28 février 2026

Psycha­na­lyse. Lacan Quoti­dien N 34. Face à la propa­gande de la Haute Auto­rité de santé

poli­tique­ment, il n’est pas vendeur d’af­fir­mer: nous souhai­tons impo­ser le bâillon dans le champ de la santé mentale pour faire des écono­mies et mieux gérer les popu­la­tions

Contrer la propa­gande avec dignité

­

Anaëlle Lebo­vits-Quene­hen

­

L’heure est grave. La psycha­na­lyse est mena­cée de prohi­bi­tion dans le champ de la santé mentale. Sa dignité même est en cause. Son honneur est bafoué. Freud et Lacan sont trai­nés dans la boue. La publi­ca­tion des nouvelles recom­man­da­tions de la Haute Auto­rité de santé (HAS) pour l’au­tisme et les troubles du neuro­dé­ve­lop­pe­ment (TND), le 12 février dernier, en est la dernière mani­fes­ta­tion(1). Les diagnos­tics d’en­fants étant doré­na­vant très large­ment inclus dans les TND, on comprend que l’évic­tion de notre orien­ta­tion est massive –elle le serait plus encore si ces recom­man­da­tions deve­naient juri­dique­ment « oppo­sables ».

Cette évic­tion est promue par une propa­gande qui parle au nom de la science et prétend impo­ser l’ab­sorp­tion du psychisme dans le cerveau pour mieux condam­ner au silence les patients rele­vant de la psychia­trie. Ce scien­tisme gros­sier sert notam­ment une stra­té­gie natio­nale à visée écono­mique –de courte vue.(…)
L’ins­pec­tion de la fonda­tion Vallée a servi à enfon­cer le clou par un tour de passe-passe mali­cieux. L’ins­pi­ra­tion analy­tique est subi­te­ment asso­ciée et faite respon­sable de l’en­fer­me­ment d’en­fants hospi­ta­li­sés pour « troubles » sévères en psychia­trie: Quelle calom­nie! Quel mensonge éhonté! La diffu­sion de cette idée relève d’un savant circuit: mobi­li­sée par E. Pot, l’ARS constate des dysfonc­tion­ne­ments de la Fonda­tion, L’Ex­press laisse entendre que la psycha­na­lyse en est respon­sable, c’est ensuite Franck Ramus qui l’af­firme fran­che­ment(3). De là, E. Pot annonce tout à la fois qu’il entend à bon droit remettre de l’ordre, et l’ar­ri­vée de nouvelles recom­man­da­tions de bonnes pratiques pour les TND de la HAS excluant toute inspi­ra­tion psycha­na­ly­tique, comme l’évi­dence impo­sée par l’ins­pec­tion qu’il a dili­gen­tée.

Voilà comment la propa­gande anti-psycha­na­lyse accom­pagne la volonté abso­lue d’une recon­fi­gu­ra­tion de la santé mentale. Mais si propa­gande il y a, c’est que : 1/le scien­tisme ne s’im­pose pas avec l’évi­dence de la science, 2/les soins qu’il promeut sont sans effets béné­fiques sur les patients dont les trai­te­ments ne sauraient raison­na­ble­ment se réduire à un diagnos­tic suivi d’un trai­te­ment médi­ca­men­teux assor­tie d’une prise en charge éduca­tive, et enfin 3/parce que, poli­tique­ment, il n’est pas vendeur d’af­fir­mer: nous souhai­tons impo­ser le bâillon dans le champ de la santé mentale pour faire des écono­mies et mieux gérer les popu­la­tions –car de gestion des popu­la­tions, il est aussi ques­tion dans cette affaire. 

 Nos outils (la parole et son inter­pré­ta­tion, l’ac­cueil du sujet) sont aussi restreints qu’ils offrent de possi­bi­li­tés afin qu’un corps puisse dire ou présen­ter quelque chose d’as­sez réel pour porter à consé­quences. Concé­dons que, pour cela, il faut des humains, du person­nel de soin doté d’une solide forma­tion. C’est en effet cette forma­tion qui permet d’ac­cueillir chacun avec le plus grand respect. Cette consi­dé­ra­tion de la singu­la­rité de chacun est au fonde­ment même de la psycha­na­lyse et des pratiques qui y puisent une orien­ta­tion, pour l’ac­cueil comme pour le trai­te­ment. Les pouvoirs publics décident aujourd’­hui d’en priver les plus fragiles de nos conci­toyens. Prenons-en acte: cela coutera très cher, aux plus fragiles d’abord, et à tous, ensuite.

Quoi qu’il en soit, nos détrac­teurs nous imputent « sans ambages(4) » (pour reprendre la formu­la­tion d’E. Pot lui-même): culpa­bi­li­sa­tion des mères, crimi­na­li­sa­tion des victimes, retards diagnos­tiques, « pertes de chance », maltrai­tance des autistes, emprise, effet placebo –j’en passe–, toutes choses que nous savons aussi loin de notre pratique quoti­dienne que possible.

Bien sûr, nous avons à répondre sur chacun de ces points. Nous ne saurions nous lais­ser accu­ser sans mot dire, car qui ne dit mot consent, c’est-à-dire cède à la propa­gande, et la sert ce faisant. Une propa­gande, aussi déter­mi­née soit-elle, appelle une réponse digne et une défense serrée. Il ne s’agit certes pas de convaincre les propa­gan­distes eux-mêmes, mais l’opi­nion qui tendra l’oreille, et de faire valoir la dignité du discours dont nous avons à répondre et son effi­cace.

(…) Nous savons que demain, les affli­geantes recom­man­da­tions de la HAS dans le champ psy seront rendues juri­dique­ment oppo­sables. Alors, que faisons-nous de ce discours qui a juré notre perte? Lui oppose-t-on la force du nôtre et la vita­lité de nos actes? Ou se résigne-t-on à le lais­ser triom­pher ?

(1) Cf. HAS, « Autisme : les nouvelles recom­man­da­tions pour le nour­ris­son, l’en­fant et l’ado­les­cent », commu­niqué de presse, 12 février 2026, dispo­nible sur inter­net

(2) Délé­gué inter­mi­nis­té­riel à la stra­té­gie natio­nale pour les troubles du neuro­dé­ve­lop­pe­ment (TND). Cf. Les contre­points de la santé, 27 mars 2025, dispo­nible sur YouTube.

(3) Par message sur les comptes à son nom sur les réseaux sociaux, dont Face­book, 26 janvier 2026.

(4) E. Pot, délé­gué inter­mi­nis­té­riel à la stra­té­gie natio­nale aux TND, inter­ven­tion du 9 décembre 2025, 2e jour­née du Cercle de docu­men­ta­tion et infor­ma­tion pour la réédu­ca­tion des infirmes moteurs céré­braux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.