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Pierre Khalfa: « Gilets jaunes, créa­tion d’iné­dit »

20 décembre 2018 Par Pierre Khalfa, publié sur Media­part /

Pierre Khalfa est un respon­sable de la Fonda­tion Coper­nic, il est mili­tant d’En­semble.

« Le mouve­ment des gilets jaunes est tota­le­ment inédit. Imprévu et impré­vi­sible, il pose une série de ques­tions qui, pour n’être pas tota­le­ment nouvelles, n’en sont pas moins recon­fi­gu­rées. Ce mouve­ment a posé des problèmes fonda­men­taux qui ne sont pas réso­lus.

  1. (…) Comme l’in­dique Etienne Bali­bar, les gilets jaunes « consti­tuent un échan­tillon repré­sen­ta­tif (et pour cette raison large­ment soutenu) non pas de la popu­la­tion française, au sens statique du terme (celui qu’en­re­gistrent les recen­se­ments par caté­go­ries socio-profes­sion­nelles, âge, sexe, lieu de rési­dence, etc.), mais de ce qu’elle est en train de deve­nir, en raison des tendances massives du capi­ta­lisme contem­po­rain[3]  ».

2. Cette analyse renvoie effec­ti­ve­ment aux « tendances massives du capi­ta­lisme contem­po­rain ». La domi­na­tion du capi­tal ne se réduit plus à la sphère des rapports de produc­tion mais vise la société tout entière avec la volonté d’étendre le règne de la marchan­dise à tous les aspects de la vie sociale et à la vie elle-même. Les trans­for­ma­tions du capi­ta­lisme entrainent donc une multi­pli­cité d’an­ta­go­nismes qui sont autant de terrains d’af­fron­te­ment avec la logique marchande. (…)

3. Dans le cas des gilets jaunes, l’aug­men­ta­tion des taxes sur l’es­sence a été « la goutte d’eau qui a fait débor­der le vase » car elle touchait, non seule­ment à la préca­rité des condi­tions de vie, mais à l’or­ga­ni­sa­tion spatiale induite par un capi­ta­lisme combi­nant spécu­la­tion foncière et recherche de la compé­ti­ti­vité des terri­toires. La consé­quence en est la déser­ti­fi­ca­tion progres­sive de tous les terri­toires qui n’entrent pas dans cette logique, déser­ti­fi­ca­tion dont l’État est le prin­ci­pal respon­sable. Cela explique que ce mouve­ment se soit struc­turé sur la base de groupes affi­ni­taires et sur une base géogra­phique. Ce constat n’épuise pas l’ana­lyse.

En effet, la ques­tion qui se pose immé­dia­te­ment, c’est de savoir pourquoi les nombreuses tenta­tives de mobi­li­sa­tion sur ces thèmes n’ont jamais pu réel­le­ment dépas­ser le niveau local. Luttes contre la ferme­ture des hôpi­taux de proxi­mité, des mater­ni­tés, des bureaux de poste, des lignes SNCF se sont multi­pliées dans toute la France depuis des années sans jamais parve­nir à créer un rapport de force natio­nal, la plupart des gilets jaunes, dont c’est la première mobi­li­sa­tion, n’y ayant par ailleurs jamais parti­cipé. Plus même, d’autres mouve­ments sociaux ont aussi été forte­ment soute­nus et ont été beau­coup plus massifs, comme par exemple ceux contre les réformes des retraites ou contre les lois travail. Ils n’ont pour­tant pas réussi à faire recu­ler le pouvoir, ce qui a été le cas des gilets jaunes, certes de façon limi­tée mais réelle. Cela pose une ques­tion exis­ten­tielle pour le mouve­ment syndi­cal qui voit un mouve­ment social qui lui est étran­ger obte­nir une victoire sur des thèmes qui relèvent tradi­tion­nel­le­ment de son action.

