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22 avril 2026

Naomi Klein. L’es­sor du fascisme de fin des temps

États-Unis : L’es­sor du fascisme de fin des temps (+ autres textes )

États-Unis : L’es­sor du fascisme de fin des temps 

L’idéo­lo­gie domi­nante de l’ex­trême droite est deve­nue un survi­va­lisme supré­ma­ciste mons­trueux. Notre tâche est de construire un mouve­ment suffi­sam­ment fort pour les arrê­ter.

Le mouve­ment pour les cités-États corpo­ra­tives n’en croit pas sa chance. Depuis des années, il promeut l’idée extrême que les personnes fortu­nées aller­giques aux impôts devraient créer leurs propres fiefs high-tech, qu’il s’agisse de nouveaux pays sur des îles arti­fi­cielles en eaux inter­na­tio­nales (« seas­tea­ding ») ou de « villes de liberté » favo­rables aux entre­prises comme Prós­pera, une commu­nauté fermée glori­fiée combi­née à un spa médi­cal de type far west sur une île hondu­rienne.

Pour­tant, malgré le soutien de capi­ta­listes-risqueurs influents comme Peter Thiel et Marc Andrees­sen, leurs rêves liber­ta­riens extrêmes n’ont cessé de s’en­li­ser : il s’avère que la plupart des riches qui se respectent ne veulent pas réel­le­ment vivre sur des plates-formes pétro­lières flot­tantes, même si cela signi­fie des impôts plus bas, et si Prós­pera peut être agréable pour des vacances et quelques « amélio­ra­tions » corpo­relles, son statut extra-natio­nal est actuel­le­ment contesté devant les tribu­naux.

Aujourd’­hui, ce réseau autre­fois margi­nal de séces­sion­nistes corpo­ra­tifs se retrouve soudai­ne­ment à frap­per à des portes grandes ouvertes au cœur même du pouvoir mondial.

Le premier signe que la fortune chan­geait de camp est venu en 2023, lorsque Donald Trump, en campagne, a promis, comme sorti de nulle part, d’or­ga­ni­ser un concours qui mène­rait à la créa­tion de 10 « villes de liberté » sur des terres fédé­rales. Ce ballon d’es­sai est passé presque inaperçu à l’époque, perdu dans le déluge quoti­dien de décla­ra­tions outran­cières. Depuis l’en­trée en fonc­tion de la nouvelle admi­nis­tra­tion, cepen­dant, les aspi­rants fonda­teurs de pays se sont lancés dans une offen­sive de lobbying, déter­mi­nés à trans­for­mer la promesse de Trump en réalité.

(…)

Inspi­rés par le philo­sophe poli­tique Albert Hirsch­man, des person­na­li­tés comme Goff, Thiel et l’in­ves­tis­seur et écri­vain Balaji Srini­va­san défendent ce qu’ils appellent la « sortie » – le prin­cipe selon lequel ceux qui en ont les moyens ont le droit de se sous­traire aux obli­ga­tions de la citoyen­neté, notam­ment les impôts et les régle­men­ta­tions contrai­gnantes. Réadap­tant et rebap­ti­sant les anciennes ambi­tions et privi­lèges des empires, ils rêvent de frag­men­ter les gouver­ne­ments et de décou­per le monde en havres hyper­ca­pi­ta­listes, libé­rés de la démo­cra­tie, sous le contrôle exclu­sif des plus fortu­nés, proté­gés par des merce­naires privés, servis par des robots IA et finan­cés par des cryp­to­mon­naies.

On pour­rait penser qu’il est contra­dic­toire pour Trump, élu sur une plate­forme patrio­tique « L’Amé­rique d’abord », de caution­ner cette vision de terri­toires souve­rains gouver­nés par des milliar­daires se prenant pour des dieux. Et on a beau­coup parlé des guerres enflam­mées entre le porte-parole de MAGA Steve Bannon, fier natio­na­liste et popu­liste, et les milliar­daires alliés à Trump qu’il a attaqués comme des « tech­no­féo­da­listes » qui « se fichent complè­te­ment de l’être humain » – et encore moins de l’État-nation. Des conflits existent certai­ne­ment au sein de la coali­tion bancale et impro­vi­sée de Trump, attei­gnant récem­ment un point d’ébul­li­tion sur la ques­tion des tarifs doua­niers. Pour­tant, les visions sous-jacentes ne sont peut-être pas aussi incom­pa­tibles qu’elles le paraissent au premier abord.

