Aide médicale d’État : comment Sébastien Lecornu s’attaque à son tour au dispositif
https://www.humanite.fr/societe/aide-medicale-detat/aide-medicale-detat-comment-sebastien-lecornu-sattaque-a-son-tour-au-dispositif
Alexandra Chaignon
À droite toute. Sébastien Lecornu a annoncé avoir signé deux décrets pour réformer l’Aide médicale d’État aux étrangers en situation irrégulière, dont l’un « renforce la lutte contre la fraude » et l’autre facilite l’accès informatique des consulats. Il n’est pas question de toucher au « panier de soins », du moins pour l’instant…
Nouvelle attaque contre l’aide médicale d’État (AME). Dans un entretien accordé à la presse quotidienne régionale, le Premier ministre propose, comme ses prédécesseurs, de réformer ce dispositif de prise en charge d’un panier de soins destiné aux étrangers sans papier et aux faibles revenus. Deux décrets sont parus en ce sens dimanche matin, dont l’un « renforce la lutte contre la fraude ».
Cet argument est pourtant battu en brèche par le rapport Stefanini-Evin de 2023, qui défendait globalement l’AME mais préconisait des adaptations concernant la liste des prestations à ne plus accorder automatiquement. Il y est ainsi précisé qu’avec 14 % des dossiers contrôlés, l’AME est « la prestation gérée par l’Assurance-maladie dont le taux de contrôle est le plus élevé », alors même qu’elle ne constitue que 0,5 % des dépenses globales. Pour rappel, en 2024, l’AME a représenté une dépense de 1,2 milliard d’euros par l’État (pour environ 466 000 personnes bénéficiaires). Pourtant, Sébastien Lecornu mise sur des « perspectives d’économies de 180 millions d’euros ».
D’où le second décret, qui prévoit de « moderniser les systèmes informatiques de l’État afin que tous les fonctionnaires (des consulats notamment, N.D.L.R.) en charge du dossier puissent y avoir accès », dixit le premier ministre.
Attaques récurrentes
Tout en prenant soin de préciser que ce dispositif est « contrairement à ce qu’avance le RN, absolument indispensable d’un point de vue sanitaire », Sébastien Lecornu n’écarte pas non plus la possibilité de revoir le panier de soins offert aux bénéficiaires.
Une vielle antienne de la droite et l’extrême droite, qui souhaiteraient réduire voire supprimer l’AME. Depuis quelques années, les offensives à son encontre sont récurrentes. En 2019, les conditions d’accès ont été durcies, avec l’obligation d’être en situation d’irrégularité sur le territoire depuis trois mois pour en bénéficier.
En 2024, à son arrivée au ministère de l’Intérieur, Bruno Retailleau avait tenté de s’y attaquer encore, prônant la suppression du dispositif pour le remplacer par une « aide d’urgence vitale ». Enfin, début septembre 2025, juste avant le vote de confiance qui l’avait fait tomber, François Bayrou, alors premier ministre, avait soumis au conseil de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) deux projets de décrets prévoyant de réduire le panier de soins et de renforcer les critères d’accès. Les deux avaient finalement été retirés.
L’objectif de ces charges répétées contre la couverture santé des étrangers est on ne peut plus clair : il s’agit ni plus ni moins que d’un appel politique à la droite et l’extrême droite. C’est oublier que, si elle devait passer, toute réforme de l’AME aurait des conséquences catastrophiques. Selon Médecins du Monde, cela augmenterait le non-recours, pourtant déjà évalué à 51 %.
Qui plus, et c’est documenté par la littérature scientifique, un meilleur accès aux soins diminue les dépenses de santé, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Des soins délivrés tardivement et en urgence pour des pathologies plus avancées engendreront des coûts plus importants.
Vous recevez ce mail car vous êtes abonné⋅e à la liste tsps@list.attac.org
