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L’af­faire Benalla, un scénar plus que vrai­sem­blable

http://www.slate.fr/story/173277/affaire-benalla-scenar-pitch-fran­ca­frique-media­part

Ce texte est paru dans la news­let­ter hebdo­ma­daire de Titiou Lecoq. C’est un résumé de l’his­toire de Benalla en ce début février.

Extraits

Si un apprenti scéna­riste tentait de pitcher l’af­faire Benalla à un produc­teur.

(…)C’est un jeune qui aime la vie, il la croque à pleines dents. Bon, alors, il est adoles­cent et il a une passion, c’est la sécu­rité. (…) Il a 15 ans et il est garde du corps de Marion Cotillard. En 2010, il se dit que ok, c’est sympa les stars de ciné mais main­te­nant qu’il a 19 ans et qu’il est un homme, il veut élar­gir son hori­zon et faire la sécu des poli­tiques. Alors il va au Parti socia­liste (PS) et le direc­teur de la sécu du PS le prend sous son aile.(…) Il se fait embau­cher pour faire la sécu de Martine Aubry en 2011, puis de François Hollande en 2012, et après il devient même chauf­feur de Arnaud Monte­bourg, ministre du Redres­se­ment produc­tif.(…) Sauf que là, première embrouille. Le ministre le vire en disant qu’A­lexandre il a provoqué un acci­dent de la route et qu’il a voulu prendre la fuite. (…)

Ensuite, il fait la sécu­rité du candi­dat Emma­nuel Macron, parce qu’ils sont un peu pareils, ce sont des jeunes qui travaillent dans des milieux de vieux et qui veulent être chefs. Ils se lient d’ami­tié, et Alexandre il va suivre Emma­nuel pendant toute la campagne. Main dans la main, ils vont gagner l’élec­tion. T’ima­gines le truc? Ils entrent ensemble à l’Ély­sée, c’est genre la consé­cra­tion pour les deux. Alexandre devient chargé de mission du cabi­net du président. (…)
Il bosse à l’Ély­sée, il gagne 6.000 euros nets par mois. Mais il est gour­mand Alexandre. Ça ne lui suffit pas.

Avec son copain Vincent, qui est aussi dans la sécu et qui bosse comme sala­rié de La Répu­blique en marche (LREM), ils sont en négo­cia­tion pour passer un contrat de sécu­rité avec un homme d’af­faire russe. C’est signé en juin. A priori, pourquoi pas. Ils doivent s’oc­cu­per de la sécu­rité du bonhomme en France. Son contrat, de trois mois renou­ve­lables, tutoie les 294.000 euros. Le problème c’est que l’homme d’af­faire, il est pas hyper recom­man­dable. On comprend qu’il a besoin d’une bonne sécu: il est soupçonné d’être lié à la mafia russe, une orga­ni­sa­tion crimi­nelle appe­lée Izmaï­lovs­kaïa. Et puis c’est un peu tendu de s’oc­cu­per de la sécu du président de la Répu­blique française et en même temps d’un Russe poten­tiel­le­ment proche de la mafia et du Krem­lin. En plus, Alexandre et Vincent font un montage complexe pour passer ce contrat.

Et ils embauchent dans leur affaire Chokri Wakrim, un ancien mili­taire qui bosse aussi dans la sécu­rité, et qui est en couple avec la cheffe de la sécu de Mati­gnon.
(…)

Mais il se prend pour le roi du monde, il déconne de plus en plus. Un peu comme un perso joué par Leonardo DiCa­prio.

À une manif de 1er mai, il porte un bras­sard de la police (il a pas le droit), il frappe un couple (il a pas le droit), et parti­cipe à des inter­pel­la­tions (il a pas le droit). Pas de bol, c’est filmé et en juillet, la vidéo sort. Et là, c’est le début de la merde.

