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Quelle alter­na­tive propose le FN ?

J’ai eu l’idée de cet article en écou­tant la candi­date du FN dans le Doubs utili­ser le mot “caste” qu’u­ti­lise Pode­mos, la gauche radi­cale dans l’État espa­gnol.

Le FN semble être diffé­rent d’avant, quand c’était le père. Il utilise une rhéto­rique inspi­rée par les propo­si­tions des anti­ca­pi­ta­listes : défense des retraites, de la laïcité, des APL pour les étudiant.es, contre la finance mondia­li­sée, etc.

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Le FN s’est même réjouit de la victoire de Syriza en Grèce, une orga­ni­sa­tion de gauche « radi­cale » (de vraie gauche en fait). Pour­tant les valeurs de soli­da­rité et d’in­ter­na­tio­na­lisme du parti grec sont à l’op­posé du FN. Le gouver­ne­ment de Syriza mène actuel­le­ment un bras de fer écono­mique avec les diri­geants euro­péen au service des banques et des riches. Dans le même temps, ce gouver­ne­ment grec a donné la natio­na­lité à tous les enfants nés sur le terri­toire grec, tout l’op­posé du fond de commerce du FN basé sur la préfé­rence natio­nale.

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La candi­date du FN aux élec­tions partielles du Doubs le week-end dernier a sciem­ment utilisé le voca­bu­laire spéci­fique de Pode­mos en trai­tant le person­nel poli­tique du PS et l’UMP de « caste ». Rappe­lons que Pode­mos est une orga­ni­sa­tion sœur de Syriza dans l’État espa­gnol et qu’elle s’an­nonce comme le premier parti aux prochaines élec­tions outre Pyré­nées.

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Guignols

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La popu­la­tion de notre pays en a marre de la crise mais aussi de tout ce person­nel diri­geant en place, que ce soit au niveau poli­tique, média­tique, admi­nis­tra­tif ou patro­nal, marre de tou.tes ces personnes qui commandent et qui sont sourdes à la douleur, à la détresse, aux reven­di­ca­tions, au dialogue, aux néces­si­tés des gens d’en bas. « Y’en a ras l’bol, de tous ces guignols, qui ferment les usines, qui ferment les écoles » chan­tions-nous dans les manifs de 2010. Marre de tous ces milliards qui nous filent sous le nez  et qui provoque la frus­tra­tion de ne jamais faire partie des béné­fi­ciaires, comme toujours.

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Rempla­cer ces guignols par qui ?

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Là où les élec­teurs et élec­trices du FN se voilent la face c’est qu’ils/elles pensent qu’en virant les guignols qui nous dirigent, en remplaçant la « caste » UMP et PS par des élu.es et des cadres du FN, leur situa­tion s’amé­lio­re­rait.

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Dans les faits les consé­quences seraient doubles.

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D’une part l’idéo­lo­gie de la  « préfé­rence natio­nale » ne peut abou­tir qu’à un système de persé­cu­tion et de concur­rence entre gens d’en bas entre eux : l’en­nemi.e devient les non blanc.hes, les non catho­liques, les insou­mis.es, les athé.es, les femmes non soumises, les homos, les syndi­ca­listes, les pas-français.e-comme-il-faut, les oppo­sant.es, c’est à dire une partie énorme et exten­sible de la popu­la­tion. L’en­nemi c’est l’Autre.

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D’autre part il est bien vrai que ce person­nel poli­tique fron­tiste se donne comme objec­tif d’éjec­ter les person­nels diri­geants actuels. Sauf que, à privi­lé­gier et favo­ri­ser la divi­sion entre les gens d’en bas, on peut être sûr qu’il n’y aurait pas de résis­tance contre l’as­pi­ra­teur à fric actuel, contre le mouve­ment des flux finan­ciers qui vont de la poche de la majo­rité de la popu­la­tion vers une mino­rité de poches déjà bien trop pleines. Ce méca­nisme conti­nue­rait à fonc­tion­ner à plein. Y aurait-il chan­ge­ment de personne chez les riches ? On s’en fiche. Car l’as­pi­ra­teur qui nous vide les poches, lui, conti­nue­rait de fonc­tion­ner.

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En fait de chan­ge­ment de caste, on assis­te­rait à la substi­tu­tion d’une caste par une autre. Il y a des places à prendre ! espère déjà certain .es.

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Quelle alter­na­tive ?

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Certes nous pouvons légi­ti­me­ment dési­rer que tou.te ces diri­geant.es actuel.les, petit.es et grand.es, incom­pé­tent.es, lâches et soumis.es soient éjecté.es. Ce serait une bonne chose, une condi­tion néces­saire au chan­ge­ment et, ne le nions pas, un immense plai­sir. Mais le problème ne réside pas dans les personnes mais dans les rela­tions entre les personnes. Le problème c’est pas Monsieur Untel ou Madame Truc­muche. Le problème c’est comment tant d’iné­ga­li­tés sont possibles. Quel rapport entre l’en­ri­chis­se­ment conti­nue de Monsieur Untel ou Madame Truc­muche et l’ap­pau­vris­se­ment de la popu­la­tion ? Pourquoi la situa­tion de la majo­rité de la popu­la­tion se dégrade-t-elle ainsi ?

