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Et si on avait une Stra­té­gie indus­trielle ?

Tribune de Clémen­tine Autain
http://clemen­tine-autain.fr/et-si-on-avait-une-stra­te­gie-indus­trielle/

Pour faire face au coro­na­vi­rus et répondre, dans la durée, aux besoins essen­tiels. Les manque­ments frappent aujourd’­hui là où nous avons alerté maintes fois.

Comment est-il possible, à l’heure de la crise sani­taire, que nous n’ayons pas les moyens, dans la VIe puis­sance écono­mique mondiale, de produire autant de masques, de gants ou de gel hydro­al­coo­lique que de besoins ? Pourquoi en décembre 2018 avons-nous laissé l’en­tre­prise Luxfer être délo­ca­li­sée, cette usine qui produi­sait des bouteilles à oxygène dans le Puy-de-Dôme qui font main­te­nant cruel­le­ment défaut dans les hôpi­taux ? Comment se fait-il que 100% du para­cé­ta­mol dispo­nible en France soit importé d’Asie, nous mettant face à une poten­tielle pénu­rie alors que nous luttons contre le Covid19 ? Quelle impro­bable stra­té­gie de court terme a pu conduire l’État, il y a dix ans, à détruire les stocks de masques chirur­gi­caux et FFP2 ? Nous réali­sons à quel point les choix d’hier nous mettent dans le mur en pleine crise sani­taire. Ce ne sont pas des ques­tions de spécia­listes mais bel et bien des enjeux majeurs de souve­rai­neté et d’an­ti­ci­pa­tion, qui nous concerne toutes et tous.

À plusieurs reprises depuis le début du quinquen­nat, insou­mis ou commu­nistes, nous avons inter­rogé le gouver­ne­ment sur sa stra­té­gie indus­trielle, en regret­tant que, comme leurs prédé­ces­seurs, les macro­nistes dila­pident des entre­prises déte­nues par l’État, soient inca­pables d’em­pê­cher des délo­ca­li­sa­tions ou déré­gulent l’éco­no­mie réelle avec de nouvelles batte­ries de trai­tés commer­ciaux inter­na­tio­naux. Le défaut de pers­pec­tive indus­trielle digne de ce nom est notam­ment crimi­nel du point de vue de la lutte contre le réchauf­fe­ment clima­tique. Comment assu­rer la tran­si­tion écolo­gique indis­pen­sable si la puis­sance publique se dépos­sède de ses leviers indus­triels, ne sait pas inter­ve­nir intel­li­gem­ment sur ce que l’on produit et comment on le produit ?

Parfois, j’ai eu l’im­pres­sion de prêcher dans le désert. J’ai regretté, par exemple, que nous n’ayons pas réussi à enclen­cher une campagne de masse contre le CETA. Ce traité de libre-échange, sur lequel je m’étais engagé pour mon groupe à l’As­sem­blée natio­nale, inau­gu­rait l’ère de textes bila­té­raux signés à tout va, qui lamine notre souve­rai­neté et, à la faveur de barrières doua­nières modi­fiées, orga­nise une jungle de concur­rence libre et non faus­sée. Autant de chèques en blanc signés aux multi­na­tio­nales. Sans grand débat public, ces textes compor­tant des milliers de pages touchent à notre vie quoti­dienne, de la santé aux services publics, en passant par la culture. Effrayant.

Le moment est venu de chan­ger de stra­té­gie. Le lais­ser-faire est une catas­trophe. L’in­té­rêt des grands groupes qui cherchent à déga­ger du profit n’est pas le bon guide pour satis­faire les besoins. En urgence, la France aurait déjà dû réqui­si­tion­ner des usines pour produire ce dont les hôpi­taux ont besoin pour soigner et abais­ser rapi­de­ment le taux de morta­lité. A moyen terme, il faut orga­ni­ser la relo­ca­li­sa­tion de l’éco­no­mie, en commençant par cesser de recou­rir à la produc­tion à l’autre bout du monde de produits que l‘on peut produire en France. Le temps est venu d’ou­vrir le débat public sur nos besoins et de cher­cher à prévoir dans le temps le déve­lop­pe­ment des moyens indus­triels pour y répondre. C’est un enjeu de santé publique, de respon­sa­bi­lité écolo­gique, de souve­rai­neté et donc de démo­cra­tie, de soutien à l’em­ploi dans notre pays. Nous ne pouvons pas lais­ser nos vies dans les mains des marchés finan­ciers. Si nous conti­nuons à mettre à mal tous nos moyens d’in­ter­ve­nir dans les choix de produc­tion, où allons-nous ? Nous irons de désastre en désastre. La crise du coro­na­vi­rus pour­rait être l’oc­ca­sion de prendre la mesure des choix à opérer et d’en­ga­ger une grande bifur­ca­tion de modèle écono­mique et indus­triel.

Au moment où je termine ces lignes, je vois qu’Air­bus a décidé de rouvrir partiel­le­ment ses usines…. L’ur­gence ? L’Air­bus A320. L’en­tre­prise aurait reçu 20.000 masques. Notre société ne tourne vrai­ment pas rond…

Oui, ma colère monte.

Clémen­tine Autain

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