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Trois profes­seurs de lycée inter­pellent le gouver­ne­ment sur les violences poli­cières 07/12/2018

Article paru le 7 décembre sur site d’Al­ter­na­tives écono­miques
https://www.alter­na­tives-econo­miques.fr//trois-profes­seurs-de-lycee-inter­pellent-gouver­ne­ment-violences-polic/00087326?utm_source=emai­ling&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quoti­dienne%2F07122018

«  Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence insti­tu­tion­nelle, celle qui léga­lise et perpé­tue les domi­na­tions, les oppres­sions et les exploi­ta­tions, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silen­cieux et bien huilés. La seconde est la violence révo­lu­tion­naire, qui naît de la volonté d’abo­lir la première. La troi­sième est la violence répres­sive, qui a pour objet d’étouf­fer la seconde en se faisant l’auxi­liaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypo­cri­sie de n’ap­pe­ler violence que la seconde, en feignant d’ou­blier la première, qui la fait naître, et la troi­sième qui la tue.  »

Cette phrase assez souvent citée d’Helder Camara, évêque brési­lien, arti­san de la « théo­lo­gie de la libé­ra­tion », s’ap­plique très bien à la situa­tion française actuelle et singu­liè­re­ment à ce qui se passe dans de très nombreux lycées.

« Ce n’est pas un hasard si les blocages d’éta­blis­se­ment affectent d’abord les banlieues et les quar­tiers avant de s’étendre

La première violence à laquelle nos élèves sont confron­tés est celle du milieu dans lequel ils et elles vivent. Ce n’est pas un hasard si les blocages d’éta­blis­se­ment affectent d’abord les banlieues et les quar­tiers avant de s’étendre. La violence c’est celle de leur quoti­dien, suspec­tés parce que jeunes, parce que noirs ou basa­nés, parce que socia­le­ment aban­don­nés. Dans bien des banlieues, la prin­ci­pale insti­tu­tion qui crée encore du lien social est l’école. Mais là encore, la violence est de plus en plus présente : élèves parqués dans des classes à fort effec­tif, en grande diffi­culté scolaire et à qui on ne donne aucun moyen pour pallier ces diffi­cul­tés : manque de profs, de person­nels, surtout de conseillers d’orien­ta­tion-psycho­logues (actuel­le­ment psycho­logues de l’Edu­ca­tion natio­nale), pour les aider, les guider dans leurs choix.

Aujourd’­hui, on impose à ces élèves des parcours de sélec­tion de plus en plus brutaux : Parcour­sup qui enlève tout droit à l’er­reur et rejette une partie de la jeunesse, en parti­cu­lier des établis­se­ments de banlieue, et demain un bacca­lau­réat s’ap­puyant sur la multi­pli­ca­tion d’épreuves locales et un contrôle continu plus impor­tant. Plus que jamais, le bac de Vitry ne vaudra pas celui de Saint-Louis.

Face à cela, et dans le contexte de la mobi­li­sa­tion des Gilets jaunes, les jeunes ont commencé à bloquer leur lycée. Ils sont désor­ga­ni­sés, souvent confus… mais comment ne le seraient-ils pas alors que depuis les grandes luttes contre le CPE il y a douze ans, les gouver­ne­ments succes­sifs ont tout fait pour détruire leurs orga­ni­sa­tions syndi­cales, comme ils l’ont fait pour les orga­ni­sa­tions de travailleurs, en refu­sant toute négo­cia­tion, en impo­sant par la force ce qu’ils appellent des « réformes » et qui ne sont que la destruc­tion des protec­tions collec­tives dont la France s’est dotée depuis 1945.

Les jeunes cassent peut-être quelques vitrines, mettent le feu à quelques poubelles, mais ce ne sont pas eux qui mettent véri­ta­ble­ment en danger les mani­fes­tants.

« La répres­sion est aveugle. Elle est brutale. Nous avons vu nos élèves subir une grande agres­si­vité de la part de la police »

La répres­sion, cette troi­sième violence, est aveugle. Elle est brutale. Nous avons vu nos élèves subir une grande agres­si­vité de la part de la police. Une violence qui s’est expri­mée dans toutes ses nuances. Des tirs de flash-ball, qui ont causé plusieurs bles­sures graves..  Des inter­pel­la­tions massives. Des grenades lacry­mo­gènes. Et même la police montée. Cette violence ce sont aussi les bous­cu­lades, les insultes et les postures provo­ca­trices que les jeunes ont eu à subir. Cette violence insup­por­table c’est de mettre des élèves à genoux, les mains sur la tête et d’en plai­san­ter. Comment douter que cette violence n’al­lait pas apai­ser ? Comment douter qu’elle n’avait pour but que de répri­mer l’ex­pres­sion de la jeunesse ? Cette violence, nous ne l’ac­cep­te­rons jamais.

Le ministre de l’Edu­ca­tion natio­nale s’adresse main­te­nant à nous en appe­lant à notre respon­sa­bi­lité : «  Dans ces circons­tances, j’en appelle à la respon­sa­bi­lité de chacun et à un discours de séré­nité adressé aux élèves.  » Il se souvient tout à coup qu’il existe des conseillers prin­ci­paux d’édu­ca­tion, certes en nombre drama­tique­ment insuf­fi­sant et les assure de son soutien : «  Je sais que vous êtes parti­cu­liè­re­ment mobi­li­sés pour assu­rer la sécu­rité des établis­se­ments scolaires et que vous êtes parfois vous-mêmes confron­tés à la violence. Je tiens à vous assu­rer de mon profond soutien et de ma grati­tude.  » A notre tour de nous adres­ser à vous, Monsieur le ministre : rete­nez vos CRS, arrê­tez de taper aveu­glé­ment avant que l’ir­ré­pa­rable soit commis, écou­tez véri­ta­ble­ment la colère des jeunes dans l’ave­nir desquels vous préten­dez faire confiance. Donnez l’ordre à vos chefs d’éta­blis­se­ments de permettre aux élèves de trou­ver, dans les lycées, des espaces de débat, sans qu’ils ou elles soient répri­més. Reti­rez la réforme du lycée et du bac, reve­nez sur les moda­li­tés d’ins­crip­tions dans le supé­rieur. Donnez les moyens à l’Edu­ca­tion et ouvrez de véri­tables discus­sions, y compris avec les élèves, pour une vraie réforme permet­tant la réus­site de toutes et tous.

Vous avez la respon­sa­bi­lité de ce qui va se passer aujourd’­hui et dans l’ave­nir en France !

Elisa­beth Hervouet, profes­seure, lycée Van Dongen, Lagny-sur-Marne, Seine-et-Marne

Jéré­mie Verger, profes­seur, lycée Jean-Zay, Aulnay-sous-Bois, Seine-Saint-Denis

Sandrine Bour­ret, profes­seure, lycée Jean-Macé, Vitry-sur-Seine, Val-de-Marne

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