13 mai 2026

Commu­niqué. « Santé mentale des jeunes : une prio­rité sans moyens ! »

COMMUNIQUÉ COLLECTIF

Santé mentale des jeunes : une prio­rité sans moyens !

La multi­pli­ca­tion des alertes sur la santé mentale des jeunes est désor­mais large­ment recon­nue. Parents, ensei­gnants, profes­sion­nels de la petite enfance, de la santé scolaire, du médico-social et du soin décrivent aujourd’­hui le même désar­roi face aux diffi­cul­tés crois­santes des enfants et adoles­cents et à l’in­suf­fi­sance des réponses dispo­nibles.

Sur le terrain, familles et profes­sion­nels se heurtent à une même réalité : l’ac­cès effec­tif au soin devient de plus en plus diffi­cile. Les polé­miques atti­sées autour des diffé­rentes approches du soin masquent une ques­tion plus concrète : celle des condi­tions réelles d’ac­cueil des enfants et adoles­cents en souf­france psychique.

La crise actuelle de la pédo­psy­chia­trie révèle des diffi­cul­tés plus larges qui touchent l’en­semble des métiers de l’en­fance : école, protec­tion de l’en­fance, médico-social, pédia­trie.

Partout, le constat est simi­laire : les situa­tions rencon­trées sont plus précoces, plus complexes et plus imbriquées, tandis que les capa­ci­tés d’ac­com­pa­gne­ment dimi­nuent. Les délais d’at­tente s’al­longent. Les ensei­gnants accueillent des élèves dont les diffi­cul­tés dépassent le cadre scolaire. L’im­por­tance du repé­rage par l’en­semble des person­nels des écoles est recon­nue ; cepen­dant, les services de méde­cine scolaire, eux-mêmes en tension, assurent diffi­ci­le­ment leur rôle d’ex­per­tise et d’ana­lyse diagnos­tique préa­lable à l’orien­ta­tion vers les services de soin. Les services de protec­tion de l’en­fance peinent à fidé­li­ser leurs profes­sion­nels et à répondre aux besoins spéci­fiques des enfants et adoles­cents confiés. Les profes­sion­nels de santé reçoivent des souf­frances qu’ils ne peuvent orien­ter, en parti­cu­lier aux urgences pédia­triques, et la méde­cine de l’ado­les­cent n’est pas soute­nue dans son déve­lop­pe­ment.

Face à ces tensions, l’ex­pli­ca­tion avan­cée par les tutelles porte souvent sur les pratiques ou l’or­ga­ni­sa­tion. Le risque majeur est alors de trans­for­mer un problème struc­tu­rel en débat tech­nique. Car une contra­dic­tion traverse aujourd’­hui toutes les insti­tu­tions de l’en­fance : on demande d’ac­com­pa­gner davan­tage d’en­fants, plus tôt et plus inten­si­ve­ment, tout en n’oc­troyant pas aux équipes et aux lieux de soin de proxi­mité des moyens à la mesure des besoins, qui augmentent dras­tique­ment.

L’ac­tion publique met de plus en plus l’ac­cent sur ce qui est immé­dia­te­ment visible : évalua­tions, proto­coles, indi­ca­teurs, diagnos­tics précoces. Ces outils peuvent être utiles, mais ils ne remplacent pas le soin. Nommer une diffi­culté n’équi­vaut pas à la trai­ter. La capa­cité à iden­ti­fier les troubles progresse plus vite que la capa­cité à les prendre en charge.

Paral­lè­le­ment, les annonces d’in­no­va­tion se multi­plient : dispo­si­tifs expé­ri­men­taux, plate­formes d’orien­ta­tion, programmes pilotes. Ces initia­tives ne compensent pas le manque de prises en charge suffi­sam­ment inten­sives et faci­le­ment acces­sibles. Un dispo­si­tif nouveau ne remplace ni un profes­sion­nel dispo­nible ni un lieu d’ac­cueil stable et, à moyens constants, il fragi­lise les dispo­si­tifs exis­tants.

