7 février 2026

Massacre en Iran. Un crime contre l’ huma­nité. 26 Janvier 2026.

Répres­sion en Iran en janvier 2026 : bilan contro­versé,
coupure prolon­gée d’In­ter­net et esca­lade de la répres­sion

La répres­sion en Iran consti­tue un crime contre l’hu­ma­nité (et autres textes)

 

Les chiffres contra­dic­toires concer­nant les mort·es et les arres­ta­tions, les témoi­gnages faisant état de tirs aveugles et ciblés, les allé­ga­tions d’ex­tor­sion pour récu­pé­rer les corps et une coupure prolon­gée d’In­ter­net indiquent une répres­sion coor­don­née et suscitent des appels de plus en plus nombreux à la respon­sa­bi­li­sa­tion.

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Les rapports indé­pen­dants sur les droits humains présentent des chiffres nette­ment plus élevés et en constante évolu­tion. L’agence de presse HRANA (Human Rights Acti­vists News Agency) a fait état d’au moins 4 519 mort·es et de plus de 26 000 personnes déte­nues ; ailleurs, les chiffres cités font état de 4 902 mort·es confir­mées et de 9 387 cas en cours de véri­fi­ca­tion, ainsi que de 7 389 bles­sé·es graves et 26 541 personnes déte­nues. Dans le même temps, certaines esti­ma­tions non offi­cielles font état de 20 000 mort·es, un chiffre diffi­cile à véri­fier de manière indé­pen­dante en raison des pertur­ba­tions géné­ra­li­sées des commu­ni­ca­tions.

Au-delà des chiffres contes­tés, les rapports convergent vers une esca­lade quali­ta­ti­ve­ment distincte : une violence étatique orga­ni­sée et meur­trière déployée à grande échelle sur une très courte période – qui aurait atteint son apogée au cours de deux nuits – équi­va­lant à des massacres qui marquent une rupture même dans le long passé répres­sif de la Répu­blique isla­mique.

Modèles de violence — des tirs aveugles aux tirs visant les organes vitaux
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Paral­lè­le­ment, un rapport de l’OCCRP (Orga­ni­zed Crime and Corrup­tion Repor­ting Project) — tout en souli­gnant que tous les détails n’ont pas pu être véri­fiés de manière indé­pen­dante — évoque des allé­ga­tions selon lesquelles les forces de sécu­rité auraient tiré sur des zones vitales (notam­ment les yeux et le cœur), fait réfé­rence à un grand nombre de corps dans des établis­se­ments médi­caux et affirme que les corps étaient conser­vés sans que les familles en soient infor­mées. L’al­lé­ga­tion la plus grave concerne l’argent exigé des familles pour la resti­tu­tion des corps : des sommes qui commen­ce­raient à 800 millions de tomans (envi­ron 5 700 dollars au taux du marché libre d’en­vi­ron 141 000 tomans pour un dollar améri­cain à la fin janvier 2026) et qui, selon certains témoi­gnages, appro­che­raient le milliard de tomans (envi­ron 7 100 dollars) sous le prétexte du « coût des balles », auxquelles s’ajoutent des restric­tions ou des inter­dic­tions concer­nant les céré­mo­nies funé­raires. Les auto­ri­tés ont nié ces allé­ga­tions, mais leur répé­ti­tion dans les témoi­gnages soulève des ques­tions urgentes quant à la coer­ci­tion et l’in­ti­mi­da­tion dont font l’objet les familles des victimes.

Blackout numé­rique — Inter­net comme outil de répres­sion et de dissi­mu­la­tion
(…) Ce black-out a entravé la docu­men­ta­tion indé­pen­dante, empê­ché les efforts visant à loca­li­ser les déte­nu·es et limité les infor­ma­tions sur les mort·es et les bles­sé·es.

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Au niveau offi­ciel, l’adjoint exécu­tif du président a quali­fié les coupures d’In­ter­net d’« inévi­tables », aver­tis­sant expli­ci­te­ment que si la Répu­blique isla­mique était « attaquée », la coupure d’In­ter­net serait inévi­table, présen­tant la connec­ti­vité non pas comme un droit public, mais comme un privi­lège condi­tion­nel déter­miné par les insti­tu­tions de sécu­rité.

Cons­truc­tion d’un discours sécu­ri­taire – trans­fert de respon­sa­bi­lité et détour­ne­ment de l’at­ten­tion des victimes
La décla­ra­tion du Conseil natio­nal de sécu­rité recadre les mani­fes­ta­tions non pas comme une crise poli­tique inté­rieure, mais comme des « actions terro­ristes orga­ni­sées » menées par des « enne­mis étran­gers ». Elle utilise des descrip­tions sensa­tion­nelles de « crimes simi­laires à ceux commis par Daech », tout en mettant l’ac­cent sur les dégâts causés aux banques, aux mosquées, aux marchés et aux biens publics. Combiné à une réduc­tion signi­fi­ca­tive du nombre de mort·es et à l’omis­sion du nombre de bles­sé·es et de déte­nu·es, ce discours détourne l’at­ten­tion du public des victimes humaines pour la concen­trer sur les destruc­tions maté­rielles.

