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« Le piège de Macron »

https://www.ensemble-fdg.org/content/la-gauche-le-manifs-anti-pass-et-le-piege-de-macron

(…) LE BILAN CALAMITEUX DE MACRON QUANT A LA GESTION SANITAIRE

Mais le Pass sert surtout au gouver­ne­ment à justi­fier le fait ne pas prendre clai­re­ment posi­tion sur la ques­tion de la vacci­na­tion univer­selle ! Il permet de biai­ser, sans offi­ciel­le­ment « impo­ser » la vacci­na­tion, mais en mettant en place des règles qui rendent aux non vacci­nés (comme en grande partie aux vacci­nés d’ailleurs) la vie quoti­dienne compliquée, voire impos­sible.

Le Pass, c’est ni plus ni moins que « l’ordo-libé­ra­lisme » appliqué au domaine sani­taire : comme avec le proto­cole Blanquer dans les écoles, « on n’im­pose rien » (du coup on se dédouane si les choses tour­naient mal), mais on met en place des méca­nismes qui de fait vont forcer la main aux « agents », formel­le­ment toujours « libres et respon­sables de leurs choix ».

Ces mani­fes­ta­tions auraient donc pu se tenir sur un terrain de critique progres­siste de la poli­tique du gouver­ne­ment, comme cela avait commencé à être le cas chez les ensei­gnants avec la péti­tion de la FSU, puis unitaire, pour que les person­nels de l’Edu­ca­tion natio­nale soient parmi les « prio­ri­taires ». Car c’est bien cette hypo­cri­sie gouver­ne­men­tale qui est un moteur des mani­fes­ta­tions actuelles.

UN MOUVEMENT SANS AUCUN CARACTERE DE CLASSE, TRES MINORITAIRE ET PEU SOUTENU DANS LA POPULATION

On entend souvent l’ar­gu­ment, dans le milieu de la « gauche radi­cale », que c’était la présence des mili­tants de gauche et syndi­caux dans le mouve­ment des Gilets Jaunes qui avait permis son évolu­tion. (…)

Second constat, il reste campé sur ce qui en fait son seul ciment : la « liberté » de vacci­na­tion. Le mouve­ment des Gilets Jaunes, dans lequel certains voudraient assi­mi­ler le mouve­ment « anti-Pass » comme s’il en était une réplique, était parti de l’op­po­si­tion à la seule taxe carbone. Mais il avait rapi­de­ment étendu ses reven­di­ca­tion à l’en­semble de la poli­tique fiscale de Macron, puis sa poli­tique anti-sociale, et ainsi su gagner jusqu’à 70 % de popu­la­rité.

Ces deux éléments, capa­cité à élar­gir sa problé­ma­tique poli­tique et son assise popu­laire, marquent des diffé­rences irré­duc­tibles avec le mouve­ment des Gilets Jaunes, malgré le fait qu’une partie des orga­ni­sa­teurs des actuelles manifs « anti-Pass » y ont été actifs.

Malgré tout, ne faudrait-il pas passer outre, en sautant sur l’oc­ca­sion d’un mouve­ment « anti-Macron », qui devrait payer ici tout le contexte de sa gestion de la pandé­mie ? Mensonges sur les masques ; rassu­risme, postures idéo­lo­giques et rigi­di­tés bureau­cra­tiques sur l’école ; mépris de ses oppo­si­tions et bona­par­tisme ; oppor­tu­nisme et coups de menton sur la vacci­na­tion, en disant tout et son contraire sur le Pass… Ce mouve­ment n’est il pas le moyen de mettre l’exé­cu­tif en porte-à-faux, à quelques mois de la prési­den­tielle ?

LE PIEGE DE MACRON SE REFERME

C’est malheu­reu­se­ment l’in­verse qui est vrai ! Le piège a consisté à accom­pa­gner l’an­nonce du Pass de deux provo­ca­tions sociales, sur le chômage et les retraites, afin d’être bien sûr d’amal­ga­mer ses oppo­si­tions, ce qui a toujours été la tactique de Macron, et en comp­tant sur les vacances pour empê­cher la gauche et les orga­ni­sa­tions de prendre la main et de lier poli­tique­ment Pass, poli­tique sani­taire et ques­tions sociales. En digne repré­sen­tant du popu­lisme libé­ral des classes domi­nantes, il tente désor­mais de disqua­li­fier et de corné­ri­ser l’ad­ver­saire, de le présen­ter comme un mael­strom d’ex­tré­mistes et de déséqui­li­brés, mani­fes­tant côte à côte avec de réels anti­vax et complo­tistes pour leur « liberté », quand il s’agit simple­ment de « faire société » en se vacci­nant contre une mala­die épidé­mique mortel­le…

Sans appel clair, sans dire par quoi nous rempla­ce­rions le Pass, parti­ci­per à ces manifs reve­nait à tomber à pieds joints dans le piège.

Le volon­ta­risme « anti-Pass mais pro-Vax » ne sera malheu­reu­se­ment d’au­cun secours à la gauche dans ces mani­fes­ta­tions : son ciment est l’op­po­si­tion au Pass (surtout sans dire par quoi le rempla­cer), sa reven­di­ca­tion unique la « Liberté », son carbu­rant prin­ci­pal l’obs­cu­ran­tisme anti­vax… . Dès lors les mili­tants de gauche qui y parti­cipent, parfois avec les meilleures inten­tions du monde, se retrouvent aspi­rés sur une ligne qui n’est pas la leur. Il ne serait que temps de s’en rendre compte.

