28 juin 2026

Clémentine Autain, 25 juin.  » Le capitalisme basé sur les énergies fossiles nous tue. « 

Une fois encore, ils savaient et ils n’ont rien fait.

90% de la population est placée sous vigilance orange ou rouge, dans 89 départements. Un record ! Les êtres humains sont en souffrance, physique et psychique. Des milliers de personnes vont encore mourir de la canicule cette année. Les fortes chaleurs mettent également la végétation et la faune en danger.

Nous avançons vers le précipice alors que les solutions sont connues.

Sur le banc des accusés : un capitalisme reposant sur les énergies fossiles. Ce système économique qui fait primer la loi du profit sur nos vies est accompagné, encouragé, par des décisions politiques. C’est un choix. Nous pouvons donc en faire un autre.

Les irresponsables qui nous gouvernent font mine d’être pris de court devant la canicule.  Comment ne pas avoir la rage ? Le constat scientifique est sur la table depuis les années 1960. Le fameux rapport Meadows pointait dès 1972 les conséquences d’un modèle fondé sur la croissance illimitée dans un monde aux ressources finies. Le premier rapport du GIEC, c’est 1990. Nous étions prévenus.

Pendant ce temps, l’inaction climatique s’est tranquillement installée au sommet de l’État. Pire, les reculs sont même de saison sous Macron. Le budget du « fonds vert », crée en 2023 pour financer les projets des collectivités locales destinés à accélérer la transition écologique et nos capacités à faire face aux épisodes caniculaires, a été divisé par… 3 ! Et pendant ce temps l’IA, dont l’empreinte carbone est catastrophique, devient l’horizon enviable des dirigeants. On marche sur la tête.

Ce ne sont pas les discours climato-sceptiques voire négationnistes qui ont pris le dessus. Ce sont les intérêts de multinationales. Total publiait en 1971 un article sur les conséquences préoccupantes de la combustion d’énergie fossile pour l’atmosphère. Ces conclusions ont été méthodiquement enterrées. Une étude de 2017 a montré que le groupe pétrolier américain ExxonMobil savait depuis les années 1980 que le changement climatique était réel et causé par des activités humaines. Mais là encore, ces informations ont été enterrées au profit d’une propagande visant à protéger les profits des groupes pétroliers. Et n’oublions pas les banques commerciales qui ont prêté main forte à cette expansion des énergies fossiles.

Si les gouvernements successifs se couchent devant les lobbys économiques, c’est que leur idéologie correspond à leurs intérêts. En dehors de la croissance et de la compétitivité, point de salut pour ces assassins de l’écosystème.

Et maintenant, devant le déjà-là de la catastrophe, c’est encore aux gestes individuels que le pouvoir renvoie. Il faut entendre la Ministre de la Santé nous raconter en direct sur BFM : « la canicule, ça concerne chacune et chacun d’entre nous » (sans rire). Et de nous recommander de boire de l’eau, d’éviter de faire du sport ou de tempérer nos logements. La réponse ultime ? Un numéro vert ! Consternant.

Je le dis avec force : seul un changement structurel de notre organisation sociale et économique peut nous protéger.

Cela suppose de combattre les logiques capitalistes et productivistes par des politiques publiques fortes. La fiscalité et la règlementation sont des leviers. Un ensemble de mesures concrètes doivent, dans le même temps, être mises en œuvre avec volontarisme : investir massivement dans la rénovation thermique, transformer notre système agricole, prioriser les usages de l’eau, développer les transports collectifs dans les zones urbaines et rendre accessibles les voitures électriques dans les territoires ruraux et périurbains, maitriser le développement de l’IA…

Le préalable, c’est de cesser de considérer que « There is no alternative » au capitalisme prédateur et destructeur, à la soumission du pouvoir politique aux intérêts de quelques multinationales. C’est même là que commence la démocratie.

Face au dérèglement climatique, sécuriser nos vies suppose de renouer avec l’esprit public et de partager les richesses comme les ressources. C’est dit. Maintenant il faut le faire.

Clémentine Autain

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