Dans le même temps, les médias inter­na­tio­naux, notam­ment Reuters, ont publié des témoi­gnages indiquant que les forces de sécu­rité ont pris pour cible des passant·es, puis attri­bué les décès à des « terro­ristes », souli­gnant ainsi le fossé gran­dis­sant entre les décla­ra­tions offi­cielles et les récits des familles et des témoins.

Répres­sion judi­ciaire et sociale — consti­tu­tion de dossiers, saisies d’ac­tifs et promesses de sanc­tions rapides
Paral­lè­le­ment à la répres­sion dans les rues, le pouvoir judi­ciaire a étendu sa campagne aux sphères sociale et profes­sion­nelle. Le parquet de Téhé­ran a annoncé l’ou­ver­ture de pour­suites judi­ciaires contre des athlètes, des artistes et des dizaines d’en­tre­prises accu­sés d’avoir « soutenu les mani­fes­ta­tions », avec notam­ment des saisies d’ac­tifs et la menace de contraindre les accu­sé·es à indem­ni­ser les dommages maté­riels présu­més — un message dissua­sif sans équi­voque visant les person­na­li­tés publiques et leurs moyens de subsis­tance.

(..)

Pres­sion sur le person­nel médi­cal et obstruc­tion aux soins vitaux — des hôpi­taux aux prisons
L’un des aspects les plus alar­mants est la pres­sion crois­sante exer­cée sur les profes­sion­nel·les de santé et la trans­for­ma­tion des espaces médi­caux en une exten­sion des forces de sécu­rité. Des rapports font état d’ap­pels télé­pho­niques menaçants à des méde­cin·es, de demandes de ne pas soigner les bles­sé·es liés aux mani­fes­ta­tions et de pres­sions pour signa­ler les patient·es bles­sé·es aux agences de sécu­rité.

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Pourquoi « crimes contre l’hu­ma­nité » ? Critères juri­diques et éléments cités
Une évalua­tion juri­dique publiée par l’or­ga­ni­sa­tion de défense des droits humains AHRĀZ soutient que les événe­ments surve­nus depuis le 28 décembre 2025 répondent aux critères maté­riels et psycho­lo­giques des crimes contre l’hu­ma­nité au regard du droit pénal inter­na­tio­nal : meurtres géné­ra­li­sés, dispa­ri­tions forcées, lésions corpo­relles graves, torture et autres actes inhu­mains commis dans le cadre d’une attaque géné­ra­li­sée ou systé­ma­tique contre une popu­la­tion civile, les auteurs étant conscients de cette attaque.

L’éva­lua­tion met en avant plusieurs indi­ca­teurs, notam­ment : l’am­pleur et la léta­lité de la force utili­sée, le ciblage de parties vitales du corps, la pour­suite ou l’en­lè­ve­ment des bles­sé·es, les coupures de commu­ni­ca­tion visant à dissi­mu­ler les faits, l’in­ti­mi­da­tion des familles, la réten­tion des corps ou l’im­po­si­tion de condi­tions pour leur resti­tu­tion, et les violences à l’en­contre des enfants. Elle insiste sur la non-immu­nité et appelle à la mise en place de méca­nismes inter­na­tio­naux et au recours à la compé­tence univer­selle des tribu­naux natio­naux pour pour­suivre les respon­sables.

Consé­quences inter­na­tio­nales et écono­miques — isole­ment diplo­ma­tique et coût de la coupure d’In­ter­net
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Conclu­sion
La conver­gence des meurtres de masse, des arres­ta­tions massives, des coupures de commu­ni­ca­tion et de l’ac­cès sélec­tif à Inter­net, des pour­suites judi­ciaires et des saisies d’ac­tifs, des pres­sions exer­cées sur le person­nel médi­cal et du discours offi­ciel sur la sécu­rité qui mini­mise le nombre de morts et rejette la respon­sa­bi­lité sur d’autres, indique un schéma de répres­sion étatique soutenu. Dans de telles condi­tions, la collecte indé­pen­dante de preuves, la protec­tion des témoins et des familles des victimes, ainsi que les mesures de respon­sa­bi­li­sa­tion, tant au niveau natio­nal qu’in­ter­na­tio­nal, restent essen­tielles pour préve­nir de nouveaux abus et l’im­pu­nité endé­mique.

https://en.radio­za­ma­neh.com/37690/
Traduit par DE

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