Déjà, le jour où il devait se marier, il peut pas parce qu’il est audi­tionné par les flics. Il admet qu’il a des armes, trois fois rien, un fusil à pompe et trois flingues. Ils sont dans un coffre-fort chez lui mais pas de bol, il n’a pas la clé de son appart. (…) Quand la police finit par péné­trer chez lui, suspens, surprise, paf, pouf, y a plus de coffre-fort. Il s’est vola­ti­lisé. Alexandre, il dit qu’il n’a aucune idée d’où est le coffre-fort qui conte­nait les armes et quelques autres petits papiers person­nels sur ses affaires. Le coffre, sa compagne, son bébé, ses papiers, tout ça, pfft, il sait pas, mais quelques jours plus tard, il rapporte quand même les armes à la police.


Évidem­ment, il est viré de l’Ély­sée mais vu les soupçons de magouilles qu’il a aux fesses, il se dit que c’est pas grand-chose tant qu’on découvre pas le reste. (…)

Et puis, il y a ses passe­ports. Ah oui, parce qu’A­lexandre, il a la manie de collec­tion­ner les passe­ports. Il en a quatre, dont des diplo­ma­tiques. Il promet qu’il les a rendus à l’Ély­sée mais qu’on les lui a redon­nés après et il s’en sert pour faire une ving­taine de voyages à ce moment-là. J’ai­me­rais bien une scène où il irait au Tchad rencon­trer le président tcha­dien, mais je sais pas trop encore pour faire quoi.(…)
– Donc Alexandre, il ne se laisse pas abattre par ces quelques emmerdes. Il emmé­nage avec Myriam à Londres et il voit plein de gens, par exemple Alexandre Djouhri qui, vu qu’il est soupçonné d’avoir parti­cipé à un finan­ce­ment libyen de la campagne de Sarkozy en 2007, est forcé­ment un type qui va lui donner de bons conseils. Et puis Alex fait des voyages comme consul­tant. Israël, le Tchad, le Came­roun, le Congo-Braz­za­ville (ça ferait de belles images tout ça). Parce qu’il s’est trouvé un nouveau copain. Philippe Haba­bou Solo­mon, un vieux qui lui présente les chefs d’État et lui apprend à négo­cier la vente d’uni­formes mili­taires. (…)

Le meilleur arrive. Accroche-toi bien. Jusque-là, c’était une histoire plutôt clas­sique. À la limite, Alexandre avait déconné, il avait été un peu trop gour­mand avec la vie mais bon, ça peut arri­ver à tout le monde. Ensuite, le film prend un virage Water­gate. Du coup, il faut des jour­na­listes. Media­part sort un enre­gis­tre­ment audio qui date de juillet où on entend Vincent et Alexandre discu­ter des dossiers qu’ils doivent faire dispa­raître, notam­ment ceux sur l’homme d’af­faires russe. (…) Déjà, c’est pas bien de vouloir détruire des preuves. En plus, au moment de cette discus­sion, ils n’ont pas le droit de se parler rapport à leur contrôle judi­ciaire à cause des gens qu’ils ont tapés à la manif du 1er mai.

Mais l’autre ques­tion –et c’est là qu’il faut jouer un max de suspens avec de la musique–, c’est: qui les a enre­gis­trés? Et pourquoi? Mati­gnon affirme que ce ne sont pas les services français. Est-ce que c’est une personne toute seule avec son télé­phone? La cheffe de la sécu­rité de Mati­gnon? Ou alors on part sur un film d’es­pion­nage et on imagine que c’est un service étran­ger, genre les Russes? Pour le savoir, le parquet décide de perqui­si­tion­ner Média­part. Ils espèrent trou­ver la source des enre­gis­tre­ments sous prétexte d’at­teinte à la vie privée. Ou alors ils perqui­si­tionnent pour faire peur aux sources qui alimentent les jour­na­listes. (…°Mais bon, les jour­na­listes, ils ne veulent pas donner leur source. Alors ça ne sert à rien. Ça fout juste un gros bordel où tout le monde se dit que tout le monde cache des trucs.


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