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« Macron: tout chan­ger pour que tout conti­nue »

Article de Pierre Khalfa de la Fonda­tion Coper­nic.

Macron : tout chan­ger pour que tout conti­nue

L’élec­tion prési­den­tielle a été marquée par un boule­ver­se­ment poli­tique sans précé­dent. Les deux forces qui struc­tu­raient le champ poli­tique depuis des décen­nies ont été écar­tées du second tour de l’élec­tion. L’une, le PS, semble s’en­fon­cer dans la margi­na­lité poli­tique payant ainsi le bilan d’un quinquen­nat cala­mi­teux et plus globa­le­ment de décen­nies de renie­ment et de mise en œuvre de poli­tiques néoli­bé­rales. Le résul­tat de Jean-Luc Mélen­chon montre que la gauche de trans­for­ma­tion sociale et écolo­gique est de retour à un haut niveau. La crise poli­tique touche main­te­nant le Front natio­nal, qui malgré une progres­sion impor­tante en nombre d’élec­teurs, qui le place à un niveau jamais atteint, échoue dans son espoir de conqué­rir le pouvoir.

Réus­sis­sant à enfin unir les néoli­bé­raux de droite et de gauche, Emma­nuel Macron n’a disposé que de 24 % des voix (moins de 20 % des inscrits) au premier tour avant de l’em­por­ter contre Le Pen. C’est dire qu’une grande partie des élec­teurs ayant voté pour lui ne se recon­naissent pas dans son programme qui vise à adap­ter la société française au fonc­tion­ne­ment du capi­ta­lisme globa­lisé. Au cœur de son projet se trouvent les « réformes struc­tu­relles » promues par les écono­mistes néoclas­siques, le FMI, l’OCDE et voulues par la Commis­sion euro­péenne et la BCE. Il s’agit de « libé­rer » l’éco­no­mie française des entraves qui la para­ly­se­raient et d’en finir avec les rigi­di­tés et les blocages qui seraient un frein à la crois­sance et donc à l’em­ploi. Rien d’ori­gi­nal dans ce discours qui ne fait que reprendre celui du

patro­nat et qui a été tenu par tous les
gouver­ne­ments, quelle que soit leur couleur poli­tique, depuis des décen­nies. Emma­nuel Macron va donc pour­suivre en les ampli­fiant les orien­ta­tions mises en œuvre par les gouver­ne­ments précé­dents, orien­ta­tions qui ont abouti au déve­lop­pe­ment des inéga­li­tés, de la préca­rité, de la pauvreté, terreau dont se nour­rit l’ex­trême droite.

La singu­la­rité du « macro­nisme » tient au fait que ce discours -suppri­mer « porté par un homme jeune et souriant »- se veut réso­lu­ment opti­miste – à l’in­verse par exemple de celui d’un Fillon qui promet­tait « du sang et des larmes » – en valo­ri­sant l’en­tre­pre­na­riat indi­vi­duel et la prise de risque comme mode d’in­té­gra­tion sociale, sa propre réus­site pouvant servir d’éta­lon et d’exemple en la matière. Mais le sourire ne peut cacher la concep­tion auto­ri­taire du pouvoir qui l’anime : volonté de verrouiller la presse, adop­tion par ordon­nances de la future loi travail, ministres aux ordres et dont la commu­ni­ca­tion est étroi­te­ment surveillée… Néoli­bé­ral sur le plan écono­mique, Emma­nuel Macron s’af­fi­chait plus libé­ral que ses prédé­ces­seurs sur le plan poli­tique. Las, voilà que l’état d’ur­gence est recon­duit et que l’on nous annonce une nouvelle loi sécu­ri­taire qui devrait inté­grer dans le droit commun les dispo­si­tions qui n’y sont pas encore.

Dans cette nouvelle période poli­tique, la Fonda­tion Coper­nic conti­nuera, à son échelle, de remplir son rôle : décons­truire le discours néoli­bé­ral et propo­ser des alter­na­tives ; construire les conver­gences néces­saires sur le plan social et poli­tique pour les faire abou­tir. Plus que jamais, la Fonda­tion Coper­nic a besoin de vous pour faire vivre ce projet.

par Pierre Khalfa

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