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Media­part: « Place de la Répu­blique: le déshon­neur »

Voici de larges extraits de l’ar­ticle de Carine Fouteau et Mathilde MLathieu paru dans media­part ce 24 novembre.

Place de la Répu­blique: le déshon­neur
http://www.media­part.fr/jour­nal/france/241120/place-de-la-repu­blique-le-deshon­neur?utm_source=global&utm_medium=social&utm_campaign=SharingApp&xtor=CS3–5 

« Lundi soir, à Paris, des migrants et des jour­na­listes ont été bruta­li­sés par des poli­ciers lors de l’éva­cua­tion d’un campe­ment installé place de la Répu­blique. Ce moment d’une violence inouïe appa­raît comme un préci­pité des dérives du pouvoir, tant les ingré­dients liber­ti­cides réunis sautent aux yeux.

« Un homme réduit à l’état de corps tombant sur le bitume après avoir été violem­ment sorti de son abri, un homme réduit à l’état de détri­tus comme vidé d’un sac poubelle, un homme réduit à l’état d’un animal chassé de son terrier : voilà les images que provoquent la vision de cette tente soule­vée par un repré­sen­tant de l’ordre supposé légi­time, filmée par le vidéaste Rémy Buisine dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 novembre. Et pour­tant, il s’agit d’un homme, et pas n’im­porte lequel : d’un homme venu trou­ver refuge dans notre pays après avoir fui la misère ou la violence.

« C’est de l’ef­froi que suscite, dans son ensemble, l’éva­cua­tion manu mili­tari ordon­née par le préfet Didier Lalle­ment qui a eu lieu en pleine trêve hiver­nale, dans l’obs­cu­rité et le froid, place de la Répu­blique, au centre de Paris, capi­tale du monde progres­siste tel que se le rêve Emma­nuel Macron.

« En plus de leur inhu­ma­nité, ces images de coups de matraque et de gaz lacry­mo­gène racontent la cruauté d’une stra­té­gie poli­cière visant à empê­cher les mili­tants d’ac­com­pa­gner les exilés, en les divi­sant et les nassant par petits groupes ; et l’ab­sur­dité de cette « mission », aux airs de raton­nade, abou­tis­sant à la disper­sion hors de la ville des exilés, pour certains contraints de quit­ter les lieux sans chaus­sures.

(…)

Car derrière la bruta­lité des forces de l’ordre se cache l’hy­po­cri­sie de membres du gouver­ne­ment faisant mine de décou­vrir la situa­tion. Que le ministre de l’in­té­rieur, Gérald Darma­nin, se dise choqué par ce défer­le­ment de violence est écœu­rant. Qu’il mette en cause le préfet de Paris est la preuve d’un cynisme et d’une lâcheté supplé­men­taires.

La soirée d’hier montre ce à quoi mènent des poli­tiques publiques toujours plus agres­sives à l’en­contre des migrants. Évidem­ment, cela ne remonte pas à la prési­dence d’Em­ma­nuel Macron, même si cela ne l’ex­cuse en rien (on se souvient de ses enga­ge­ments de juillet 2017 à ne plus lais­ser personne dormir à la rue). En quelques années, la ferme­ture des fron­tières, autre­fois l’apa­nage de l’ex­trême droite, est deve­nue l’al­pha et l’oméga des gouver­nants.

(…)Dans leur sillage, les pratiques de harcè­le­ment, quasi quoti­diennes, sont docu­men­tées de longue date sans que cela n’ait eu d’ef­fet notable jusque-là.

Sans doute faut-il aussi rappe­ler que ces opéra­tions poli­cières, lorsqu’elles se déroulent de l’autre côté du péri­phé­rique, laissent souvent de marbre les médias et les élus. Les quelques rares récits racon­tant la dernière évacua­tion, celle du 17 novembre, à Saint-Denis (lire ici), n’ont pas suscité d’émoi géné­ra­lisé, alors même qu’ils témoignent d’une atmo­sphère de fin du monde.

