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Loi de l’école dite « de la confiance » : auto­ri­ta­risme et tri social

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Sur le site ami « Réflexions et échanges insou­mis » ,19 février 2019

Il ne devait pas y avoir de Loi Blanquer, puis quelques mesures sans impor­tance. Fina­le­ment, les cava­liers légis­la­tifs s’en­chaînent et donnent à la Loi de l’école de la confiance étudiée actuel­le­ment à l’As­sem­blée natio­nale une grande cohé­rence. Ses dispo­si­tions entraî­ne­ront de profondes trans­for­ma­tions du système éduca­tif. Malgré le quasi-consen­sus qu’il suscite chez les orga­ni­sa­tions syndi­cales, lycéennes, étudiantes et de parents, Jean-Michel Blanquer avance à marche forcée.

Pourquoi une loi ?

Rappe­lons que Jean-Michel Blanquer a été deux fois recteur et numéro deux de la rue de Grenelle sous Nico­las Sarkozy. Ainsi, il veille à mettre en œuvre un projet auquel il travaille depuis des années :

  1. Attaque de la liberté d’ex­pres­sion

Pour mettre effi­ca­ce­ment en œuvre des mesures large­ment contes­tées, le gouver­ne­ment choi­sit de bâillon­ner toute velléité de résis­tance. Les images des lycéen-nes de Mantes-la-Jolie main­tenu-es agenouillé-es au sol par les poli­ciers ont montré comment ce gouver­ne­ment prenait en compte les désac­cords des jeunes. Comment un gouver­ne­ment qui tire à bout portant sur les mani­fes­tants traite-t-il ses fonc­tion­naires ? Il leur dit : « Sois fonc­tion­naire et tais-toi ! » C’est toute l’hy­po­cri­sie de cette loi de la « confiance » dont le premier article vise à impo­ser le devoir de réserve aux person­nels, remet­tant en cause leur liberté d’ex­pres­sion. Muse­ler toute possi­bi­lité de critiquer l’ins­ti­tu­tion, c’est contraire à la concep­tion du fonc­tion­naire citoyen qui préva­lait jusqu’à présent. Ce tour de vis auto­ri­taire se déroule dans un contexte de renfor­ce­ment des pres­sions hiérar­chiques, le néo-mana­ge­ment public colpor­tant toutes ses funestes méthodes de presse-citron.

  1. L’école de la Réac­tion…

La majo­rité a adopté l’amen­de­ment d’Eric Ciotti impo­sant d’ac­cro­cher un drapeau bleu-blanc-rouge, l’hymne natio­nal et une carte de France dans chaque salle de classe. De quoi chan­ter un peu plus le roman natio­nal. Par ailleurs, les nouveaux programmes scolaires de lycée ont eux aussi été fice­lés à la va-vite et impo­sés malgré les critiques des asso­cia­tions de spécia­listes qui étaient nombreuses à en dénon­cer l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion.

  1. … qui favo­ri­se­rait l’école privée ?

Cette loi enté­rine l’abais­se­ment de l’âge de scola­ri­sa­tion obli­ga­toire à 3 ans. Étant donné que 98,9% des enfants de 3 à 5 ans sont déjà scola­ri­sés, cette mesure passe surtout pour un nouveau cadeau de finan­ce­ment aux écoles privées. En effet, leur finan­ce­ment par les communes devient obli­ga­toire et elle doivent béné­fi­cier des mêmes avan­tages que les mater­nelles du public. Par ailleurs, la loi n’im­pose pas aux maires la scola­ri­sa­tion des élèves étran­gers et ne garan­tit donc pas la scola­rité pour des enfants déjà exclus de l’éco­le…

  1. Affai­blis­se­ment du service public…

La loi devrait permettre de procé­der à la fusion des acadé­mies par ordon­nance, afin de faire coïn­ci­der le nombre de recto­rats au nombre des nouvelles régions admi­nis­tra­tives. Jean-Michel Blanquer a annoncé le 31 janvier qu’il renonçait à fusion­ner les acadé­mies, mais il donnera malgré tout davan­tage de pouvoirs aux recteurs acadé­miques, eux qui chapeautent les diffé­rentes acadé­mies d’une région. Et la fusion sera effec­tive pour les acadé­mies de Caen et de Rouen. Ces restruc­tu­ra­tions seront un moyen de remplir les objec­tifs du ministre de suppri­mer 400 postes admi­nis­tra­tifs l’an prochain.

