31 mai 2026

Le Monde. Eric Albert. 10 mai. Superprofits : les entreprises cotées multiplient les bénéfices record à travers le monde » Extraits

Extraits
https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/05/10/superprofits-a-travers-le-monde-les-entreprises-cotees-multiplient-des-benefices-record_6687681_3234.html

Superprofits : les entreprises cotées multiplient les bénéfices record à travers le monde

Loin de se limiter à TotalEnergies, les superprofits se multiplient pour les entreprises cotées en Bourse. Les montants reversés aux actionnaires, sous forme de dividendes ou de rachats d’actions, explosent.

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Publié le 10 mai 2026

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 Alors que les chocs géopolitiques se succèdent – guerre en Ukraine, droits de douane, détroit d’Ormuz bloqué… –, les Bourses sont au plus haut de l’histoire.

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« Depuis vingt-cinq ans, on voit émerger le phénomène des entreprises superstars », explique François-Xavier Chauchat, de Dorval Asset Management, une société de gestion détenue par Natixis. Ces multinationales dominent toujours plus leur secteur, dégageant des marges bénéficiaires sans cesse plus impressionnantes. « L’écart entre les entreprises les plus rentables et les autres s’est beaucoup agrandi », continue M. Chauchat. Il cite une statistique fascinante : depuis vingt-cinq ans, le produit intérieur brut nominal des pays développés a progressé de 3,8 % par an ; dans le même temps, les bénéfices par action des entreprises cotées ont grimpé de 5,5 %. En clair, les grandes multinationales s’enrichissent beaucoup plus vite que l’ensemble de l’économie.

D’où les résultats spectaculaires des entreprises cotées au premier trimestre. TotalEnergies : bénéfice net de 5,8 milliards de dollars (+ 51 % par rapport au premier trimestre 2025) ; Shell, 5,7 milliards (+ 18 %) ; BP, 3,8 milliards de dollars (multiplié par plus de cinq). Et ce n’est pas grand-chose par rapport aux géants de la tech : Alphabet, maison mère de Google, bénéfice net de 62,5 milliards (+ 81 %) ; Meta, 26,8 milliards (+ 61 %) ; Amazon, 30,2 milliards (+ 77 %). « C’est un monde où l’on ne cesse d’écarquiller les yeux face aux profits des entreprises », reconnaît M. Chauchat.

Ces bénéfices historiques s’accompagnent d’une redistribution record auprès des actionnaires. (…) Cette redistribution aux actionnaires est devenue un élément-clé de la Bourse moderne. Hans-Joerg Naumer d’Allianz Global Investors a calculé que 100 000 euros investis il y a dix ans sur les Bourses européennes auraient rapporté une plus-value de 68 000 euros, grâce à la hausse des cours, à laquelle il faut ajouter 42 000 euros en dividendes.

(…) M. Makonga reconnaît que cela peut provoquer des tensions politiques : « Avoir, d’un côté, des entreprises avec des superprofits et, de l’autre, une économie qui ne va pas très bien, c’est compliqué. »

 

Trois phénomènes expliquent l’envolée actuelle des bénéfices des sociétés cotées. Le premier est le secteur de l’énergie. Avec le doublement des prix du gaz et du pétrole, les multinationales de l’or noir engrangent logiquement d’énormes profits.

Le second est l’incroyable ruée vers l’intelligence artificielle (IA). (…)Les investissements dans l’IA sont en passe d’atteindre 725 milliards de dollars à travers le monde cette année. C’est gigantesque. »

Le troisième phénomène, plus inattendu, est celui de la très bonne santé des banques en Europe. (…)  Dans le même temps, le retour de l’inflation a provoqué une forte hausse des taux d’intérêt. Les banques en ont énormément profité, élargissant l’écart entre le taux auquel elles prêtent et celui auquel elles rémunèrent les épargnants, sans compter de meilleurs rendements sur leurs investissements.(…)

Ces trois secteurs – IA, énergie et banques – cachent des évolutions beaucoup plus décevantes dans les autres secteurs. Les entreprises de grande consommation ou le secteur du luxe sont en berne, par exemple. Ce qui mène à un paradoxe : les Bourses s’envolent, mais la valorisation des entreprises – le prix de leur action par rapport à leurs bénéfices – baisse.(…)

Cela n’en change pas moins le grand écart douloureux entre le pouvoir d’achat stagnant des ménages et l’envolée des profits des entreprises superstars. Au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques, 19 des 37 pays, dont la France, enregistrent aujourd’hui encore des salaires réels inférieurs à ceux de 2021, avant la guerre en Ukraine. En France, le taux de pauvreté est au plus haut depuis les années 1970.(…)

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