2 mai 2026

L’Après, Ingrid Hayes. Bardella invité par le MEDEF : une rupture historique. 

Bardella invité par le MEDEF : une rupture historique. 

La quinzaine de grands dirigeants d’entreprise du pays qui ont dîné le 7 avril avec Marine Le Pen ont beau mettre en scène leur consternation, ils ne peuvent faire illusion. Il y avait là une bonne partie du gratin économique, Bernard Arnault, désormais acquis au rapprochement du patronat avec le RN, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, acquis de très longue date, mais aussi Thomas Buberl, DG d’AXA, Sébastien Bazin, PDG du groupe hôtelier Accor ou encore Jean-Dominique Senard, président de Renault. Dans le prolongement de ce repas, le bureau exécutif du MEDEF a reçu lundi 20 avril Jordan Bardella, accompagné de François Durvye, ancien bras droit de Pierre-Édouard Stérin et devenu depuis peu le conseiller financier au RN.

L’argument face aux critiques a tourné en boucle : le MEDEF ne fait pas d’alliance avec le RN, il le reçoit comme il le fait avec tous les partis. Mais c’est justement là qu’est la rupture. Depuis la Libération, le patronat français, largement collaborateur sous Vichy, s’est tenu à l’idée que le Front national, devenu Rassemblement national, était infréquentable. Le baron Ernest-Antoine Seillère, très conservateur président d’un MEDEF particulièrement à l’offensive contre le monde du travail, avait appelé à voter pour Jacques Chirac en 2002, soulignant une incompatibilité sur le plan économique mais aussi sur le terrain des valeurs. Laurence Parisot, également présidente du MEDEF, a jugé bon de l’écrire dans Un piège bleu Marine, un livre publié en 2011. Puis il y eut le chamboulement de 2024, autour de la dissolution imposée par Emmanuel Macron. Depuis lors, comme l’explique Laurent Mauduit dans son ouvrage Collaborations, consacré aux liens entre l’extrême droite et les milieux d’affaires, une partie du patronat a perdu confiance dans la capacité du président de la République à défendre ses intérêts face à la gauche. Cette partie regarde ouvertement vers le RN, avec un enthousiasme non feint. Une autre le fait par « réalisme », pour se préparer à gérer les conséquences d’une victoire à laquelle elle s’est déjà résolue. On ne trouve pour l’heure que Pascal Demurger, DG de la MAIF, pour s’y opposer explicitement, tandis que les porosités se développent à tous les niveaux, dans les médias et bien au-delà. Il suffit de citer à nouveau Stérin et son think tank Périclès, chargé de financer les projets d’union des droites.

La comparaison avec les années 1920 en Italie et surtout avec les années 1930 en Allemagne semble déjà usée jusqu’à la corde tant elle a servi, mais si c’est le cas c’est parce qu’elle est instructive, comme l’historien Johann Chapoutot le démontre brillamment. Le patronat de 2026 ne craint pas une impétueuse révolution communiste mais comme alors, il se développe en son sein une défiance vis-à-vis de la démocratie. Au temps d’une compétition sans merci pour des ressources finies, liberté des prédateurs rime avec pouvoir autoritaire.

Pour faire pièce à ce projet funeste, résistons dès aujourd’hui pied à pied face à la bollorisation en marche et unissons nos forces dans la perspective de 2027.

Ingrid Hayes

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