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Et là on parle poli­tique fiscale (impôts directs et indi­rects, taxes) toujours plus douce pour les plus riches et toujours plus dure pour la majo­rité de la popu­la­tion. Là on parle de qui produit les richesses ? Qui décide dans la société, sur le lieu de travail ? Là on parle égalité des droits entre hommes et femmes, hété­ros et homos, issu.es d’une immi­gra­tion récente ou plus ancienne, on parle droit du travail, on parle inéga­lité scan­da­leuse dans l’ac­cès à la santé, l’édu­ca­tion, la citoyen­neté, etc.

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Et c’est compliqué, c’est vrai. Mais c’est ça en fait, la poli­tique.

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Mais si taper sur le voisin plus faible est plus facile et moins risqué que de s’at­taquer aux très riches qui nous commandent, si mettre la pâtée aux guignols qui nous gouvernent, du natio­nal au plus local, pour­rait-être jouis­sif, si person­na­li­ser les problèmes est plus émotion­nel­le­ment fort que de voir froi­de­ment les méca­nismes des rela­tions sociales, tout ça en fait ne va pas très loin, n’est qu’une jouis­sance brève, provoque plus de problèmes qu’il n’en résout.

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La vengeance, la haine et la lâcheté sont des plai­sirs forts mais bien trop brefs.

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On peut choi­sir des plai­sirs plus longs, plus intenses, plus satis­fai­sant comme l’amé­lio­ra­tion des rela­tions entre indi­vi­dus, un niveau de vie plus élevé pour tou.tes, moins de compé­ti­tion entre tou.tes,  de la douceur de vivre, une amélio­ra­tion de nos rapport avec milieu natu­rel . Bref, on peut aussi se donner l’objec­tif du progrès humain.

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Utopique ?

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Plutôt « compré­hen­sion de son inté­rêt bien pesé » : realiste !

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C’est d’ailleurs ça qui nous a donné le meilleur de notre société.

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Pascal Canaud

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2 réflexions au sujet de « Quelle alter­na­tive propose le FN ? »

  1. Huot JP dit :

    Tout à fait d’accord avec toi Pascal : la politique, c’est comme le catch à quatre, ça fait comme si…, ça a l’air de…, mais en fait, tout est hyper réglé, chacun joue bien son rôle (le gentil ou le méchant, le cruel, le désosseur ou le sauveur…). Le FN a bien compris ce spectacle et c’est le parti qui en maîtrise le mieux les codes. Pire! c’est eux qui ont endossé le costume du sauveur, du redresseur de torts  et les spectateurs un peu naïfs qui aiment bien regarder, se laisser aller à en accepter les règles, même si tout est joué, encouragent le petit dernier qui est monté sur le ring dans son habit de « lumière »! Le FN a d’excellents communicants parmi ses cadres et ne s’embarrasse d’aucun paradoxe, pour jouer la démagogie à fond, (ceci fait partie de la communication politique actuelle). Le Front de Gauche ne doit pas accepter de « monter sur le ring », lieu où tout est faussé, mais il doit se faire voir, se faire entendre en dehors et bien marquer sa différence! La loi Macron est une ignominie, que dis-je, un ensemble de mesures que même la droite n’aurait pas osé présenter en d’autres temps! J’ai du mal à comprendre pourquoi les syndicats, les formations de la vraie gauche en parlent aussi peu, pourquoi nous sommes si peu nombreux dans la rue pour en dénoncer les principes, les méfaits alors que nous devrions être des millions à hurler et à nous battre contre cette loi scélérate qui détricote le droit du travail comme jamais! M Macron est tout sauf un homme de gauche et le Front de Gauche doit le dire haut et fort!

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  2. pascal b dit :

    D’accord avec l’esprit de ce texte. Mais je crois que le FN ce n’est pas seulement la préférence nationale, la  division des exploités, la haine de son prochain. Toutes ces orientations politiques sont partagées de fait par l’UMP sarkozyste, et Valls ne répugne pas à cracher sur les Rroms. L’institutionnalisation de la préférence nationale comme d’un racisme d’État est en bonne voie, malheureusement.

    Je pense que le FN c’est le fascisme du 21ème siècle, avec le goût peu caché pour la violence de ses chefs (agresion de journalistes, dernièrement de deux journalistes de Mediapart, voir les déclarations du maire FN d’arrondissement de Marseille Ravier et de du maire de Béziers).

    Et lorsque le FN se félicite, comme tu le soulignes, de la victoire de Syriza, c’est une manoeuvre politicienne éhontée, certes? C’est aussi l’affirmation qu’ils récupèrent tous les discours de radicalité sociale pour leur mélange de nationalisme et de social, ce qui fut le propre du national-socialisme allemand comme du fascisme italien.

    Comme nous en avions parlé, je vais essayer de faire un texte détaillé à ce propos.

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