  1. … en contour­nant le statut de fonc­tion­naire

Ce sont égale­ment 2 650 postes de profes­seur-es qui doivent être suppri­més dans le 2nd degré l’an prochain. Pour cela, le ministre aura davan­tage recours au recru­te­ment de contrac­tuel-les et ouvrira la possi­bi­lité aux chefs d’éta­blis­se­ments d’im­po­ser jusqu’à deux heures supplé­men­taires aux ensei­gnant-es. De plus, la loi Blanquer favo­rise les expé­ri­men­ta­tions servant à déré­gu­ler les condi­tions de travail des agents, notam­ment en annua­li­sant leur temps de travail. Autre dispo­si­tion de la loi, la créa­tion de pôles inclu­sifs d’ac­com­pa­gne­ment loca­lisé qui seront un nouveau moyen de mutua­li­sa­tion des person­nels AESH qui accom­pagnent les élèves en situa­tion de handi­cap.

  1. L’école du tri social…

Sans aucune concer­ta­tion, la loi crée les écoles du socle chères à Jean-Michel Blanquer : les « établis­se­ments publics des savoirs fonda­men­taux ». Ces établis­se­ments sont des regrou­pe­ments admi­nis­tra­tifs d’écoles et de collèges, une aubaine pour mutua­li­ser les services des ensei­gnant-es du 1er et du 2nd degré. Et surtout pour mettre en place le projet d’école à deux vitesses : bac –3 et les fonda­men­taux pour les élèves des milieux sociaux défa­vo­ri­sés / bac +3 et pour­suites d’études pour les plus chan­ceux-ses.

  1. … à l’image de la réforme du lycée

Les profes­seur-es de lycée sont mobi­lisé-es actuel­le­ment car la prépa­ra­tion de la prochaine rentrée dans le cadre de la réforme s’ac­com­pagne de nombreuses suppres­sions de postes. En effet, les dédou­ble­ments de certains cours ne sont plus prévus dans les nouvelles grilles horaires. Les lycées profes­sion­nels, déjà parents pauvres de l’édu­ca­tion, payent le plus lourd tribut. Parcour­sup a restreint l’ac­cès des élèves aux filières univer­si­taires en fonc­tion de leur parcours scolaire. La réforme impose aux élèves de choi­sir des spécia­li­tés qui condi­tion­ne­ront leur orien­ta­tion dans le supé­rieur sans en connaître ses critères de sélec­tion. Il avan­ta­gera les familles qui connaissent les codes du système et savent se diri­ger dans le laby­rinthe qui leur permet­tra de vali­der le bon CV ouvrant les portes des filières univer­si­taires. Le nouveau diplôme du bac, qui multi­plie les évalua­tions en cours d’an­née, n’aura plus de natio­nal que le nom. Chaque élève construira son CV sur la répu­ta­tion de son lycée, de sa ville, de sa région.

  1. Revoir la forma­tion des ensei­gnant-es pour mieux les mettre au pas

Utili­ser les étudiant-es comme main d’œuvre est un autre moyen de suppri­mer des postes. Ainsi, les Assis­tants d’édu­ca­tion (les surveillants) pour­ront assu­rer des missions de rempla­ce­ment d’en­sei­gnant à partir de leur première année de Master. Les nouveaux insti­tuts de forma­tion des profes­seur-es seront très orien­tés vers la trans­mis­sion des pratiques profes­sion­nelles répu­tées effi­caces, lais­sant peu de place à la réflexion théo­rique. Le néo-mana­ge­ment vise à faire des person­nels des exécu­tant-es ne remet­tant pas en cause les consignes. Dans ce cadre, plus besoin d’or­ganes de repré­sen­ta­tion démo­cra­tique non plus : les direc­teurs des insti­tuts seront nommés par une commis­sion à la botte du recteur.

Toutes ces mesures préparent déjà le terrain à la réforme de la Fonc­tion publique qui a été présen­tée par Olivier Dussopt le 13 février. Elle prévoit de nouvelles sanc­tions contre les fonc­tion­naires, la rému­né­ra­tion au mérite, le déve­lop­pe­ment du recru­te­ment par contrat, la fusion des CT et des CHSCT, l’af­fai­blis­se­ment des instances pari­taires (CAP) qui ne serait plus que des instances d’ap­pel pour les cas les plus liti­gieux. En bref, le règne de l’ar­bi­traire dans la gestion des person­nels et une épée de Damo­clès au dessus de la Fonc­tion publique.

Cette ambiance suffo­cante a fait réagir la commu­nauté éduca­tive. Les parents d’élèves, les lycéen-nes et les person­nels se mobi­lisent dans de nombreux établis­se­ments. Les dernières jour­nées natio­nales d’ac­tion n’ont pas entraîné de défer­le­ment à même d’im­po­ser ce débat média­tique. Mais les grèves, les occu­pa­tions de lycées, les démis­sions collec­tives de missions comme celle de profes­seur prin­ci­pal, les péti­tions, se répandent comme des traî­nées de poudre sur le terri­toire, construi­sant un mouve­ment en vue de faire échouer les sinistres projets du gouver­ne­ment.

Marion NentregShare on Face­bookShare on Twit­ter

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