(…). Pour dire les choses crûment, les personnes les plus puis­santes du monde se préparent à la fin du monde, une fin qu’elles-mêmes accé­lèrent fréné­tique­ment.

Ce n’est pas si éloi­gné de la vision plus grand public des nations forti­fiées qui a saisi la droite dure à l’échelle mondiale, de l’Ita­lie à Israël, de l’Aus­tra­lie aux États-Unis : en ces temps de périls inces­sants, des mouve­ments ouver­te­ment supré­ma­cistes dans ces pays posi­tionnent leurs États rela­ti­ve­ment riches comme des bunkers armés. Ces bunkers sont brutaux dans leur déter­mi­na­tion à expul­ser et empri­son­ner les humains indé­si­rables (même si cela néces­site une déten­tion indé­fi­nie dans des colo­nies pénales extra-natio­nales, de l’île de Manus à la baie de Guantá­namo) et tout aussi impi­toyables dans leur volonté de s’em­pa­rer violem­ment des terres et des ressources (eau, éner­gie, miné­raux critiques) qu’ils jugent néces­saires pour résis­ter aux chocs à venir.

Fait inté­res­sant, à une époque où les élites autre­fois laïques de la Sili­con Valley trouvent soudai­ne­ment Jésus, il est à noter que ces deux visions – l’État corpo­ra­tif à accès prio­ri­taire et la nation-bunker grand public – partagent de nombreux points communs avec l’in­ter­pré­ta­tion fonda­men­ta­liste chré­tienne de l’En­lè­ve­ment biblique, lorsque les fidèles seront suppo­sé­ment élevés vers une cité dorée au ciel, tandis que les damnés reste­ront pour endu­rer une bataille apoca­lyp­tique finale ici-bas.

Si nous voulons être à la hauteur de ce moment critique de l’his­toire, nous devons recon­naître la réalité : nous ne sommes pas confron­tés à des adver­saires que nous avons déjà vus. Nous sommes confron­tés au fascisme de fin des temps.

(…)

Cons­cients des dangers exis­ten­tiels réels de notre époque – du boule­ver­se­ment clima­tique à la guerre nucléaire, en passant par l’iné­ga­lité montante et l’IA non régle­men­tée – mais finan­ciè­re­ment et idéo­lo­gique­ment enga­gés à appro­fon­dir ces menaces, les mouve­ments d’ex­trême droite contem­po­rains manquent de toute vision crédible d’un avenir promet­teur. L’élec­teur moyen ne se voit offrir que des remix d’un passé révolu, aux côtés des plai­sirs sadiques de la domi­na­tion sur un assem­blage toujours plus grand d’autres déshu­ma­ni­sés.

E(…)

L’idéo­lo­gie domi­nante de l’ex­trême droite à notre époque de catas­trophes crois­santes est deve­nue un survi­va­lisme supré­ma­ciste mons­trueux.

C’est terri­fiant dans sa perver­sité, oui. Mais cela ouvre égale­ment de puis­santes possi­bi­li­tés de résis­tance. Parier contre l’ave­nir à cette échelle – miser sur son bunker – c’est trahir, au niveau le plus fonda­men­tal, nos devoirs les uns envers les autres, envers les enfants que nous aimons, et envers toute autre forme de vie avec qui nous parta­geons une maison plané­taire. C’est un système de croyances géno­ci­daire dans son essence et traître à l’émer­veille­ment et à la beauté de ce monde. Nous sommes convain­cus que plus les gens compren­dront jusqu’à quel point la droite a succombé au complexe d’Ar­ma­ged­don, plus ils seront prêts à ripos­ter, réali­sant que tout est désor­mais en jeu.

Nos adver­saires savent parfai­te­ment que nous entrons dans une ère d’ur­gence, mais ils ont réagi en embras­sant des illu­sions mortelles mais égoïstes. Ayant adhéré à diverses fantasmes d’apar­theid de sécu­rité bunke­ri­sée, ils choi­sissent de lais­ser la Terre brûler. Notre tâche est de construire un mouve­ment large et profond, aussi spiri­tuel que poli­tique, suffi­sam­ment fort pour arrê­ter ces traîtres déran­gés. Un mouve­ment enra­ciné dans un enga­ge­ment indé­fec­tible les uns envers les autres, par-delà nos nombreuses diffé­rences et divi­sions, et envers cette planète mira­cu­leuse et singu­lière.

