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Tribune libre (Libé­ra­tion): « Zéro Covid : pour une stra­té­gie sani­taire d’éli­mi­na­tion du coro­na­vi­rus »

La note publiée par Ensemble! et Ensemble! insou­mis est ici:

https://reve86.org/covid-que-faire-face-a-la-crise-qui-se-prolonge/

Voici un des articles dont l’ana­lyse critique a nourri cette note:« Zéro Covid : pour une stra­té­gie sani­taire d’éli­mi­na­tion du coro­na­vi­rus »

« Il y a un an, alors que l’épi­dé­mie de coro­na­vi­rus était en expan­sion rapide, une note de l’OMS expo­sait les deux stra­té­gies sani­taires envi­sa­geables : conte­nir l’épi­dé­mie ou l’éli­mi­ner. La première stra­té­gie, dite de miti­ga­tion ou d’apla­tis­se­ment de la courbe, a été celle adop­tée par l’exé­cu­tif : elle vise à limi­ter le taux de repro­duc­tion épidé­mique pour main­te­nir les services de réani­ma­tion en dessous de la satu­ra­tion. Cette stra­té­gie, qui impose à la popu­la­tion des contraintes consi­dé­rables pour une durée indé­fi­nie, a conduit à un haut plateau épidé­mique faisant 400 morts et 20 000 conta­mi­nés par jour. L’ab­sur­dité de ce choix est évidente : puisque le contrôle s’ef­fec­tue sur le taux de repro­duc­tion, l’épi­dé­mie pour­rait aussi bien être conte­nue sur un plateau très bas sans deman­der d’ef­fort supplé­men­taire.

Cette irra­tio­na­lité française tient-elle au fait que les déci­sions stra­té­giques sont prises dans l’opa­cité, sans débat public scien­ti­fique­ment éclairé ? De fait, les moyens d’ac­tion propo­sés par les cher­cheurs de diffé­rentes disci­plines ont été réduits à un unique curseur réglant le niveau de priva­tion de liberté par le confi­ne­ment. L’au­to­con­trôle par les auto­ri­sa­tions de dépla­ce­ment déro­ga­toire et l’inu­tile couvre-feu de 18 heures nous valent d’être la risée de nos voisins, qui titraient dès novembre sur « l’Ab­sur­dis­tan auto­ri­taire ». « Et inef­fi­cace », faut-il ajou­ter aujourd’­hui. Alors que de nouvelles souches ont fait leur appa­ri­tion, plus conta­gieuses et plus résis­tantes à l’im­mu­ni­sa­tion, il est temps que l’ac­tion publique s’ap­puie enfin sur le débat démo­cra­tique et sur des propo­si­tions ration­nelles préa­la­ble­ment soumises au travail de contro­verse scien­ti­fique.

Succès

La seconde stra­té­gie expo­sée il y a un an, qui vise à l’éli­mi­na­tion du virus, a été appliquée avec succès dans plusieurs pays, qui ont retrouvé leur vie sociale et leur acti­vité produc­tive. S’il est vrai que l’in­su­la­rité a aidé certains pays comme la Nouvelle-Zélande, une concer­ta­tion entre pays fron­ta­liers permet­trait de pallier cette diffi­culté en Europe. Insis­tons : quand bien même la présen­ta­tion de la stra­té­gie d’éli­mi­na­tion inclut souvent une phase tran­si­toire de recon­fi­ne­ment, tout l’in­té­rêt du zéro Covid réside dans le fait que cette stra­té­gie n’est pas direc­te­ment tribu­taire d’un confi­ne­ment. Au contraire, même : elle repose sur le déploie­ment de multiples mesures complé­men­taires, concou­rant à en finir avec le coro­na­vi­rus en quelques mois sans porter atteinte aux liber­tés publiques.

