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22 avril 2026

Ligue des droits de l’homme, : « Haine, arbi­traire: nous ne céde­rons rien »

Commu­niqué LDH

Samuel Paty avait fait voca­tion de trans­mettre les valeurs de la Répu­blique. L’hor­reur de sa déca­pi­ta­tion nous frappe au cœur de notre atta­che­ment à la Répu­blique.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) veut d’abord rendre hommage au péda­gogue qui lui avait demandé de venir dans ses cours illus­trer ce que sont les droits de l’Homme.

Mais à quoi sert de se réunir autour de Samuel Paty, à quoi servent notre colère et notre révolte si, en même temps, la haine désigne des boucs émis­saires, la liberté d’ex­pres­sion est sommée de se censu­rer et l’ar­bi­traire est publique­ment reven­diqué ?

La vengeance n’a pas sa place dans l’im­pé­rieuse néces­sité de répondre aux défis que nous lancent celles et ceux qui ont fait de la mort et du fana­tisme leur drapeau au nom d’une vision poli­tique et dévoyée de l’Is­lam.

C’est pour­tant ce qui guide ceux qui nous gouvernent comme celles et ceux qui déversent leur haine comme on l’a rare­ment vu dans notre pays.

S’en prendre à l’agen­ce­ment des rayons des super­mar­chés n’est pas seule­ment ridi­cule et indé­cent mais n’a rien à voir avec la lutte contre les actes de terro­risme. En revanche, l’au­teur de cette trou­vaille, sous couvert de dénon­cer le marke­ting capi­ta­liste, fait le choix de présen­ter les consom­ma­teurs de produits hallal ou cascher comme des français diffé­rents des autres.

« Faire passer un message » ou « désta­bi­li­ser une mouvance », cela nous rappelle les débor­de­ments injus­ti­fiés et impro­duc­tifs de l’état d’ur­gence imposé après les atten­tats de novembre 2015, mais cela n’a rien à voir avec l’exer­cice normal de la loi et des pouvoirs de police.

Jeter en pâture le nom d’as­so­cia­tions sans qu’au­cun lien avec le crime commis ne soit invoqué, c’est faire de celles-ci des cibles desti­nées à être mises au banc de la société et faire de la liberté d’as­so­cia­tion un danger dont il faudrait restreindre l‘exer­cice.

Cette parole gouver­ne­men­tale qui oscille entre mépris du droit et culpa­bi­lité présu­mée en raison d’une reli­gion ou d’une origine, conduit à empê­cher tout débat sur les poli­tiques mises en œuvre depuis des décen­nies tant pour mettre un terme aux discri­mi­na­tions qui minent le pacte répu­bli­cain que pour mieux assu­rer notre sécu­rité. Pire, elle a libéré la parole de celles et ceux qui, depuis des décen­nies, proclament à tout va que l’Is­lam et avec lui toutes les femmes et hommes de cette foi ou de cette culture sont hors les lois de la Répu­blique.

Ainsi, tel essayiste n’hé­si­tera pas à soute­nir que ne pas parta­ger cette opinion conduit à être intel­lec­tuel­le­ment respon­sable des actes de terro­risme, telle autre, qui n’hé­site pas à gommer le carac­tère raciste d’une agres­sion dès lors que les victimes sont des femmes arabo-musul­manes, enfour­chera la même rhéto­rique, tous deux étant confor­tés par une chaine de télé­vi­sion qui, en toute impu­nité, a fait du racisme son fonds de commerce.

Dans cette infer­nale logique qui divise notre pays entre commu­nau­tés oppo­sées, entre eux et nous, il n’est pas éton­nant que les défen­seurs de l’Etat de droit soient trai­tés de « droits de l’Hom­miste » et que la consti­tu­tion et les conven­tions inter­na­tio­nales deviennent des textes dange­reux qu’il faudrait dépas­ser.

C’est aussi de cette manière qu’on en vient à réécrire, dans un but d’ex­clu­sion, les prin­cipes fonda­teurs de la Répu­blique et à quali­fier certaines de ses insti­tu­tions de « complices du terro­risme ».

Au bout de cette logique, ce sont ceux que nous combat­tons qui fini­ront par triom­pher d’une Répu­blique qui aura aban­donné tous ses prin­cipes.

Si nous avons effec­ti­ve­ment à cœur de renfor­cer l’Etat de droit et de proté­ger notre démo­cra­tie, il faut inter­rompre ce proces­sus morti­fère.

Mener le combat contre les actes de terro­risme dans le respect de l’Etat de droit implique une autre ambi­tion, celle de voir la Répu­blique recon­naître tous ses enfants à égalité de droits et celle de mettre en adéqua­tion les réali­tés avec la promesse répu­bli­caine de liberté, d’éga­lité et de frater­nité.

La LDH, à qui 120 ans d’exis­tence ont appris à ne rien céder des prin­cipes sur lesquels elle a été fondée, pour­sui­vra son action en ce sens.

Paris, le 27 octobre 2020

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