Il n’y a pas si long­temps, c’étaient prin­ci­pa­le­ment les fonda­men­ta­listes reli­gieux qui accueillaient les signes d’apo­ca­lypse avec une exci­ta­tion joyeuse concer­nant l’En­lè­ve­ment tant attendu. Trump a confié des postes cruciaux à des personnes qui sous­crivent à cette ortho­doxie ardente, y compris plusieurs sionistes chré­tiens qui voient l’uti­li­sa­tion par Israël de la violence anéan­tis­sante pour étendre son empreinte terri­to­riale non pas comme des atro­ci­tés illé­gales, mais comme des preuves heureuses que la Terre Sainte se rapproche des condi­tions dans lesquelles le Messie revien­dra, et les fidèles obtien­dront leur royaume céleste.

Mike Hucka­bee, le nouvel ambas­sa­deur confirmé de Trump en Israël, a des liens étroits avec le sionisme chré­tien, tout comme Pete Hegseth, son secré­taire à la Défense. Noem et Russell Vought, l’ar­chi­tecte du Projet 2025 qui dirige main­te­nant le Bureau du budget et de la gestion, sont tous deux de fervents défen­seurs du natio­na­lisme chré­tien. Même Thiel, qui est gay et notoi­re­ment connu pour son style de vie festif, a récem­ment été entendu médi­tant sur l’ar­ri­vée de l’An­té­christ (spoi­ler : il pense que c’est Greta Thun­berg, nous y revien­drons bien­tôt).

(…)

n C’est une personne qui regarde les merveilles du ciel nocturne et ne voit appa­rem­ment que des oppor­tu­ni­tés de remplir cet inconnu d’encre avec ses propres déchets spatiaux. Bien qu’il ait bâti sa répu­ta­tion en aler­tant sur les dangers de la crise clima­tique et de l’IA, lui et ses acolytes du soi-disant « dépar­te­ment d’ef­fi­ca­cité gouver­ne­men­tale » (Doge) passent main­te­nant leurs jour­nées à inten­si­fier ces mêmes risques (et bien d’autres) en suppri­mant non seule­ment les régle­men­ta­tions envi­ron­ne­men­tales, mais des agences régle­men­taires entières, avec l’objec­tif appa­rent de rempla­cer les fonc­tion­naires fédé­raux par des chat­bots.

Qui a besoin d’un État-nation fonc­tion­nel quand l’es­pace extra-atmo­sphé­rique – désor­mais présenté comme l’ob­ses­sion singu­lière de Musk – fait signe ? Pour Musk, Mars est deve­nue une arche sécu­lière, qu’il consi­dère comme essen­tielle à la survie de la civi­li­sa­tion humaine, peut-être via des consciences télé­char­gées dans une intel­li­gence arti­fi­cielle géné­rale. (…)

 En effet, dans une étrange variante du récit de l’An­cien Testament, Musk et ses collègues milliar­daires de la tech, s’étant arrogé des pouvoirs divins, ne se contentent pas de construire les arches. Ils semblent faire de leur mieux pour provoquer le déluge. Les diri­geants d’ex­trême droite d’aujourd’­hui et leurs riches alliés ne se contentent pas de profi­ter des catas­trophes, dans le style du capi­ta­lisme du désastre, mais les provoquent et les plani­fient simul­ta­né­ment.

Qu’en est-il de la base MAGA, cepen­dant ? Tous ne sont pas suffi­sam­ment croyants pour croire sincè­re­ment à l’En­lè­ve­ment, et la plupart n’ont certai­ne­ment pas l’argent pour ache­ter une place dans une « ville de liberté », et encore moins dans une fusée. N’ayez crainte. Le fascisme de fin des temps offre la promesse de nombreuses arches et bunkers plus abor­dables, ceux-là bien à la portée des soldats de base de moindre niveau.