Dans ce mouve­ment, les situa­tions les plus complexes dispa­raissent des radars. Les enfants et les adoles­cents dont les diffi­cul­tés mêlent troubles psychiques, troubles du déve­lop­pe­ment et vulné­ra­bi­li­tés sociales entrent mal dans des caté­go­ries simples. Ils circulent alors d’un dispo­si­tif à l’autre sans solu­tion durable.

Le para­doxe devient évident : la santé psychique des jeunes est affir­mée comme une prio­rité, tandis que l’ac­cès concret au soin se fragi­lise et que perdure le manque criant d’uni­ver­si­taires en psychia­trie de l’en­fant et de l’ado­les­cent pour former les ressources médi­cales néces­saires.

Les diffi­cul­tés de recru­te­ment le montrent clai­re­ment. Pédo­psy­chiatres, psycho­logues, psycho­mo­tri­ciens, infir­miers, éduca­teurs, ensei­gnants spécia­li­sés, ortho­pho­nistes ou assis­tants sociaux quittent des secteurs qu’ils avaient pour­tant choi­sis. Ce n’est pas une crise de voca­tion, mais un épui­se­ment face aux condi­tions d’exer­cice : trop d’en­fants pour trop peu d’adultes, trop de respon­sa­bi­li­tés pour trop peu de moyens, et un mana­ge­ment hors sol.

Un enfant en diffi­culté psychique n’a pas seule­ment besoin d’une évalua­tion, mais surtout de soins asso­ciant sa famille et néces­si­tant un cadre stable, des rela­tions fiables et une conti­nuité de prise en charge.

Il est urgent de prendre en compte l’ex­pé­rience vécue des familles, des enfants et des adoles­cents : l’at­tente, les ruptures de suivi, le désar­roi face à l’ab­sence de réponses adap­tées, l’er­rance ; et de propo­ser une action publique digne de leurs attentes.

Il n’est pas trop tard pour agir. De très nombreux profes­sion­nels de l’en­fance et de l’ado­les­cence restent mobi­li­sés, mais ne se sentent ni recon­nus ni soute­nus par leurs tutelles respec­tives.

La santé mentale de l’en­fant et de l’ado­les­cent concerne simul­ta­né­ment la santé, l’édu­ca­tion, le médico-social et la protec­tion de l’en­fance. Elle suppose une coor­di­na­tion réelle des poli­tiques publiques et des finan­ce­ments iden­ti­fiés et pérennes.

Un véri­table plan natio­nal dédié à la santé mentale des enfants et des adoles­cents permet­trait d’ar­ti­cu­ler préven­tion, soin et accom­pa­gne­ment, de réin­ves­tir les soins de proxi­mité et d’évi­ter une orga­ni­sa­tion frag­men­tée oppo­sant indû­ment troubles du neuro­dé­ve­lop­pe­ment et troubles psychiques.

Au-delà des débats de méthodes, la ques­tion posée est simple : voulons-nous réel­le­ment soigner les enfants et adoles­cents en diffi­culté, ou seule­ment consta­ter leur souf­france ?

Une poli­tique publique ne se juge pas à ses annonces, mais aux enfants, adoles­cents et familles qu’elle parvient effec­ti­ve­ment à accueillir dans de véri­tables parcours de soins.

Les signa­taires

  • Asso­cia­tion des Jeunes Psychiatres et des Jeunes Addic­to­logues (AJPJA)
  • Asso­cia­tion des méde­cins conseillers tech­niques de l’Édu­ca­tion natio­nale (ASCOMED)
  • Asso­cia­tion des Psychiatres Infanto-Juvé­niles de Secteur Sani­taire et Médico-Social (API)
  • Asso­cia­tion Française de Psychia­trie – Syndi­cat des Psychiatres Français (AFP-SPF)
  • Asso­cia­tion Française des Psychiatres d’Exer­cice Privé – Syndi­cat Natio­nal des Psychiatres Privés (AFPEP-SNPP)
  • Asso­cia­tion Française des Psycho­logues de l’Édu­ca­tion natio­nale (AFPEN)
  • Asso­cia­tion inter­na­tio­nale d’eth­no­psy­cha­na­lyse (AIEP)
  • Asso­cia­tion natio­nale des direc­teurs de l’en­fance et de la famille (ANDEF)
  • Asso­cia­tion Natio­nale des Psychiatres Prési­dents et Vice-Prési­dents de Commis­sions Médi­cales d’Éta­blis­se­ment des Centres Hospi­ta­liers (ANPCME)
  • Asso­cia­tion Santé Mentale du 13e (ASM13)
  • CNU de pédo­psy­chia­trie
  • Collec­tif natio­nal pour la santé des jeunes