4. Certes, il y aura toujours une place pour le syndi­ca­lisme d’ac­com­pa­gne­ment social dans le néoli­bé­ra­lisme. On le voit dans la place retrou­vée de la CFDT dans la « concer­ta­tion sociale ». Emma­nuel Macron avait cru pouvoir s’en dispen­ser en le trai­tant par le mépris. On peut penser qu’il a compris son erreur et que comme ses prédé­ces­seurs il va reve­nir à une pratique qui donne à ce syndi­ca­lisme une place recon­nue, ce d’au­tant plus que les « exigences » que ce type de syndi­ca­lisme portent sont assez raison­nables pour ne rien remettre en cause. Il en va tout autre­ment pour le syndi­ca­lisme de lutte et de trans­for­ma­tion sociale qui se trouve profon­dé­ment désta­bi­lisé par cette séquence. Confronté à un mouve­ment qui ne s’en­ra­cine pas dans les luttes du sala­riat et qui, en géné­ral, le rejette, inca­pable de faire la preuve de son effi­ca­cité, le syndi­ca­lisme de lutte est confronté à un défi majeur. Ces diffi­cul­tés viennent de loin et renvoient aux trans­for­ma­tions du capi­ta­lisme, à des ques­tions de stra­té­gie et à la crise même d’un projet d’éman­ci­pa­tion.

5. La restruc­tu­ra­tion du capi­tal depuis les années 1980 a entrainé l’écla­te­ment des chaines de valeur, une disper­sion des sala­rié.es avec notam­ment la fin des grandes concen­tra­tions ouvrières, une montée régu­lière de la préca­rité dont l’ubé­ri­sa­tion n’est que le dernier avatar. Dans des pays qui voient leur tissu indus­triel se déli­ter, le blocage de la produc­tion, arme clas­sique du syndi­ca­lisme, non seule­ment devient de plus en plus diffi­cile à mettre en œuvre au vu de l’ato­mi­sa­tion du sala­riat, mais perd en effi­ca­cité. Le mouve­ment des gilets jaunes s’est situé sur un autre terrain, celui du blocage des flux de marchan­dises avec l’oc­cu­pa­tion des ronds-points et des péages d’au­to­routes. Même si dans les faits ce blocage est resté modeste, il n’en faisait pas moins peser une menace pour une écono­mie basée sur le zéro stock et le juste à temps. Mais vouloir para­ly­ser l’éco­no­mie suppose assu­mer un affron­te­ment avec le pouvoir qui sorte de la ritua­li­sa­tion habi­tuelle du conflit social, que ce soit d’ailleurs pour un blocage des flux ou un blocage de la produc­tion. Que ce soit en 2003 ou en 2010, lors de mouve­ments d’une ampleur consi­dé­rable contre la réforme des retraites, cette para­ly­sie n’a pas vu le jour que ce soit sous la forme d’une grève géné­rale, récla­mée par une partie du mouve­ment syndi­cal, ou par le blocage de points stra­té­giques qui avait pour­tant commencé à être mis en œuvre à une petite échelle par des équipes syndi­cales en 2010.

6. Il ne faudrait cepen­dant pas féti­chi­ser telle ou telle forme de lutte. Ce qui a créé la sidé­ra­tion du pouvoir n’est pas tant le blocage de l’éco­no­mie, qui est resté très limité, que le carac­tère impré­vi­sible de la mobi­li­sa­tion, auto-orga­ni­sée et basée au départ sur des initia­tives indi­vi­duelles qui peuvent, ou pas, rencon­trer un écho. Remarquons que ce carac­tère impré­vi­sible s’était mani­festé en 2006 lors de la lutte contre le contrat de première embauche (CPE), avec l’en­trée dans l’arène de la jeunesse, lutte qui avait débou­ché sur un succès.Les gilets jaunes ont réussi à ouvrir une crise poli­tique majeure, appa­rais­sant d’au­tant plus comme un mouve­ment de fond dans la société qu’il ne se mani­fes­tait pas par les canaux habi­tuels de la contes­ta­tion sociale. Ce qui crée une crise poli­tique, ce n’est pas le soutien de la popu­la­tion, ni l’am­pleur des mobi­li­sa­tions. La crise poli­tique nait quand ceux qui dirigent semblent n’avoir aucune prise sur ce qui se passe et c’est à ce moment que la divi­sion du pouvoir se mani­feste et que des failles commencent à appa­raître