On ne doit pas s’éton­ner qu’une majo­rité de la popu­la­tion et des travailleurs, déjà très large­ment vacci­née, se dise hostile à ces mani­fes­ta­tions et à ceux qui les soutiennent. Jack­pot donc pour Macron, qui travaille à se refaire une stature de prési­den­tiable et peut se frot­ter les mains pour 2022.

UNE PARTIE DE LA GAUCHE CONTAMINEE PAR LES ARGUMENTS TECHNOPHOBES

Et la situa­tion empire. Plus le temps passe, plus les signaux inquié­tants se multi­plient au sein même des orga­ni­sa­tions syndi­cales et poli­tiques :

  • inter­view sur RMC d’un respon­sable natio­nal de la CGT Santé-sociaux, Guylain Caban­tous, vice-président de la Caisse Primaire d’As­su­rance Mala­die de l’Hé­rault et membre du bureau de l’Union Fédé­rale de la Santé Privée CGT, relayant tout l’ar­gu­men­taire anti-vax ;
  • lui-même s’ap­puyant sur la dérive hallu­ci­nante d’un socio­logue comme Laurent Muchielli, spécia­liste des ques­tions de délinquance, devenu une des égéries de la mouvance anti-vax et désor­mais inter­dit de blog sur Media­part pour non-respect de sa charte morale (il lui reste heureu­se­ment France-Soir).
  • que dire de l’ap­pel inter­syn­di­cal guade­lou­péen à la manif du 14 août, « pour montrer qu’il y a des trai­te­ments effi­caces utili­sés dans le monde et que la COVID n’est pas une fata­lité », contre « les diffu­seurs du Covid-19 » qui « refusent de soigner les malades », contre ceux qui « projettent de nous injec­ter autant de vaccins que de variants de la Covid-19 », pour la « mise en valeur de notre phar­ma­co­pée » (je suppose qu’on entend par là des trai­te­ment par des plantes locales)… appel signé UGTG, Soli­daires, FO, CFTC, UNSA et même 3 petits syndi­cats de la FSU. Pendant ce temps, l’épi­dé­mie explose aux Antilles avec moins de 20% de vacci­nés.
  • sans parler des multiples appels locaux, réunis­sant syndi­cats et poli­tiques (parfois même Ensemble comme à Saint-Brieuc !), « contre l’obli­ga­tion vacci­nale », défen­dant la « liberté de se vacci­ner », signés notam­ment par les syndi­cats Santé de Soli­daires, de la CGT ou de FO.
  • (…)

On ne pourra voir ici au mieux qu’un oppor­tu­nisme crasse d’une partie de la gauche radi­cale, débous­so­lée par ce mouve­ment qui, s’il a entraîné des secteurs très mino­ri­taires du sala­riat aux allures « radi­cales » pour un mélange de raisons parfois compré­hen­sible, a démarré sur une base tech­no­phobe, complo­tiste et réac­tion­naire. Quand les dégâts idéo­lo­giques ne sont pas pires encore.

LA NECESSITE DU SURSAUT

Concer­nant le Pass, on ne voit pas dans ces condi­tions comment celui-ci pour­rait être retiré, sauf si un mouve­ment majo­ri­taire était en capa­cité d’im­po­ser à Macron une démarche de vacci­na­tion plus effi­cace, plus égali­taire et plus univer­selle.

C’est bien ce à quoi la gauche doit s’at­te­ler dès la rentrée, afin de clari­fier les enjeux poli­tiques de cette séquence. Notre profil ne peut être unique­ment « anti-Pass », mais doit expliquer en quoi une alter­na­tive à la poli­tique actuelle du gouver­ne­ment existe, à la fois en faveur d’une plus grande couver­ture vacci­nale en France et pour una vacci­na­tion de masse dans le monde.

Dès la rentrée, un front commun de toute la gauche et de l’en­semble des orga­ni­sa­tions syndi­cales doit s’éta­blir  pour dire ce qu’au­rait fait un gouver­ne­ment popu­laire, au service des inté­rêts de la majo­rité :

  1. défense de l’ho­pi­tal public, arrêt immé­diat des ferme­tures de lits et plan de réou­ver­ture ;
  2. levée des brevets sur les vaccins permet­tant une géné­ra­li­sa­tion de la vacci­na­tion au niveau mondial et mettre fin au pouvoir des profi­teurs de guerre que sont actuel­le­ment les action­naires des grands labos ;
  3. exten­sion effec­tive de la couver­ture vacci­nale, par une campagne qui aille vers les gens (à la porte des entre­prises, des immeubles, des bahuts), par des mesures inci­ta­tives et posi­tives (vacci­na­tion sur temps de travail, jours de congés dans ce cadre…).
  4. l’an­nonce que cette exten­sion abou­tira rapi­de­ment à la vacci­na­tion univer­selle et obli­ga­toire de toute la popu­la­tion

Pour cela, le commu­niqué commun du 3 août de la FSU, CGT et Soli­daires, malgré ses limites impor­tantes, ainsi que l’ap­pel des « poli­tiques » du 22 juin dans Libé­ra­tion, peuvent être des bases précieuses pour avan­cer vers une Front commun pour une réelle vacci­na­tion de masse, pour la défense de l’ho­pi­tal et l’ac­cès à la santé pour toutes et tous !

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