Écou­tez le podcast quoti­dien de Steve Bannon – qui se présente comme le prin­ci­pal média de MAGA – et vous serez bombardé d’un message singu­lier : le monde va à l’en­fer, les infi­dèles fran­chissent les barri­cades, et une bataille finale approche. Soyez prêts. (…)

Le fascisme de fin des temps est un fata­lisme sombre­ment festif – un dernier refuge pour ceux qui trouvent plus facile de célé­brer la destruc­tion que d’ima­gi­ner vivre sans supré­ma­tie Bannon n’ex­horte pas seule­ment son public à créer leurs propres bunkers, bien sûr. Il fait égale­ment avan­cer une vision des États-Unis comme un bunker à part entière, dans lequel les agents de l’ICE (Immi­gra­tion and Customs Enfor­ce­ment) traquent dans les rues, les lieux de travail et les campus, faisant dispa­raître ceux consi­dé­rés comme des enne­mis de la poli­tique et des inté­rêts améri­cains. La nation-bunker est au cœur de l’agenda MAGA, et du fascisme de fin des temps. Dans sa logique, la première tâche consiste à durcir les fron­tières natio­nales et à élimi­ner tous les enne­mis, étran­gers et natio­naux. Ce travail ignoble est main­te­nant bien engagé, l’ad­mi­nis­tra­tion Trump, avec l’aval de la Cour suprême, ayant invoqué l’Alien Enemies Act pour dépor­ter des centaines d’im­mi­grants véné­zué­liens vers Cecot, la désor­mais tris­te­ment célèbre méga-prison au Salva­dor. L’éta­blis­se­ment, qui rase la tête des prison­niers et entasse jusqu’à 100 personnes dans une seule cellule, empi­lées sur des lits super­po­sés sans mate­las, fonc­tionne sous « l’état d’ex­cep­tion » liber­ti­cide déclaré pour la première fois il y a plus de trois ans par le premier ministre du pays, Nayib Bukele, amateur de crypto-monnaies et sioniste chré­tien.

(…) Dans une décla­ra­tion terri­ble­ment franche, le direc­teur par inté­rim de l’ICE, Todd Lyons, a déclaré lors du Border Secu­rity Expo 2025 qu’il souhai­tait voir une approche plus « commer­ciale » de ces dépor­ta­tions, « comme [Amazon] Prime, mais avec des êtres humains ».

Si la surveillance des fron­tières de la nation-bunker est la tâche numéro un du fascisme de fin des temps, la tâche numéro deux est tout aussi impor­tante : que le gouver­ne­ment améri­cain reven­dique toutes les ressources dont ses citoyens proté­gés pour­raient avoir besoin pour traver­ser les temps diffi­ciles à venir. Peut-être s’agit-il du canal de Panama. Ou des routes mari­times du Groen­land en rapide dégel. Ou des miné­raux critiques de l’Ukraine. Ou de l’eau douce du Canada. Nous devrions consi­dé­rer cela moins comme un impé­ria­lisme à l’an­cienne que comme une prépa­ra­tion à l’échelle natio­nale. Les anciennes feuilles de vigne colo­niales de la diffu­sion de la démo­cra­tie ou de la parole de Dieu ont disparu – lorsque Trump scrute le globe avec convoi­tise, il fait des provi­sions pour l’ef­fon­dre­ment de la civi­li­sa­tion.

(…)

Bien qu’elle s’ap­puie sur des tendances persis­tantes de droite – justi­fier des exclu­sions haineuses n’est guère nouveau sous le soleil ethno-natio­na­liste – nous n’avons simple­ment jamais été confron­tés à une telle puis­sante souche apoca­lyp­tique au gouver­ne­ment aupa­ra­vant. La fanfa­ron­nade de « la fin de l’his­toire » de l’ère post-guerre froide est rapi­de­ment supplan­tée par la convic­tion que nous sommes réel­le­ment dans les derniers temps. Doge peut s’en­ve­lop­per dans la bannière de « l’ef­fi­ca­cité » écono­mique, et les subal­ternes de Musk peuvent évoquer des souve­nirs des jeunes « Chicago Boys » formés aux États-Unis qui ont conçu la théra­pie de choc écono­mique pour le régime dicta­to­rial d’Au­gusto Pino­chet, mais il ne s’agit pas simple­ment de l’an­cien mariage entre néoli­bé­ra­lisme et néocon­ser­va­tisme. C’est un nouveau mélange millé­na­riste adora­teur d’argent qui dit que nous devons déman­te­ler la bureau­cra­tie et rempla­cer les humains par des chat­bots afin de réduire « le gaspillage, la fraude et les abus » – et, aussi, parce que la bureau­cra­tie est là où se cachent les démons résis­tants à Trump. C’est là que les bros de la tech fusionnent avec les TheoB­ros, un véri­table groupe de supré­ma­cistes chré­tiens hyper­pa­triar­caux liés à Hegseth et à d’autres dans l’ad­mi­nis­tra­tion Trump.

