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La mani­fes­ta­tion contre la loi anti-casseurs à Toulouse, le 13 avril, a été inter­dite et empê­chée

Coup de gueule d’une toulou­saine en colère/ Myriam Martin, conseillère régio­nale Occi­ta­nie Ensemble! France Insou­mise


« Toulouse a sans doute servi de labo­ra­toire de la répres­sion, dans le cadre de la loi nouvel­le­ment votée. « 

On dit parfois que la colère n’est pas bonne conseillère. Mais quand celle ci est fondée et légi­time, il est sain de l’ex­pri­mer. C’est donc une saine colère que je souhaite expri­mer dans cette décla­ra­tion.

La mani­fes­ta­tion à Toulouse samedi 13 avril n’a pas eu lieu. Cette mani­fes­ta­tion appe­lée par de très nombreuses orga­ni­sa­tions syndi­cales, poli­tiques et asso­cia­tives, contre la loi dite « anti-casseurs », a de fait, été inter­dite.

Comme des milliers de mani­fes­tant-e-s gilets jaunes, syndi­ca­listes, mili­tant-e-s ou pas, j’ai été empê­chée de mani­fes­ter. C’est la première fois que cela m’ar­rive dans cette ville où je milite et où il m’est arrivé de battre le pavé des centaines de fois.

Je m’in­surge d’avance : il n’est pas crédible que les auto­ri­tés puissent prétendre avoir agi au nom de la sécu­rité des nos conci­toyen-n-e-s. Il n’en est rien. Ce qui a occupé prin­ci­pa­le­ment les forces de police ce fut de rendre impos­sible la consti­tu­tion du cortège initia­le­ment prévu. Dès que vous vouliez rejoindre ou essayer de rejoindre le cortège inter­syn­di­cal et le pôle ensei­gnant prévu pour cette mani­fes­ta­tion, c’était physique­ment impos­sible. J’ai pu le consta­ter moi même lorsqu’un premier barrage entre les allées Jean Jaurès et la place Jeanne d’Arc m’a amené à négo­cier avec les forces de l’ordre. La réac­tion de ces dernières fut plus qu’é­ton­nantes. Le fait de discu­ter, de protes­ter devant ce qui état clai­re­ment une remise en cause d’un droit élémen­taire, celui de mani­fes­ter, a suscité chez les CRS présents des réac­tions déme­su­rées et dispro­por­tion­nées : agres­si­vité systé­ma­tique dans les propos (il s’agit sic « d’obéir aux ordres », de « se taire » sous peine d’être embarqué, parfois les propos sont gros­siers à l’en­contre d’une jeune femme, «  ta gueule connasse  »), menaces d’être arrêté-e-s dès la première discus­sion, d’être filmé. Les mensonges vont bon train, un poli­cier se permet­tant même d’af­fir­mer que « la mani­fes­ta­tion est inter­dite car non décla­rée », que « les boule­vards sont inter­dits à la circu­la­tion ( des piétons!) », d’autres refusent de rendre visible leur matri­cule quand on leur fait remarquer que celui ci est dissi­mulé, prétex­tant contrai­re­ment à la loi, « qu’ils n’ont pas à le montrer lors d’un main­tien de l’ordre » !

Afin d’apai­ser les esprits car les esprits finissent par s’échauf­fer, surtout quand cela fait deux, trois fois qu’on est repous­sés, j’ai sorti ma carte d’élue régio­nale, évoquant la possi­bi­lité d’en­trer en contact avec la préfec­ture, pour véri­fier les dires des CRS présents.

Là aussi réac­tions assez signi­fi­ca­ti­ve­ment incor­rectes : « c’est ça, t’as qu’à croire, t’as qu’à rêver ». Propos qui révèlent la toute puis­sance dans laquelle croient pouvoir évoluer ces poli­ciers soi-disant char­gés du main­tien de l’ordre et de notre sécu­rité.

Tout le reste est à l’ave­nant : malgré les efforts de retrou­ver les ami-e-s, cama­rades, mili­tant-e-s avec qui j’avais prévu de mani­fes­ter, cela s’avéra impos­sible. Nous fûmes gazés, bous­cu­lés, pris constam­ment dans des nasses. Le bruit devint assour­dis­sant telle­ment étaient lancées de très nombreuses grenades de désen­cer­cle­ment par les poli­ciers.

L’im­pres­sion d’être en état de siège était un senti­ment large­ment partagé autour de moi.

Alors que doit on rete­nir de la stra­té­gie choi­sie par les auto­ri­tés et par le pouvoir, puisque la mani­fes­ta­tion devait se dérou­ler dans le nouveau cadre répres­sif de la loi « anti­cas­seurs »?

Tout d’abord que le dispo­si­tif poli­cier démen­tiel, n’avait abso­lu­ment rien à voir avec le main­tien de l’ordre et la sécu­rité puisque l’in­cen­die allées Jean Jaurès et celui près de Jeanne d’Arc n’ont nulle­ment été empê­chés. Visi­ble­ment ce n’était pas la prio­rité des escouades de CRS, des canons à eau et des blin­dés.

Non l’objec­tif était bien d’em­pê­cher la mani­fes­ta­tion d’avoir lieu avec un arse­nal répres­sif indigne d’une démo­cra­tie.

Avec une stra­té­gie toujours plus présente de la tension et de l’es­ca­lade de la violence. Tout a été fait pour irri­ter et pous­ser les mani­fes­tant-e-s à tenter de recons­ti­tuer un cortège systé­ma­tique­ment empê­ché.

Pour finir, il faut être très clair : ce qu’il s’est passé samedi à Toulouse est très grave. Un tour­nant a été pris, Toulouse a sans doute servi de labo­ra­toire de la répres­sion, dans le cadre de la loi nouvel­le­ment votée.

Dans notre pays un cap a été fran­chi : il ne s’agit plus de consta­ter une dérive auto­ri­taire du pouvoir, mais bien une tenta­tion auto­ri­taire qui remet en ques­tion les droits fonda­men­taux démo­cra­tiques comme ceux de mani­fes­ter, de circu­ler et donc de s’ex­pri­mer quand on souhaite s’op­po­ser à la poli­tique du pouvoir Macron.

La démo­cra­tie est en danger et il est temps pour les orga­ni­sa­tions progres­sistes syndi­cales, poli­tiques et asso­cia­tives du dépar­te­ment de pour­suivre leur combat contre la répres­sion.

Mais désor­mais devant la tenta­tion auto­ri­taire bien réelle, c’est d’un sursaut natio­nal dont nous avons besoin.

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