7. Ce qui pose la ques­tion du rapport à la violence. Il est indé­niable que l’oc­cu­pa­tion de lieux qui renvoient symbo­lique­ment au pouvoir comme les Champs-Elysées, les affron­te­ments qui s’en sont suivis et l’im­pres­sion de chaos à Paris le 1er décembre ont été un des facteurs de la crise poli­tique. De plus ces affron­te­ments n’ont pas simple­ment été le fait des habi­tuels groupes orga­ni­sés, mais ont concerné nombre de mani­fes­tants ordi­naires indi­gnés par le compor­te­ment des forces de police, par l’at­ti­tude du pouvoir et révol­tés par une situa­tion d’injus­tice qu’ils ressen­taient profon­dé­ment. Cela explique proba­ble­ment en partie le fait, déci­sif, que ces affron­te­ments n’aient nulle­ment entrainé une baisse du soutien du mouve­ment dans l’opi­nion publique. Pour cette dernière, le pouvoir a porté la respon­sa­bi­lité des affron­te­ments par son atti­tude intran­si­geante et mépri­sante.
Ce n’est donc pas la stra­té­gie prônant la violence comme moyen d’ac­tion qui a été couron­née de succès, c’est le fait que cette violence ait été mise sur le dos du pouvoir. Depuis main­te­nant quelques années, des affron­te­ments régu­liers ont lieu lors des mani­fes­ta­tions syndi­cales, affron­te­ments théo­ri­sés par certains comme une néces­sité anti­ca­pi­ta­liste. Or ces affron­te­ments n’ont jamais permis la créa­tion du moindre rapport de forces, permet­tant au contraire au pouvoir de stig­ma­ti­ser les mani­fes­tant.es. On ne peut donc que suivre Etienne Bali­bar quand il écrit « La violence physique en tant que contre-violence, anti­éta­tique ou anti­ca­pi­ta­liste, ne crée aucun rapport de forces favo­rable, encore moins une « conscience révo­lu­tion­naire ». Au contraire elle met la déci­sion finale à la merci des flash­balls, des grenades, peut-être des blin­dés ».

8. Parti d’une reven­di­ca­tion précise touchant à l’aug­men­ta­tion des taxes sur l’es­sence, ce mouve­ment s’est élargi à la ques­tion de la redis­tri­bu­tion des richesses en mettant l’ac­cent à la fois sur la justice fiscale à travers l’exi­gence du réta­blis­se­ment de l’ISF et sur la ques­tion du pouvoir d’achat avec l’exi­gence de l’aug­men­ta­tion du Smic et du mini­mum retraite. Mais la dyna­mique du mouve­ment ne s’est pas arrê­tée là, débor­dant du social sur le poli­tique, preuve s’il en était besoin que, lors de crises paroxys­tiques, la divi­sion entre le social et le poli­tique devient obso­lète. L’élan de leur mouve­ment a amené les gilets jaunes a posé la ques­tion de la nature de la démo­cra­tie avec une forte mise en cause de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Ils ont d’abord amené un démenti pratique au popu­lisme de gauche pour qui « il faut construire le peuple ». Ils se sont construits eux-mêmes et n’ont pas eu besoin d’un leader charis­ma­tique pour cela. L’auto-orga­ni­sa­tion, favo­ri­sée par les réseaux sociaux, a permis non seule­ment l’or­ga­ni­sa­tion d’ac­tions concrètes à l’échelle locale et natio­nale, mais aussi une discus­sion collec­tive sur les reven­di­ca­tions. Le refus de tout repré­sen­tant, même provi­soire, celui de tout porte-parole, de toute délé­ga­tion a donné au mouve­ment ce carac­tère non contrô­lable qui a paniqué le pouvoir. Cette auto-orga­ni­sa­tion a été une des forces prin­ci­pales du mouve­ment.

9. Ce refus de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive a des racines profondes. Histo­rique­ment au XVIIIe­siècle, « le gouver­ne­ment repré­sen­ta­tif » s’est mis en place pour empê­cher la parti­ci­pa­tion des classes popu­laires aux déci­sions du gouver­ne­ment. Aux XIXe et XXe siècles, la fin du suffrage censi­taire et l’ins­tau­ra­tion du suffrage univer­sel[6], arra­chés de haute lutte, semblent trans­for­mer la nature du lien repré­sen­ta­tif. La mise en place progres­sive d’un État social vient confor­ter le système dont la démo­cra­ti­sa­tion s’ac­com­pagne de conquêtes sociales impor­tantes. Le gouver­ne­ment repré­sen­ta­tif se mue en démo­cra­tie repré­sen­ta­tive qui s’ar­ti­cule en quatre éléments : le suffrage univer­sel, l’exis­tence de droits fonda­men­taux et de droits sociaux, l’exis­tence de contre-pouvoirs puis­sants, un espace public qui permet la confron­ta­tion des points de vue.

