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Démo­cra­tie et effet de serre

Le 06 juin La Région avait invité une centaine de citoyen(e)s de la région encore Poitou-Charentes à débattre du chan­ge­ment clima­tique suivant la formule de la « démo­cra­tie parti­ci­pa­tive ». Mais quel est le vrai moteur de cette démo­cra­tie et quel en est le résul­tat ?

Retour d’ex­pé­rience sur cette exer­cice de démo­cra­tie parti­ci­pa­tive appliquée au réchauf­fe­ment clima­tique. Ayant parti­cipé à cette jour­née, j’ap­porte une appré­cia­tion sur cette confé­rence-débat.

Sur la forme, une avan­cée démo­cra­tique incon­tes­table

Ce type de consul­ta­tion marque un grand progrès démo­cra­tique car chacun a le temps de s’ expri­mer grâce à la répar­ti­tion des parti­ci­pants par groupes de 6 avec l’aide d’un ordi­na­teur à chaque table qui saisit instan­ta­né­ment les idées émises. Une synthèse des notes ainsi saisies est ensuite commu­niquée à l’ assem­blée.

Le duplex avec le Séné­gal a apporté une dimen­sion inter­na­tio­nale, une réso­nance au problème traité, ce qui a favo­risé la prise conscience du problème clima­tique avec son ampleur plané­taire.

Sur le fond, une réelle frus­tra­tion subsiste

Le thème de cette jour­née portait sur le réchauf­fe­ment clima­tique, en vue de la COP 21. Des vidéos bien réali­sées intro­dui­saient les diffé­rents thèmes du débat. Les temps consa­crés au débat et à la réflexion permet­taient une large expres­sion. A titre de synthèse, l’opi­nion des parti­ci­pants appa­rais­sait sous formes de QCM (ques­tion à choix multiples) , ce qui consti­tue en prin­cipe une bonne tech­nique de sondage,

MAIS :

dans cette démo­cra­tie parti­ci­pa­tive, la parti­ci­pa­tion de l’or­ga­nisme orga­ni­sa­teur (la Région) reste beau­coup trop prégnante : Tous les sujets qui auraient pu critiquer, voire contra­rier le gouver­ne­ment actuel ont été soigneu­se­ment évités. Ceci est parti­cu­liè­re­ment regret­table dans l’op­tique de la COP 21. Si cette confé­rence se déroule à l’ image de la confé­rence de Poitiers, elle ne fera pas mieux que les précé­dentes COP et ratera son but car :

  • La grande ques­tion des écono­mies d’ éner­gies que les socié­tés déve­lop­pées devraient effec­tuer pour dimi­nuer leur empreinte carbone a été écar­tée.
  • Les causes du dérè­gle­ment clima­tique ne sont pas analy­sées. Partant de là, les remèdes demeurent introu­vables. On n’ a pas remis en cause les systèmes écono­miques qui sont pour­tant respon­sables du réchauf­fe­ment clima­tique actuel : surcon­som­ma­tion, gaspillages éner­gé­tiques, pillage des ressources natu­relles, dans un mépris total de l’ envi­ron­ne­ment….
  • Une poli­tique qui aurait pour but la baisse des émis­sions de GES est-elle compa­tible avec une poli­tique de crois­sance univer­selle recher­chée pour réduire le chômage qui affecte tous les pays du monde ? La ques­tion n’étant pas posée, la réponse reste en suspens.
  • Le risque de lobbying de la part des spon­sors à La COP 21 n’ a pas été traité. Le lobby du nucléaire (EDF, caisse des dépôts), le lobby de l’hy­per consom­ma­tion (JC Decaux), et le lobby de la consom­ma­tion de carbu­rant (Renault, Air France) …vont-ils contrô­ler la confé­rence ? On peut le craindre.
  • L’ ordre du jour ne retient pas l’op­por­tu­nité de sortir du nucléaire dans le cadre de la tran­si­tion éner­gé­tique, alors que le choix de l’ aban­don du nucléaire est fait par de nombreux pays et qu’il est souhaité par une majo­rité de français.
  • On n’ a pas cher­ché de solu­tions pratiques pour mener une poli­tique d’éco­no­mies et d’ef­fi­ca­cité des éner­gies, on se contente d’ incan­ta­tions géné­rales sur des taux de réduc­tion et de philo­so­pher sur le carac­tère plus ou moins contrai­gnant des mesures à prendre ou sur l’ef­fi­ca­cité de taxes carbone.
  • Les QCM qui synthé­tisent les débats l’en­cadrent trop et enferment l’opi­nion dans le champ de pensée choisi par le ques­tion­neur.

En consé­quence et pour conclure : la démo­cra­tie a besoin de liberté !

Cette démo­cra­tie parti­ci­pa­tive est en fait trop sélec­tive. Sélec­tive dans le choix des parti­ci­pants. Sélec­tive dans le choix des sujets trai­tés. Sélec­tive dans les réponses propo­sées dans les QCM. Cette sélec­ti­vité nuit à la fécon­dité du débat qui souffre d’un enca­dre­ment exces­sif.

La répar­ti­tion du pouvoir entre celui des élus et celui des citoyens reste mal assu­rée : la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive reste prédo­mi­nante par rapport à la démo­cra­tie « parti­ci­pa­tive ». Par ailleurs, actuel­le­ment les ONG et les asso­cia­tions expriment mieux l’opi­nion publique que les partis poli­tiques qui demeurent prison­niers de leur dogme et qui subissent l’ influence des lobbies.

Il serait construc­tif d’or­ga­ni­ser des forums parti­ci­pa­tifs et contra­dic­toires sur le thème de la démo­cra­tie, ou sur le thème du nucléaire, civil et mili­taire, par exemples. Mais l’or­ga­ni­sa­tion de ces forum devraient être elle aussi parti­ci­pa­tive, afin d’éla­bo­rer l’ ordre du jour et les ques­tions à poser ( QCM) qui consti­tuent la synthèse du débat. Pour être créa­tive et effi­cace , la procé­dure démo­cra­tique doit respec­ter l’ou­ver­ture et le plura­lisme des points de vue, sans tabous ni parti pris.

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La démo­cra­tie aussi est en recherche de crois­sance, ne doutons pas qu’un jour elle atteigne sa taille adulte.

Jacques Terra­cher, le 13/06/2015 .

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