3 mai 2026

Immigration. Le désaccord de Clémentine Autain avec François Ruffin.

Ce que Ruffin a dit à la veille de la journée internationales des travailleuses et des travailleurs, sur divers médias:

« Je suis hostile à l’immigration de travail », « absolument opposé à l’importation de main d’œuvre », « la France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens ou roumains », la France devrait former « ses propres médecins »

La réponse de Clémentine Autain. extraits.

Immigration : mon désaccord avec Francois Ruffin

(…)

Sa note de blog interroge dès son titre : « Pourquoi le Medef veut 3,9 millions de travailleurs immigrés ? ». Là encore, le raisonnement induit d’emblée que comme le Medef veut importer une main d’œuvre étrangère et que nous sommes opposés au Medef, il faudrait rejeter l’idée de travailleurs étrangers. Le chiffre choisi a également son importance car il charrie l’imaginaire d’une submersion migratoire. Ramené par année, la proposition patronale, c’est 162.000 immigrés, soit très peu au regard de la population française. Quand François Ruffin continue de s’expliquer sur BFM en disant : « donnez à ces emplois de meilleurs salaires et un meilleur statut, et vous verrez, ils trouveront preneurs ! », il sous-entend que c’est la condition pour que les personnes de nationalité française acceptent d’occuper ces emplois pénibles…. et que nous n’ayons donc plus besoin d’immigrés ?

L’immigration, une richesse pas un fardeau

Non, la France ne doit pas cesser, demain, d’être enrichie par les vagues migratoires. Depuis 150 ans, la France est une terre d’immigration, comme le montrent les travaux notamment de François Héran, et doit le rester. (…)

Une France fermée, c’est une nation sans avenir

(…) La France doit prendre sa part de l’accueil des exilés – et ils/elles doivent pouvoir trouver un emploi, les papiers constituant une garantie contre la surexploitation en régime capitaliste. Aujourd’hui, elle ne le fait pas. C’est moralement contestable. C’est aussi une aberration au regard des défis qui nous attendent.

En effet, nous allons être touchés par le déficit démographique. Les néolibéraux en profitent pour justifier la casse de notre modèle social, à commencer par notre système de retraite jugé infinançable avec la baisse des naissances. Le RN, et une grande partie de la droite dont Emmanuel Macron, défend une politique nataliste en assignant les femmes au « réarmement démographique » ! Or les flux migratoires sont là : ce sont des faits sociaux, et ils ne s’arrêteront ni avec des discours de rejet, ni avec des barbelés aux frontières. Au lieu de dresser des murs et des priorités pour les personnes nées sur notre sol, pourquoi ne pas envoyer un message positif aux immigrés qui sont là et contribuent à développer notre modèle social et écologiste, ne serait-ce que par leurs cotisations et les impôts qu’ils acquittent ? Ce message se traduirait concrètement par un accueil digne, sans xénophobie dans nos discours, sans cauchemar dans les étapes administratives, avec des moyens pour l’apprentissage de la langue et des lois plus ouvertes pour obtenir des titres de séjour.

Se donner les moyens de l’accueil

Les mouvements migratoires, contraints et choisis, sont des phénomènes sociaux qui ne s’arrêtent pas avec des murs aux frontières. Nous allons y être confrontés à l’avenir de façon plus massive, notamment en raison des guerres et du dérèglement climatique. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les pays plus pauvres accueillir les plus pauvres ? Nous devons répéter inlassablement que les migrations concernent en premier lieu les pays pauvres qui accueillent 90 % des migrants et dont seule une petite minorité parvient, dans des conditions souvent épouvantables, dans les pays riches. Et que parmi ceux-ci, la France est l’un des pays qui accueillent le moins. Notre priorité doit être de donner des droits à celles et ceux qui viennent travailler sur notre sol ou se regrouper familialement. Il nous faut accroître les moyens de l’accueil, et non accumuler les lois qui plongent dans l’illégalité, la précarité, l’injustice.

Ne jamais diviser les travailleurs !

Je refuse d’opposer les travailleurs entre eux, de les distinguer en fonction de leur nationalité. Les travailleurs et travailleuses sont d’abord des travailleurs et des travailleuses, et je me bats pour abaisser l’exploitation subie, par toutes et tous.

(…) Ne pas tenir tête sur l’immigration, c’est prendre le risque d’être balayé, avec le déshonneur moral.

(…) nous serons victorieux si nous donnons à voir une cohérence d’ensemble, un projet de société fondé sur le partage, l’extension du socle des droits, la solidarité. En entier, pas à moitié.

La question de l’immigration a déjà produit des déflagrations et des divisions à gauche. (…)

(…)

Clémentine Autain

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.