Comme le fascisme le fait toujours, le complexe d’Ar­ma­ged­don d’aujourd’­hui traverse les classes sociales, liant les milliar­daires à la base MAGA. En raison de décen­nies de stress écono­miques crois­sants, ainsi que de messages inces­sants et habiles oppo­sant les travailleurs les uns aux autres, beau­coup de gens se sentent compré­hen­si­ble­ment inca­pables de se proté­ger de la désin­té­gra­tion qui les entoure (peu importe le nombre de mois de repas prêts à manger qu’ils achètent). Mais il y a des compen­sa­tions émotion­nelles à offrir : vous pouvez applau­dir la fin de la discri­mi­na­tion posi­tive et de la DEI (diver­sité, équité et inclu­sion), glori­fier les expul­sions massives, savou­rer le refus des soins d’af­fir­ma­tion de genre aux personnes trans, diabo­li­ser les éduca­teurs et les travailleurs de la santé qui pensent savoir mieux que vous, et applau­dir la dispa­ri­tion des régle­men­ta­tions écono­miques et envi­ron­ne­men­tales comme moyen de possé­der les libé­raux. Le fascisme de fin des temps est un fata­lisme sombre­ment festif – un dernier refuge pour ceux qui trouvent plus facile de célé­brer la destruc­tion que d’ima­gi­ner vivre sans supré­ma­tie.

C’est aussi une spirale descen­dante auto-renforçante : les attaques furieuses de Trump contre toutes les struc­tures conçues pour proté­ger le public des mala­dies, des aliments dange­reux et des catas­trophes – même pour infor­mer le public lorsque des catas­trophes se dirigent vers lui – renforcent l’ar­gu­ment en faveur du « prep­pe­risme » aux deux extré­mi­tés de l’échelle, tout en créant une myriade de nouvelles oppor­tu­ni­tés de priva­ti­sa­tion et de profit pour les oligarques qui alimentent ce déman­tè­le­ment rapide de l’État social et régle­men­taire.

À l’aube du premier mandat de Trump, le New Yorker a enquêté sur un phéno­mène qu’il a décrit comme « la prépa­ra­tion à l’apo­ca­lypse pour les super-riches ». À l’époque, il était déjà clair qu’à Sili­con Valley et à Wall Street, les survi­va­listes haut de gamme les plus sérieux se prému­nis­saient contre les pertur­ba­tions clima­tiques et l’ef­fon­dre­ment social en ache­tant des espaces dans des bunkers souter­rains sur mesure et en construi­sant des maisons d’éva­cua­tion sur des terrains élevés dans des endroits comme Hawaï (où Mark Zucker­berg a mini­misé l’im­por­tance de son sous-sol de 5 000 pieds carrés en le quali­fiant de « petit abri ») et la Nouvelle-Zélande (où Thiel a acheté près de 500 acres mais a vu son plan de construc­tion d’un complexe survi­va­liste de luxe rejeté par les auto­ri­tés locales en 2022 pour être une horreur visuelle).

Ce millé­na­risme est lié à une série d’autres modes intel­lec­tuelles de la Sili­con Valley, toutes fondées sur la croyance impré­gnée de fin des temps que notre planète se dirige vers un cata­clysme et qu’il est temps de faire des choix diffi­ciles sur quelles parties de l’hu­ma­nité peuvent être sauvées. Le trans­hu­ma­nisme est l’une de ces idéo­lo­gies, englo­bant tout, des « amélio­ra­tions » mineures homme-machine à la quête de télé­char­ger l’in­tel­li­gence humaine dans une intel­li­gence arti­fi­cielle géné­rale encore illu­soire. Il y a aussi l’al­truisme effi­cace et le long-termisme, qui tous deux ignorent les approches redis­tri­bu­tives pour aider ceux qui sont dans le besoin ici et main­te­nant en faveur d’une approche coûts-béné­fices pour faire le plus de bien à long terme.

