dra bien­tôt condi­tion­nel à l’in­ter­ven­tion active des « mani­fes­tants ordi­naires » contre les « casseurs » – et que le refus desdits mani­fes­tants de deve­nir la police conduira logique­ment à la suspen­sion de leur droit.

(…)Désor­mais il y a « de l’ex­trême-droite » un peu partout, et jusque dans des endroits où on ne l’au­rait pas imagi­née. On sait, par exemple, qu’il y a « de l’ex­trême-droite » dans la tête de Laurent Wauquiez – mais ça n’est pas une surprise renver­sante. Plus contre-intui­tif en revanche (on l’ac­cor­dera) qu’il y ait « de l’ex­trême-droite » dans les débris de ce qui fut jadis connu sous le nom de Parti socia­liste : chez Manuel Valls, dans le laïci­sime raciste du Prin­temps répu­bli­cain. Chez Gérard Collomb.

(…)Ce que fait Collomb, non seule­ment Macron l’au­to­rise, mais il l’en­dosse. Il l’en­cou­rage même. La loi « Asile et immi­gra­tion », encou­ra­gée. La répres­sion des aides aux migrants, encou­ra­gée. Les évacua­tions brutales des univer­si­tés, encou­ra­gées. L’ex­ten­sion sans limite des préro­ga­tives poli­cières contre les mani­fes­tants poli­tiques, encou­ra­gée. L’en­trave géné­rale et systé­ma­tique à toute forme d’in­for­ma­tion qui ne soit pas d’ac­cord tacite ou d’hu­mide complai­sance, encou­ra­gée. L’évo­ca­tion d’une possible suspen­sion du droit de mani­fes­ter, encou­ra­gée.

Mais la liste des encou­ra­ge­ments indé­fi­nis commence à se faire lourde, maladroite, et surtout visible. On entend bien, par exemple, que, le naufrage de Parcour­sup promet­tant de lever les lycéens, il impor­tait de faire aussi vite que possible un exemple : terro­ri­ser soixante mineurs, captu­rés lors de l’oc­cu­pa­tion du lycée Arago, en leur infli­geant gardes à vue jusqu’à 48 heures, défè­re­ments et compa­ru­tions immé­diates est certai­ne­ment la chose à faire dans la logique de « l’arc » qui, du reste, ne connait plus d’autre réponse en ce genre de circons­tance – et même si mettre aux cent coups des parents pari­siens bour­geois, élec­teurs de deuxième tour d’Em­ma­nuel Macron à 90% appa­raît comme une idée étrange.

(…) Mais un autre gain en clarté, consi­dé­rable, a été accom­pli à Notre Dame des Landes, où il était fatal que l’usage d’armes de guerre fini­rait par produire des bles­sures de guerre : une main arra­chée. Pour avoir défendu le droit d’ex­pé­ri­men­ter autre chose. Le gain en clarté, c’est que, par le choix des armes qu’on lui applique, et les dommages qu’on accepte sans ciller de lui infli­ger, la popu­la­tion qui renâcle est main­te­nant infor­mée du rapport en lequel la tient l’Etat : celui d’un ennemi de l’Etat.

Pendant que ce gouver­ne­ment, donc, fait ouver­te­ment la guerre à certaines frac­tions de sa popu­la­tion, pendant qu’il mutile, en atten­dant qu’il assas­sine, ce qu’il fait déjà d’ailleurs, (…)

Par un para­doxe insuf­fi­sam­ment remarqué, le « barrage à l’ex­trême-droite » a donc donné nais­sance à cette forme, en effet nouvelle, d’un arc d’ex­trême-droite. Le ministre de l’in­té­rieur y prend toute la place qu’il y reven­dique en actes. Son supé­rieur hiérar­chique en est d’ac­cord, et c’est tout son gouver­ne­ment qui s’y trouve installé. Nous savons main­te­nant à quoi nous en tenir. Nous savons surtout que des gouver­ne­ments de cette sorte ne s’ar­rêtent nulle part. Il ne reste plus, précé­dents histo­riques en tête, qu’à penser aux actions que ce savoir légi­time en consé­quence.

Frédé­ric Lordon

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