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Où Tsipras justi­fie sa signa­ture de l’ac­cord du 13 juillet.

Mercredi, Sto Kokkino, radio proche de Syriza, diffu­sait le 29 juillet un long entre­tien avec le premier ministre grec. Rosa Mous­saoui dans l’Hu­ma­nité du 31 juillet en a publié de larges extraits ; elle avait la veille fait un commen­taire de cette inter­view. Voici quelques éléments avec des inter­titres de notre respon­sa­bi­lité. PB.

 

Tsipras dit qu’il a fait avan­cer les contra­dic­tions dans la zone reuro et que l’ac­cord annonce un allè­ge­ment de la dette.
Nous sommes fiers d’avoir livré cette bataille. La loi du plus fort s’est impo­sée en Europe, mais nous avons montré au monde l’im­passe de ces poli­tiques
Nous avons fait bouger les rapports de forces. La France, l’Ita­lie, les pays du Nord avaient tous des posi­tions très diffé­rentes. Le résul­tat, bien sûr, est très diffi­cile mais, d’un autre côté, la zone euro est arri­vée aux limites de sa résis­tance et de sa cohé­sion. Les six prochains mois seront critiques et les rapports de forces qui vont se construire durant cette période seront tout aussi cruciaux.
En ce moment, le destin et la stra­té­gie de la zone euro sont remis en ques­tion. Il y a plusieurs versions. Ceux qui disaient « pas un euro d’argent frais » ont fina­le­ment décidé non pas seule­ment un euro mais 83 milliards. Donc de 10,6 milliards sur cinq mois on est passé à 83 milliards sur trois ans, en plus du point crucial qu’est l’en­ga­ge­ment sur la dépré­cia­tion de la dette, à discu­ter en novembre.
Avec une dette à 180–200 % du PIB, on ne peut pas avoir une écono­mie stable. Le seul chemin que nous pouvons suivre est celui de la dépré­cia­tion, de l’an­nu­la­tion, de l’al­lé­ge­ment de la dette. La condi­tion pour que le pays puisse retrou­ver une marge finan­cière, c’est qu’il ne soit plus obligé de déga­ger des excé­dents budgé­taires mons­trueux, desti­nés au rembour­se­ment d’une dette impos­sible à rembour­ser.
« Le non au réfé­ren­dum était un non à l’aus­té­rité »
Je n’ai pas dit : « Je fais un réfé­ren­dum pour vous sortir de l’euro. » J’ai dit : « Je fais un réfé­ren­dum pour gagner une dyna­mique de négo­cia­tion. » Le non au mauvais accord n’était pas un non à l’euro, un oui à la drachme. On peut m’ac­cu­ser d’avoir fait de mauvais calculs, d’avoir eu des illu­sions, mais à chaque moment, j’ai dit les choses clai­re­ment, j’ai informé deux fois le Parle­ment, j’ai dit la vérité au peuple grec.
Le réfé­ren­dum a été décidé le jour de l’ul­ti­ma­tum, le 25 juin, vendredi matin, lors d’une réunion que nous avons tenue à Bruxelles, avec, devant nous, la pers­pec­tive d’une humi­lia­tion sans sortie possible
L’ac­cord du 13 juillet permet­tait de défendre les couches popu­laires.
Notre plus haute prio­rité était d’évi­ter une crise huma­ni­taire. Jamais nous n’avons demandé au peuple, lors du réfé­ren­dum, de voter pour la drachme.
Après réflexion, je reste convaincu que le choix le plus juste était de faire préva­loir la protec­tion des couches popu­laires. Dans le cas contraire, de dures repré­sailles auraient pu détruire le pays. J’ai fait un choix de respon­sa­bi­lité.
Je consi­dère, et je l’ai dit au Parle­ment, que c’est une victoire à la Pyrrhus de nos parte­naires euro­péens et de nos créan­ciers, en même temps qu’une grande victoire morale pour la Grèce et son gouver­ne­ment de gauche.
Le gouver­ne­ment Tsipras et sa feuille de route.
Et main­te­nant ? La feuille de route du gouver­ne­ment rema­nié le 18 juillet tient en trois points : appliquer les mesures dictées par la troïka, en « compen­ser les effets » sur le peuple grec et « conti­nuer la bataille » en s’at­taquant aux privi­lèges de l’oli­gar­chie, à la corrup­tion, à la fraude et à l’éva­sion fiscales. Quit­ter le pouvoir plutôt que de faire avaler au peuple grec cette nouvelle pilule amère d’aus­té­rité ? Pas ques­tion, répond Tsipras, si la cohé­sion de la majo­rité parle­men­taire est sauve­gar­dée : « Nous, la gauche, serions-nous mieux dans l’op­po­si­tion ? Qui aurait encore confiance en nous si nous ne pouvons pas faire face en étant au gouver­ne­ment ? » Si les failles appa­rues dans sa majo­rité devaient encore 
se creu­ser, des élec­tions anti­ci­pées seraient toute­fois inévi­tables, admet-il.
Tsipras face à ses oppo­sants dans Syriza.(Rosa Mous­saoui)
Il affiche à l’égard des dissi­dents oppo­sés à la signa­ture du nouveau mémo­ran­dum une sèche intran­si­geance. « Quand il est au gouver­ne­ment, un parti ne peut pas fonc­tion­ner avec des centres de pouvoir paral­lèles », a-t-il prévenu à l’at­ten­tion des tendances de gauche contes­tant ses choix. La prési­dente de la Vouli, Zoé Kons­tan­to­pou­lou, oppo­sante décla­rée à la signa­ture de l’ac­cord de Bruxelles, n’est pas épar­gnée : « Nous avons du respect l’un pour l’autre, mais il est surréa­liste de me dire “je te dénonce pour te proté­ger”. » Tsipras, qui n’a pu faire adop­ter les mesures d’aus­té­rité impo­sées par l’UE qu’a­vec le secours de l’op­po­si­tion, estime, sans fermer la porte au débat, que la soli­da­rité avec le gouver­ne­ment doit se traduire, une fois les déci­sions prises, par une stricte disci­pline de vote des dépu­tés de son camp. « Je veux un proces­sus collec­tif pour déci­der. Les dissi­dents de Syriza ne peuvent pas à la fois reje­ter les mesures et soute­nir le gouver­ne­ment », explique-t-il, confir­mant la pers­pec­tive d’un congrès aux débats houleux qui devrait se tenir à l’au­tomne.

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