(…)

En deux heures, plus exac­te­ment, on a revu défi­ler tout l’ar­se­nal des violences déployées depuis trois ans par les forces de l’ordre contre les gilets jaunes, les oppo­sants à la loi travail ou à la réforme des retraites. Face à des exilés abso­lu­ment paci­fistes et des mili­tants soucieux d’évi­ter la moindre provo­ca­tion, des poli­ciers déchaî­nés ont repro­duit gazages, coups pied et coups de matraque, re-mimant jusqu’au fameux croche-pied qui avait fait chuter une mani­fes­tante à Toulouse en janvier 2020 et contraint le chef de l’État à concé­der du bout des lèvres l’exis­tence de « compor­te­ments pas accep­tables » au sein de la police natio­nale.

En deux heures, on a vu s’exer­cer à nouveau toute la palette des entraves au travail des jour­na­listes (bien­tôt inscrites dans le marbre des lois « sécu­rité globale » et « sépa­ra­tisme »), infli­gées depuis trois ans et dans des propor­tions inédites, comme à celui des vidéastes amateurs exerçant un contrôle citoyen sur le main­tien de l’ordre. Le jour­na­liste Rémy Buisine (envoyé sur place pour Brut) a ainsi été molesté au sol par un poli­cier qui l’avait déjà, un peu plus tôt, « pris à la gorge », selon son témoi­gnage, rappe­lant le sort réservé à Gaspard Glantz en décembre 2019 (blessé par une grenade) ou à Taha Bouhafs.

(…)Alors que plusieurs élus de Paris (Ian Bros­sat, Audrey Pulvar, Fatou­mat Koné, Danièle Simmo­net, etc.) et parle­men­taires (Esther Benbassa, Éric Coque­rel, etc.) étaient présents place de la Répu­blique, ils ont été bloqués, nassés, empê­chés d’ob­ser­ver.

En deux heures, enfin, le pouvoir a refait la démons­tra­tion de son dédain envers les avocats, (…) Présents en nombre, et en robe, pour faire barrage aux bruta­li­tés et docu­men­ter les violences, les avocats ont été évacués lundi soir en même temps que les tentes Queshua. Circu­lez, rien à voir et plus rien à plai­der.

À elle seule, cette scène de la place de la Répu­blique, pitoyable chan­son de geste réca­pi­tu­lant tous les « exploits » liber­ti­cides de la prési­dence Macron, pour­rait repré­sen­ter un tour­nant. 

Déjà poussé dans ses retran­che­ments par les contes­ta­tions contre son « nouveau schéma du main­tien de l’ordre » ou sa volonté d’im­po­ser le flou­tage des poli­ciers, Gérald Darma­nin a été contraint, dès lundi soir, d’ad­mettre sur Twit­ter : « Certaines images de la disper­sion du campe­ment illi­cite de migrants place de la Répu­blique sont choquantes. Je viens de deman­der un rapport circons­tan­cié sur la réalité des faits au Préfet de police d’ici demain midi. Je pren­drai des déci­sions dès sa récep­tion. » Mardi matin, il a annoncé que l’IGPN rendrait ses conclu­sions « sous 48 heures ». On les attend. 

(…)Après cet aveu, main­te­nir l’ar­ticle 24 de la propo­si­tion de loi « sécu­rité globale » (qui prétend inter­dire la diffu­sion de vidéos portant atteinte à l’in­té­grité psychique et physique de poli­ciers mais entra­ve­rait surtout le travail des jour­na­listes) n’est plus une option pour le gouver­ne­ment.(…)

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Voir aussi:

-le récit de lasoi­rée:  https://twit­ter.com/Armel­bau­det/status/133105046403778

https://www.fran­cet­vinfo.fr/monde/europe/migrants/video-paris-des-centaines-de-migrants-instal­lees-place-de-la-repu­blique-rapi­de­ment-evacuees-par-les-forces-de-l-ordre_4193001.html#xtor=EPR-2-[news­let­terquo­ti­dienne]-20201124-[lestitres-colgauche/titre1]

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