Bien qu’ils puissent paraître bénins au premier abord, ces idées sont traver­sées par de dange­reux biais raciaux, capa­ci­tistes et de genre sur quelles parties de l’hu­ma­nité valent la peine d’être amélio­rées et sauvées – et lesquelles pour­raient être sacri­fiées pour le prétendu bien de l’en­semble. Ils partagent égale­ment un manque d’in­té­rêt marqué pour abor­der d’ur­gence les facteurs sous-jacents de l’ef­fon­dre­ment – un objec­tif respon­sable et ration­nel qu’une cohorte crois­sante de person­na­li­tés rejette désor­mais acti­ve­ment. Au lieu de l’al­truisme effi­cace, le régu­lier de Mar-a-Lago Andrees­sen et d’autres ont embrassé « l’ac­cé­lé­ra­tion­nisme effi­cace », ou la « propul­sion déli­bé­rée du déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique » sans garde-fous.

(…)

Trois déve­lop­pe­ments maté­riels récents ont accé­léré l’at­trait apoca­lyp­tique du fascisme de fin des temps. Le premier est la crise clima­tique. Bien que certaines person­na­li­tés de premier plan puissent encore publique­ment nier ou mini­mi­ser la menace, les élites mondiales, dont les proprié­tés en bord de mer et les centres de données sont inten­sé­ment vulné­rables aux tempé­ra­tures crois­santes et à l’élé­va­tion du niveau des mers, connaissent bien les dangers rami­fiés d’un monde qui se réchauffe sans cesse. Le deuxième est la COVID-19 : les modèles épidé­mio­lo­giques avaient long­temps prédit la possi­bi­lité qu’une pandé­mie dévaste notre monde globa­le­ment inter­con­necté ; l’ar­ri­vée réelle de celle-ci a été inter­pré­tée par de nombreuses personnes puis­santes comme un signe que nous sommes offi­ciel­le­ment entrés dans ce que les analystes mili­taires améri­cains avaient prévu comme « l’Ère des Consé­quences ». Fini les prédic­tions, c’est en train de se produire. Le troi­sième facteur est l’avan­ce­ment rapide et l’adop­tion de l’IA, un ensemble de tech­no­lo­gies qui ont long­temps été asso­ciées à des terreurs de science-fiction concer­nant des machines se retour­nant contre leurs créa­teurs avec une effi­ca­cité impi­toyable – des craintes expri­mées avec le plus de force par les mêmes personnes qui déve­loppent ces tech­no­lo­gies. Toutes ces crises exis­ten­tielles se super­posent aux tensions crois­santes entre puis­sances dotées d’armes nucléaires.

(…)

Le projet écono­mique du Trump 2.0 est un monstre de Fran­ken­stein des indus­tries qui alimentent toutes ces menaces – combus­tibles fossiles, armes et cryp­to­mon­naies et IA voraces en ressources. Tous les acteurs de ces secteurs savent qu’il n’y a aucun moyen de construire le monde miroir arti­fi­ciel que l’IA promet sans sacri­fier ce monde – ces tech­no­lo­gies consomment trop d’éner­gie, trop de miné­raux critiques et trop d’eau pour que les deux puissent coexis­ter dans une sorte d’équi­libre. Ce mois-ci, l’an­cien diri­geant de Google Eric Schmidt l’a admis, décla­rant au Congrès que les besoins éner­gé­tiques « profonds » de l’IA devraient tripler dans les prochaines années, en grande partie à partir de combus­tibles fossiles, car le nucléaire ne peut pas être mis en service assez rapi­de­ment. Ce niveau de consom­ma­tion qui inci­nère la planète est néces­saire, a-t-il expliqué, pour permettre une intel­li­gence « supé­rieure » à l’hu­ma­nité, un dieu numé­rique s’éle­vant des cendres de notre monde aban­donné.

Et ils sont inquiets – mais pas des menaces réelles qu’ils déchaînent. Ce qui empêche les diri­geants de ces indus­tries enche­vê­trées de dormir la nuit, c’est la pers­pec­tive d’un réveil civi­li­sa­tion­nel – d’ef­forts gouver­ne­men­taux sérieux et coor­don­nés au niveau inter­na­tio­nal pour contrô­ler leurs secteurs voyous avant qu’il ne soit trop tard. Du point de vue de leurs résul­tats en constante expan­sion, l’apo­ca­lypse n’est pas l’ef­fon­dre­ment ; c’est la régle­men­ta­tion.