–       Asso­cia­tion Natio­nale des Maisons des Adoles­cents (ANMDA)

–       Asso­cia­tion Natio­nale des Points Accueil Écoute Jeunes (ANPAEJ)

–       Conven­tion Natio­nale des Asso­cia­tions de Protec­tion de l’En­fant (CNAPE)

–       École des Parents et des Éduca­teurs – Fil Santé Jeunes (EPE Ile-de-France)

–       Fédé­ra­tion Addic­tion

–       Fédé­ra­tion des Espaces Santé Jeunes (FEST)

–       Fédé­ra­tion Natio­nale des Écoles des Parents et des Éduca­teurs (FNEPE)

–       Union Natio­nale pour l’Ha­bi­tat des Jeunes (UNHAJ)

  • Confé­rence natio­nale des prési­dents et vice-prési­dents de commis­sions médi­cales d’éta­blis­se­ment des centres hospi­ta­liers spécia­li­sés
  • Conseil natio­nal de la protec­tion de l’en­fance (CNPE)
  • Évolu­tion Psychia­trique
  • Fédé­ra­tion des CMPP (FDCMPP)
  • Fédé­ra­tion des Ortho­pho­nistes de France (FOF)
  • Fédé­ra­tion Française Anorexie Bouli­mie (FFAB)
  • Fédé­ra­tion Française de Psychia­trie (FFP)
  • Fédé­ra­tion française des centres ressources pour les inter­ve­nants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS)
  • Fédé­ra­tion Française des Psycho­logues et de Psycho­lo­gie (FFPP)
  • Fédé­ra­tion Française des psycho­mo­tri­ciens (FFP)
  • Fédé­ra­tion hospi­ta­lière de France (FHF)
  • Fédé­ra­tion natio­nale des asso­cia­tions d’usa­gers en psychia­trie (FNAPSY)
  • Groupe natio­nal des établis­se­ments publics sociaux et médico-sociaux (GEPSo)
  • Inter­syn­di­cale de Défense de la Psychia­trie Publique (IDEPP)
  • LAMEVIT Asso­cia­tion des mille et une victimes d’in­ceste et de trau­ma­tismes
  • Main à l’oreille
  • Prin­temps de la psychia­trie
  • Société de l’In­for­ma­tion Psychia­trique (SIP)
  • Société Française de Psychia­trie de l’En­fant et de l’Ado­les­cent et Disci­plines Asso­ciées (SFPEADA)
  • Société Française des Méde­cins Réfé­rents Protec­tion de l’En­fance (SFMRPE)
  • Société Française pour la Santé de l’Ado­les­cent (SFSA)
  • Syndi­cat des Psychiatres d’Exer­cice Public (SPEP)
  • Syndi­cat des Psychiatres des Hôpi­taux (SPH)
  • Syndi­cat Natio­nal d’Union des Psycho­mo­tri­ciens (SNUP)
  • Syndi­cat Natio­nal des Méde­cins de Protec­tion Mater­nelle et Infan­tile (SNMPMI)
  • Syndi­cat natio­nal des psycho­logues (SNP)
  • Union natio­nale inter­fé­dé­rale des œuvres et orga­nismes privés non lucra­tifs sani­taires et sociaux (Uniopss)
  • Union Syndi­cale de la Psychia­trie (USP)

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