Ces quatre éléments sont aujourd’­hui remis en cause. La montée de l’abs­ten­tion, surtout dans les classes popu­laires, fait appa­raître ce que certains ont pu appe­ler un « cens caché ». Les droits fonda­men­taux et les droits sociaux sont attaqués de toutes parts. Les contre-pouvoirs tradi­tion­nels sont très affai­blis. Les partis poli­tiques de gauche et les syndi­cats connaissent une crise profonde : non seule­ment, l’ima­gi­naire éman­ci­pa­teur sur lequel ils s’ap­puyaient a disparu, mais ils ont été inca­pables de bloquer la vague néoli­bé­rale et leur mode de fonc­tion­ne­ment verti­cal et hiérar­chique entre en contra­dic­tion avec les aspi­ra­tions des indi­vi­dus à l’au­to­no­mie. L’es­pace public était tradi­tion­nel­le­ment un espace où la plupart des indi­vi­dus étaient des spec­ta­teurs et où s’af­fron­taient des personnes recon­nues comme quali­fiées (expert.es, respon­sables poli­tiques ou syndi­caux, jour­na­listes). L’ar­ri­vée d’in­ter­net a tota­le­ment changé la donne pour le meilleur (démo­cra­ti­sa­tion des possi­bi­li­tés de produc­tion et diffu­sion de l’in­for­ma­tion et du commen­taire), et pour le pire (règne de la rumeur, force des visions complo­tistes qui n’ont pas épar­gné le mouve­ment actuel, appa­ri­tion aujourd’­hui de la « post-vérité »).

La trans­for­ma­tion du gouver­ne­ment repré­sen­ta­tif en démo­cra­tie repré­sen­ta­tive n’a donc pas modi­fié la nature profonde du système. Nous vivons dans une oligar­chie élec­tive libé­rale : oligar­chie, car nous sommes gouver­nés par un petit nombre d’in­di­vi­dus au service des plus riches ; élec­tive, car nous sommes appe­lés régu­liè­re­ment à choi­sir par notre vote ces indi­vi­dus ; libé­rale, car nous avons histo­rique­ment arra­ché un certain nombre de droits, que les classes diri­geantes essaient d’ailleurs en perma­nence de remettre en cause.

10. La remise en cause de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive est donc tota­le­ment légi­time. Mais, ce rejet, si justi­fié soit-il, ne produit pas auto­ma­tique­ment de solu­tion, ce d’au­tant plus que repré­sen­ta­tion et délé­ga­tion sont souvent confon­dues. Pour Rous­seau, en démo­cra­tie, le peuple doit exer­cer à la fois la fonc­tion légis­la­tive (ce qu’il appelle le Souve­rain) et la fonc­tion exécu­tive (ce qu’il appelle le Prince). C’est évidem­ment impos­sible car cela suppo­se­rait que le peuple rassem­blé assure toutes les tâches concrètes liées à l’exer­cice pratique du pouvoir. Cela rend pour lui la démo­cra­tie impos­sible et l’on connaît sa formule célèbre : «  S’il y avait un peuple de dieux, il se gouver­ne­rait démo­cra­tique­ment ».

En réalité, aucun régime poli­tique ne peut fonc­tion­ner sans délé­ga­tion et en démo­cra­tie, ces délé­gués ne repré­sentent pas le peuple, ils en exécutent les déci­sions. Ainsi à Athènes, la fonc­tion légis­la­tive est exer­cée par l’ec­clé­sia, l’as­sem­blée du peuple, et les fonc­tions exécu­tives sont tirées régu­liè­re­ment au sort. De même, il ne peut y avoir de démo­cra­tie, et plus globa­le­ment de régime poli­tique, sans les insti­tu­tions qui lui corres­pondent. C’est le rôle des insti­tu­tions poli­tiques de créer les condi­tions d’une parti­ci­pa­tion pérenne des citoyen.nes à la déci­sion poli­tique. Comme l’in­dique Casto­ria­dis, le rôle de l’ac­tion poli­tique consiste en dernière instance à « créer les insti­tu­tions qui, inté­rio­ri­sées par les indi­vi­dus, faci­litent le plus possible leur acces­sion à leur auto­no­mie indi­vi­duelle et leur possi­bi­lité de parti­ci­pa­tion effec­tive à tout pouvoir expli­cite exis­tant dans la société »[7]. Le problème pratique à résoudre est de évidem­ment de créer de telles insti­tu­tions…