Le fait que leurs profits soient basés sur la dévas­ta­tion plané­taire aide à expliquer pourquoi le discours bien­fai­sant parmi les puis­sants cède la place à des expres­sions ouvertes de mépris pour l’idée que nous nous devons quelque chose les uns aux autres en vertu de notre huma­nité parta­gée. La Sili­con Valley en a fini avec l’al­truisme, effi­cace ou non. Mark Zucker­berg de Meta aspire à une culture qui célèbre « l’agres­sion ». Alex Karp, parte­naire commer­cial de Thiel chez Palan­tir Tech­no­lo­gies, répri­mande « l’auto-flagel­la­tion » des « perdants » qui remettent en ques­tion la supé­rio­rité améri­caine et les avan­tages des systèmes d’armes auto­nomes (et, par asso­cia­tion, les contrats mili­taires lucra­tifs qui ont fait l’im­mense fortune de Karp). Musk informe Joe Rogan que l’em­pa­thie est « la faiblesse fonda­men­tale de la civi­li­sa­tion occi­den­tale » et il s’em­porte, après avoir échoué à ache­ter une élec­tion à la Cour suprême dans le Wiscon­sin : « Il semble de plus en plus que l’hu­ma­nité est un char­geur d’amorçage biolo­gique pour la super­in­tel­li­gence numé­rique. » Ce qui signi­fie que nous, humains, ne sommes que du grain à moudre pour Grok, le service d’IA qu’il possède. (Il nous a bien dit qu’il était « MAGA sombre » – et il n’est pas le seul.)

(…)

Un choix indi­ci­ble­ment sinistre est en train d’être fait sous nos yeux et sans notre consen­te­ment : les machines plutôt que les humains, l’ina­nimé plutôt que l’animé, les profits avant tout le reste. Avec une rapi­dité stupé­fiante, les méga­lo­manes de la big tech ont discrè­te­ment révisé à la baisse leurs enga­ge­ments de neutra­lité carbone et se sont alignés aux côtés de Trump, déter­mi­nés à sacri­fier les ressources réelles et précieuses de ce monde et sa créa­ti­vité sur l’au­tel d’un domaine virtuel vampi­rique. C’est le dernier grand braquage, et ils se préparent à traver­ser les tempêtes qu’ils sont eux-mêmes en train d’in­voquer – et ils tente­ront de diffa­mer et de détruire quiconque se mettra en travers de leur chemin.

Consi­dé­rez le récent séjour euro­péen de Vance, où le vice-président a harcelé les diri­geants mondiaux pour leurs « tergi­ver­sa­tions sur la sécu­rité » concer­nant l’IA destruc­trice d’em­plois tout en exigeant que les discours nazis et fascistes restent non restreints en ligne. À un moment donné, il a fait une remarque révé­la­trice, s’at­ten­dant à un rire qui n’est jamais venu : « Si la démo­cra­tie améri­caine peut survivre à 10 ans de sermons de Greta Thun­berg, vous pouvez survivre à quelques mois d’Elon Musk. »

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Pourquoi Thun­berg, pourquoi main­te­nant ? (…) Il y a peut-être aussi autre chose chez Thun­berg qui les effraie : son enga­ge­ment indé­fec­tible envers cette planète et les nombreuses formes de vie qui l’ap­pellent leur foyer – pas envers des simu­la­tions de ce monde géné­rées par l’IA, ni envers une hiérar­chie de ceux qui méritent de vivre et ceux qui ne le méritent pas, ni envers aucun des divers fantasmes d’éva­sion extra-plané­taires que les fascistes de fin des temps vendent.

Elle s’en­gage à rester, tandis que les fascistes de fin des temps ont, du moins dans leur imagi­na­tion, déjà quitté ce domaine, instal­lés dans leurs opulents abris ou trans­cen­dés vers l’éther numé­rique, ou vers Mars.

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Comment briser cette fièvre apoca­lyp­tique ? D’abord, nous nous aidons mutuel­le­ment à faire face à la profon­deur de la dépra­va­tion qui a saisi la droite dure dans tous nos pays. Pour avan­cer avec concen­tra­tion, nous devons d’abord comprendre ce simple fait : nous sommes confron­tés à une idéo­lo­gie qui a renoncé non seule­ment aux prémisses et à la promesse de la démo­cra­tie libé­rale, mais à l’ha­bi­ta­bi­lité de notre monde partagé – à sa beauté, à ses habi­tants, à nos enfants, aux autres espèces. Les forces auxquelles nous sommes confron­tés ont fait la paix avec la mort de masse. Elles sont traîtres à ce monde et à ses habi­tants humains et non humains.