Nous savons, depuis juin 2020, que le coro­na­vi­rus se trans­met prin­ci­pa­le­ment par voie d’aé­ro­sol, y compris par des porteurs asymp­to­ma­tiques, lorsqu’ils respirent ou parlent. Le port de masques FFP2 dans les lieux clos permet de dimi­nuer d’un facteur 50 la quan­tité de parti­cules virales inha­lées. Il faut géné­ra­li­ser leur usage, et donc en fabriquer ou en comman­der, et éduquer à leur nettoyage et à leur recy­clage. Les lieux de restau­ra­tion collec­tive sont des endroits de forte conta­mi­na­tion : en équi­pant chaque table de deux hottes de venti­la­tion équi­pées de filtre Hepa, l’une qui apporte à la table de l’air non conta­miné, et l’autre, aspi­rante, qui piège les gout­te­lettes produites avant qu’elles puissent être inha­lées, on réduit la quan­tité de parti­cules virales d’un facteur 10. Il faut donc produire ou ache­ter ces puri­fi­ca­teurs d’air et former des tech­ni­ciens pour leur déploie­ment rapide. Pour quan­ti­fier le risque et adap­ter les procé­dures sani­taires aux carac­té­ris­tiques d’un lieu fermé, il convient de déployer des capteurs de CO2 et de parti­cules fines, peu onéreux. Ce ne sont là que trois exemples, parmi des dizaines de tech­niques dont l’Etat doit assu­rer la concep­tion, la mise en produc­tion et la géné­ra­li­sa­tion dans les trans­ports, les bureaux, les lieux de culture, les écoles et les univer­si­tés, pour quelques milliards d’eu­ros, un coût faible au regard du désastre écono­mique et social actuel.

Fiasco natio­nal

La vacci­na­tion a un rôle clé à jouer dans le dispo­si­tif d’éli­mi­na­tion du virus. Mais elle est mena­cée par le fiasco natio­nal en matière de concep­tion, de fabri­ca­tion et de distri­bu­tion des vaccins. Cet échec est impu­table à la poli­tique de recherche court-termiste menée depuis quinze ans contre la volonté de la commu­nauté scien­ti­fique, mais aussi au fait que l’ap­pa­reil d’Etat, dont les hauts fonc­tion­naires sont dépour­vus de forma­tion scien­ti­fique, a de facto remplacé toute poli­tique de recherche indus­trielle publique par l’oc­troi, en pure perte, de milliards d’eu­ros de crédit d’im­pôt aux entre­prises privées. Or, sans un pôle indus­triel de santé publique à même d’ac­com­pa­gner l’ef­fort scien­ti­fique, la lutte contre le Covid sera vouée à l’échec.

Sur la durée, élimi­ner le coro­na­vi­rus exige le recru­te­ment et la forma­tion d’équipes d’ar­pen­tage épidé­mio­lo­gique regrou­pant 50 000 personnes par groupes de cinq, affec­tés à des quar­tiers ou à des communes au gré des résur­gences. Le test des eaux usées permet­tra leur déploie­ment rapide selon les besoins. Ces équipes tenues au secret médi­cal auront la tâche de retra­cer les contacts, de propo­ser des méthodes d’iso­le­ment, d’ef­fec­tuer des tests et d’as­su­rer la poli­tique de préven­tion de terrain, qu’une appli­ca­tion ou un « centre d’ap­pels » ne permettent pas de mener. Trois semaines à plein temps et cinq en alter­nance sont néces­saires à leur forma­tion. Un confi­ne­ment éven­tuel, impu­table à l’im­pé­ri­tie de l’exé­cu­tif, n’a pas voca­tion à excé­der cette période d’équi­pe­ment et de forma­tion, à l’is­sue de laquelle le taux d’in­ci­dence aura forte­ment baissé. Le pays entrera dans une nouvelle tempo­ra­lité, celle d’une veille repo­sant sur un maillage sani­taire étroit mais respec­tueux des liber­tés publiques. Il faudra alors tirer les leçons des échecs stra­té­giques et recréer les condi­tions perma­nentes d’un débat public scien­ti­fique­ment informé. Les erre­ments d’une année sonnent comme un aver­tis­se­ment : l’in­té­grité, la respon­sa­bi­lité et l’au­to­no­mie de la science condi­tionnent notre capa­cité de déli­bé­ra­tion, notre démo­cra­tie et nos liber­tés publiques.

Premiers signa­taires : Bruno Andreotti Physi­cien ; Bruno Canard Viro­logue ; Pascale Dubus Histoire de l’art ; Laurence Giava­rini Litté­ra­ture française ; Jacques Haiech Biolo­giste ; Axel Kahn Président de la Ligue contre le cancer ; Pascal Maillard Litté­ra­ture française ; Pérola Milman Physi­cienne ; Pierre-Yves Modi­com Germa­niste.
Lien vers la page de signa­tures : https://rogueesr.fr/zero-covid/

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