11. De plus, le rejet de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive ne saurait s’ac­com­pa­gner d’un rejet des partis poli­tiques et des syndi­cats, sous peine de reje­ter par la même occa­sion la diver­sité des points de vue inhé­rente à toute vie démo­cra­tique. Dans ce rejet pointe l’illu­sion que les gilets jaunes repré­sente le peuple qui sous-entendu serait homo­gène. Or non seule­ment, les gilets jaunes eux-mêmes ne sont pas homo­gènes, mais surtout ils ne peuvent prétendre à être « le peuple ». Car de nombreuses compo­santes des classes domi­nées, même si elle ont regardé le combats des gilets jaunes avec sympa­thie, ne s’y sont pas enga­gées : classe popu­laires des banlieues des grandes villes, fonc­tion­naires, petits paysans, sala­rié.es des grandes entre­pri­ses…

(…)

12. Mouve­ment hété­ro­gène, les gilets jaunes n’ont pas manqué de conflits internes. La presse s’est faite l’écho de conflits entre groupes occu­pant des ronds-points diffé­rents et divi­sés sur ce qu’il fallait faire et défendre. Rien que de plus normal dans un mouve­ment social. La présence active de l’ex­trême droite n’a pas réussi à marquer, pour le moment, en profon­deur le mouve­ment qui est resté sur le terrain social et démo­cra­tique. Des inci­dents racistes et homo­phobes ont eu lieu, mais ils sont restés limi­tés. La ques­tion des migrant.es que le RN voulait mettre au centre du mouve­ment est restée margi­nale même si les formu­la­tions les concer­nant dans la liste des 42 reven­di­ca­tions des gilets jaunes sont pour le moins problé­ma­tiques. Les visions complo­tistes autour du pacte mondial sur les migra­tions de l’ONU, massi­ve­ment reprises sur inter­net et par certaines figures en vue des gilets jaunes, n’ont pas eu de prise réelle sur le mouve­ment, de même que les accu­sa­tions déli­rantes portées contre le gouver­ne­ment à propos de l’at­ten­tat terro­riste de Stras­bourg.

Mais cela pose la ques­tion de savoir comment un tel mouve­ment peut arri­ver à débattre en son sein et à construire des consen­sus. Ainsi l’éla­bo­ra­tion et l’adop­tion des 42 reven­di­ca­tions appa­rues comme étant celles du mouve­ment est entou­rée d’un certain mystè­re… De même, le refus de toute délé­ga­tion amène les médias à faire leur propre choix et à sélec­tion­ner celles et ceux qu’ils estiment être « des bons clients », créant donc, de fait, des porte-paroles. Ce mouve­ment a posé des problèmes fonda­men­taux qui ne sont donc pas réso­lus. Son avenir reste impré­vi­sible et plusieurs possibles coha­bitent : un rebond des mobi­li­sa­tions sociales ? un mouve­ment syndi­cal repre­nant l’ini­tia­tive, une alter­na­tive à gauche revi­go­rée, l’ex­trême droite tirant les marrons du feu… à moins que cela ne débouche sur un mouve­ment cinq étoiles à la française comme certains gilets jaunes l’ont déjà annoncé avec l’in­ten­tion de présen­ter une liste aux élec­tions euro­péennes ? A l’heure où ces lignes sont écrites tout est possible, même le pire.


[3]Etienne Bali­bar, Gilets jaunes: le sens du face à face,https://blogs.media­part.fr/ebali­bar/blog/131218/gilets-jaunes-le-sens-du-face-face.
[5]Pour une critique du popu­lisme de gauche, voir Pierre Khalfa, Le popu­lisme de gauche, réponse à la crise démo­cra­tique ?(https://blogs.media­part.fr/pierre-khalfa/blog/021117/le-popu­lisme-de-gauche-reponse-la-crise-demo­cra­tique) et Popu­lisme de gauche, du nouveau ? (https://blogs.media­part.fr/pierre-khalfa/blog/170918/popu­lisme-de-gauche-du-nouveau).

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