Contre l’extrême droite : clarté et lucidité
Le drame de Lyon impose sans délai à toute les forces sociales, syndicales de gauche et écologistes l’analyse la plus rigoureuse. Quelles dynamiques ont conduit à la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque sous les coups d’un groupe se réclamant de l’antifascisme ? Quelles sont les conséquences pour l’ensemble des forces de l’émancipation aujourd’hui amalgamées sans le moindre scrupule par le Rassemblement national, ses anciens et ses nouveaux alliés ?
La possibilité d’une victoire du RN à la prochaine élection présidentielle de 2027 est plus forte que jamais. Nos modes d’action et nos paroles doivent intégrer cette menace existentielle pour la conception que nous avons de la République. L’instrumentalisation du drame de Lyon par l’extrême-droite lui permet de coaguler autour d’elle, avec le soutien massif des médias bollorisés, tous les groupuscules néofascistes, qui redressent la tête et défilent dans les rues de Lyon aux cris de « A bas les bougnoules », saluts nazis et autres menaces contre des dirigeants de gauche. Elle entraîne aussi avec elle des pans entiers de la droite et du macronisme. L’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen ou Jordan Bardella au printemps 2027 est renforcée.
Nous ne sommes plus en 2002, quand le pays manifestait massivement contre la présence de Jean-Marie Le Pen au 2e tour, mais que nous savions bien qu’il n’avait aucune chance de l’emporter. La menace est aujourd’hui réelle. Quiconque la nie ou la minore est un irresponsable. Quiconque pense qu’il suffira de sortir en tête d’un pugilat des candidatures de gauche au premier tour pour battre le RN au second est un enfant ou un fou.
En 2024, seule l’unité de la gauche et des écologistes dans le Nouveau Front populaire nous a permis d’arriver en tête des législatives. C’est cette stratégie unitaire qui doit être maintenue tant aux municipales qui viennent, qui imposeront, nous l’espérons, l’unité pour éviter de livrer des villes au RN ou la droite, et surtout à l’élection présidentielle qui vient.
La galaxie d’extrême droite instrumentalise la mort d’un des siens pour pilonner la France Insoumise (LFI) et amalgamer grossièrement tous les partis de gauche à ce désastre humain et politique afin de tuer toute possibilité d’alliance à gauche. Fracturer la gauche ouvre un boulevard au RN pour 2027.
Construire un mur qui couperait irréversiblement la gauche en deux afin de garantir sa place sur la grille de départ est totalement irresponsable et n’aboutira qu’à écarter définitivement la gauche de la compétition électorale. C’est pourtant le choix que font François Hollande ou Raphaël Glucksmann. Le « cordon sanitaire » autour de LFI qu’ils évoquent, est en réalité un cordon autour du cou de la gauche pour l’étrangler.
Mais c’est aussi, symétriquement, l’exigence de soutien inconditionnel, répété et claironnant de Jean-Luc Mélenchon à toutes ses provocations et stratégies hasardeuses qui est une faute qui nous engage tous et aura des conséquences collectives pour notre camp.
Faire front contre l’extrême droite oui, mais faire bloc, sans possibilité de critiquer, et se laisser entraîner dans une ligne aventuriste qui divise et qui nous mène à la défaite, non.
Alexis Corbière
