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Jour­née du 24 novembre : massi­ve­ment mobi­li­sées, fémi­nistes et fières de l’être !

http://reflexions-echanges-insou­mis.org/jour­nee-du-24-novembre-massi­ve­ment-mobi­li­sees-femi­nistes-et-fieres-de-letre/
par Ingrid Hayes:

Il y a tout juste un an écla­tait l’af­faire Wein­stein, fina­le­ment accusé de harcè­le­ment, agres­sions sexuelles et viols par plus de 90 femmes. En guise d’évé­ne­ment-précur­seur, l’af­faire Strauss Kahn, en 2011, avait égale­ment eu un grand reten­tis­se­ment, mais rien de compa­rable. En effet, l’af­faire révé­lée en 2017 est à l’ori­gine du mouve­ment #Metoo, dont l’onde de choc n’a pas fini d’exer­cer ses effets. Les femmes qui se sont expri­mées alors sont celles dont on peut consi­dé­rer que, plus que d’autres, elles en avaient les moyens en raison de leur situa­tion écono­mique et sociale et de leur visi­bi­lité, femmes poli­tiques, actrices etc. Le fait même qu’il ait fallu attendre si long­temps pour qu’elles s’ex­priment traduit la force des rapports de domi­na­tion subis. Cette expres­sion n’a pas entrainé un clivage social, une réac­tion de rejet renvoyant ces femmes à leur posi­tion domi­nante, mais un large mouve­ment d’iden­ti­fi­ca­tion et de soli­da­ri­sa­tion, signe d’une lame de fond sans précé­dent. On est loin d’un fémi­nisme vu comme socia­le­ment marqué, indi­vi­duel, valo­ri­sant la réus­site de certaines, celle-ci suppo­sant qu’elles en exploitent d’autres. Loin aussi d’un fémi­nisme désor­mais « auto­risé », dont une partie des dyna­miques éman­ci­pa­trices ont été digé­rées par le capi­ta­lisme, comme l’ex­plique la philo­sophe Nancy Fraser.

Elle a entrainé dans son sillage des mobi­li­sa­tions de masse, sur la ques­tion des violences sexistes et sur d’autres sujets, notam­ment l’avor­te­ment. Le 8 mars 2018 a été une des prin­ci­pales occa­sions de démon­trer la dyna­mique fémi­niste libé­rée par #Metoo. La victoire des femmes irlan­daises lors du refe­ren­dum concer­nant l’avor­te­ment, les mobi­li­sa­tions impres­sion­nantes au Chili ou en Argen­tine s’ajoutent à ce tableau.

Pour­tant, en France, si les effets de #Metoo ont été immé­diats (notam­ment avec #Balan­ce­ton­porc), ils ne s’étaient pas traduits jusqu’ici par des mobi­li­sa­tions de masse. Il y eut même des réac­tions très néga­tives dans certains secteurs (on se souvient de la tribune notam­ment signée par Cathe­rine Deneuve), et en parti­cu­lier de femmes des classes domi­nantes semblant consi­dé­rer que les acquis de la révo­lu­tion sexuelle des années 1960 et 1970 étaient mena­cés.

Le pari de cette jour­née de mobi­li­sa­tion du 24 novembre contre les violences était de prou­ver qu’une mobi­li­sa­tion massive était possible en France comme ailleurs, et que de la logique de soli­da­rité indi­vi­duelle (« me too ») on pouvait passer à une logique collec­tive (« nous toutes »). C’est un succès incon­tes­table, qui redonne confiance et espoir pour l’ave­nir.

Si l’on n’en est pas aux centaines de milliers d’Es­pa­gnoles mani­fes­tant le 8 mars, la mobi­li­sa­tion a réuni au mini­mum 50 000 personnes, dans plus de 50 villes. Déci­dé­ment, les nouveaux modes de mobi­li­sa­tions, via les hash­tags et les réseaux sociaux, sont surpre­nants, et parfois désta­bi­li­sants pour des mili­tantes issues de tradi­tions plus anciennes. Le contexte n’était pour­tant pas très favo­rable, puisque les mani­fes­ta­tions semblaient condam­nées à passer au second plan, derrière celles de Gilets jaunes. Et partout on retrouve les traits qui ont marqué les autres mobi­li­sa­tions à travers le monde : le nombre impor­tant de jeunes, souvent majo­ri­taires, la jonc­tion avec les anciennes géné­ra­tions de fémi­nistes, la dimen­sion radi­cale de la remise en cause du patriar­cat, les mots d’ordre communs …

Voilà qui démontre les capa­ci­tés à retis­ser un mouve­ment fémi­niste à l’échelle inter­na­tio­nale. Et si c’est bien à une 3e vague du fémi­nisme que l’on assiste – l’ave­nir le dira, et il convient d’y contri­buer -, elle a enfin touché les côtes françaises. Devant l’ur­gence, le mouve­ment fémi­niste a pris conscience qu’il était temps de faire en sorte de surmon­ter les débats bien réels qui traversent ses diffé­rents courants.

Ingrid Hayes

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