Reporters sans frontières (RSF) publie un nouveau rapport détaillant les efforts déployés par le régime chinois pour imposer sa propagande dans l’espace médiatique mondial. Depuis 2012, le dirigeant chinois Xi Jinping s’efforce de promouvoir un « nouvel ordre mondial des médias » dans lequel les faits sont occultés au profit de la propagande et où la répression frappe quiconque rapportant des vérités qui déplaisent à son gouvernement. Le rapport détaille les nombreuses tactiques utilisées par Pékin, telles que le financement de médias étrangers, les accords de coopération médiatique, voire le harcèlement et les menaces envers des professionnels de l’information, afin de prendre le contrôle du discours mondial sur la Chine et d’éradiquer le journalisme indépendant qui lui demande des comptes.
Lire le rapport (ENG/FR)
Propaganda Monitor – The China Edition
Ce rapport constitue le deuxième volet du Propaganda Monitor, un projet d’investigation mené par RSF pour mettre en lumière la géopolitique de la propagande. Après une première édition consacrée à la Russie, ce deuxième rapport retrace l’appareil de propagande mondial du régime chinois et son expansion à travers les cinq continents.
Les conclusions de cette édition sont alarmantes : aucun pays au monde n’est à l’abri de la propagande chinoise. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, le régime chinois ne s’est pas contenté de réduire au silence les médias sur son propre territoire. Il s’est également employé activement à exporter un « nouvel ordre mondial des médias » au-delà de ses frontières et à remplacer le journalisme par un modèle autoritaire de contrôle de l’information, dans lequel les médias n’ont d’autre fonction que de se faire les porte-parole de l’État.
Le rapport détaille comment Pékin investit massivement dans l’expansion de la présence de ses médias d’État à l’étranger, en nouant des partenariats avec des médias de confiance dans les pays ciblés et en invitant des journalistes du monde entier à effectuer des voyages tous frais payés en Chine afin de promouvoir son discours. Ce système s’appuie sur une multitude d’acteurs, depuis le Département central de la propagande – qui contrôle le contenu des médias d’État, tels que CGTN et Xinhua, présents dans 160 pays à travers le monde – jusqu’aux médias de la diaspora aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’appareil de propagande chinois s’appuie sur des propagandistes inféodés aux intérêts de Pékin, tels qu’Andy Boreham, du journal d’État Shanghai Daily, et « forme » les journalistes étrangers à reprendre telle quelle la propagande du régime. De plus, la répression exercée par Pékin contre le journalisme – qui fait de la Chine la plus grande prison de professionnels de l’information au monde, avec 120 personnes actuellement détenues – s’étend de plus en plus aux reporters à l’étranger, favorisant l’autocensure sur les reportages critiques à l’égard de la Chine.
« La Chine tente d’établir ses propres normes et son propre modèle de “journalisme” – un modèle dans lequel les médias ne répondent qu’au régime et sont considérés comme un outil de propagande et de contrôle, et non comme un pilier indépendant de la démocratie. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que la Chine collabore étroitement avec d’autres régimes autoritaires, tels que la Russie de Poutine, afin de renforcer leur emprise sur l’espace informationnel mondial et de transformer le journalisme tel que nous le connaissons à l’échelle internationale. Nous espérons que ce rapport mettra davantage en lumière ces tactiques et dotera nos démocraties d’un bouclier pour protéger notre espace informationnel – avant qu’il ne soit trop tard.
Anne Bocandé et Aleksandra Bielakowska
Directrice de la rédaction de RSF et responsable du plaidoyer de RSF pour l’Asie-Pacifique
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