Deuxiè­me­ment, nous oppo­sons à leurs récits apoca­lyp­tiques une bien meilleure histoire sur la façon de survivre aux temps diffi­ciles à venir sans lais­ser personne de côté. Une histoire capable de vider le fascisme de fin des temps de son pouvoir gothique et de galva­ni­ser un mouve­ment prêt à tout mettre en jeu pour notre survie collec­tive. Une histoire non pas de fin des temps, mais de temps meilleurs ; non pas de sépa­ra­tion et de supré­ma­tie, mais d’in­ter­dé­pen­dance et d’ap­par­te­nance ; non pas de fuite, mais de rester sur place et de rester fidèle à la réalité terrestre trou­blée dans laquelle nous sommes enche­vê­trés et liés.

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Cet avenir néces­si­te­rait sa propre apoca­lypse, sa propre fin du monde et révé­la­tion, bien que d’une nature très diffé­rente. Car comme l’a observé la cher­cheuse en matière de police Robyn Maynard : « Pour rendre possible la survie plané­taire terrestre, certaines versions de ce monde doivent prendre fin. »

Nous avons atteint un point de choix, non pas sur la ques­tion de savoir si nous sommes confron­tés à l’apo­ca­lypse, mais sur la forme qu’elle pren­dra. Les sœurs mili­tantes Adrienne Maree et Autumn Brown ont récem­ment abordé ce sujet dans leur podcast juste­ment nommé, Comment survivre à la fin du monde. En ce moment, alors que le fascisme de fin des temps fait la guerre sur tous les fronts, de nouvelles alliances sont essen­tielles. Mais au lieu de deman­der : « Parta­geons-nous tous la même vision du monde ? » Adrienne nous exhorte à deman­der : « Est-ce que votre cœur bat et avez-vous l’in­ten­tion de vivre ? Alors venez par ici et nous compren­drons le reste de l’autre côté. »

Pour avoir l’es­poir de combattre les fascistes de la fin des temps, avec leurs cercles concen­triques toujours plus restric­tifs et asphyxiants d’« amour ordonné », nous aurons besoin de construire un mouve­ment indis­ci­pliné et au cœur ouvert des fidèles aimant la Terre : fidèles à cette planète, à ses habi­tants, à ses créa­tures et à la possi­bi­lité d’un avenir vivable pour nous tous. Fidèles à ici. Ou, pour citer à nouveau Anohni, cette fois en réfé­rence à la déesse en laquelle elle place main­te­nant sa foi : « Avez-vous cessé de consi­dé­rer que cela aurait pu être sa meilleure idée ? »

Naomi Klein et Astra Taylor

• Naomi Klein est chro­niqueuse et rédac­trice pour The Guar­dian. Elle est profes­seure de justice clima­tique et codi­rec­trice du Centre pour la justice clima­tique à l’Uni­ver­sité de Colom­bie-Britan­nique. Son dernier livre Doppel­gan­ger : A Trip into the Mirror World sera publié en septembre.

• Articles de Naomi Klein dans The Guar­dian :
https://www.theguar­dian.com/profile/naomik­lein

• Astra Taylor est écri­vaine, orga­ni­sa­trice et docu­men­ta­riste. Ses livres incluent The People’s Plat­form : Taking Back Power and Culture in the Digi­tal Age, récom­pensé par l’Ame­ri­can Book Award, et Demo­cracy May Not Exist, but We’ll Miss It When It’s Gone. Son film le plus récent est What Is Demo­cracy ?

• Articles d’As­tra Taylor dans The Guar­dian :
https://www.theguar­dian.com/profile/astra-taylor

The Guar­dian.
https://www.theguar­dian.com/us-news/ng-inter­ac­tive/2025/apr/13/end-times-fascism-far-right-trump-musk
Traduit pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-soli­daire.org/spip.php?arti­cle74594

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El auge del fascismo del fin de los tiem­pos
https://vien­to­sur.info/el-auge-del-fascismo-del-fin-de-los-tiem­pos/

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