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Paul Machto. « Je n’ai rien dit »

https://blogs.media­part.fr/paul-machto/blog/230320/je-nai-rien-dit?utm_source=twit­ter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3–67

A la façon de … (Martin Niemöl­ler[1]),

Quand ils nous ont dit : La loi du 31 juillet 1991 instaure la maîtrise des dépenses hospi­ta­lières.

                Je n’ai rien dit, je n’étais pas écono­miste

Quand Claude Evin a parlé d’hô­pi­tal-entre­prise à la fin des années 80,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas entre­pre­neur,

Quand les gouver­nants ont mis en œuvre la gestion-comp­table en 90, pour les hôpi­taux,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas diri­geant,

Quand Sarkozy et Bache­lot ont mis en œuvre la loi H.P.S.T qui a donné le pouvoir au « patron » de l’hô­pi­tal, le direc­teur et rendu une admi­nis­tra­tion toute-puis­sante,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas admi­nis­tra­tif,

Quand la gestion­nite bureau­cra­tique s’est mise en place,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas gestion­naire,

Quand Hollande et Mari­sol Touraine, ont supprimé 17500 sites de santé et supprimé 17500 lits,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas comp­table,

Quand quelque trois milliards d’eu­ros d’éco­no­mies furent prévues, dont 860 millions issus de la « maîtrise de la masse sala­riale », c’est à dire la suppres­sion de 22.000 postes, soit 2% des effec­tifs,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas fonc­tion­naire,

Quand les sala­riés de l’hô­pi­tal psychia­trique du Rouvray à Sotte­ville-lès-Rouen (Seine-Mari­time), ont fait la grève de la faim en 2018,

                 Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndi­ca­liste.

Quand les services d’ur­gences se sont mis en grève en 2019,

                 Je n’ai rien dit, je n’étais pas urgen­tiste.

Quand Macron et Buzyn se sont moqués du mouve­ment des soignants au cours des dix derniers mois,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas soignant,

Quand les sbires de Casta­ner sont venus répri­mer les mani­fes­tants des hôpi­taux,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas hospi­ta­lier.

Quand Macron a supprimé en 3 ans 4172 lits dans 3000 services de santé publique,

                  Je n’ai rien dit, je n’étais pas hospi­ta­lisé,

Mais quand le coro­na­ro­ma­chin, le Covid 19, est arrivé, qu’il nous est tombé dessus,

                  Là, j’ai paniqué :

  • Il n’y avait plus assez de lits pour les hospi­ta­li­sa­tions, plus assez de places en réani­ma­tion,
  • Il n’y avait plus assez de soignants pour nous soigner,
  • Il n’y avait pas assez de masques pour proté­ger les soignants

Face à la pénu­rie orga­ni­sée depuis trente ans par ces gouver­nants irres­pon­sables appliquant la même poli­tique néoli­bé­rale,

  • ils ont commencé à trier les malades à soigner,
  • à lais­ser de côté les malades et les soignants en psychia­trie,
  • à isoler les personnes âgées dans les EPHAD, à les oublier.

       Alors j’ai commencé à applau­dir les soignants le soir à 20h., sans honte de n’avoir rien dit pendant toutes ces années

       J’ai donné le titre de « héros » à ces soignants, que je n’ai pas soute­nus pendant ces onze mois,

       J’ai réalisé que le service public c’est très impor­tant, indis­pen­sable, dans notre pays,

Mais …,

Quand est-ce qu’ENFIN vais-je DIRE ou HURLER quelque chose ?

Quand sera-t-il possible de commen­cer à se révol­ter vrai­ment ?

Quand sera-t-il possible de commen­cer à construire un autre monde ?

Quand sera-t-il possible d’in­ven­ter un nouveau système alter­na­tif à la deshu­ma­ni­sa­tion néoli­bé­rale et au chacun pour soi ?

Quand sera-t-il possible de mettre en œuvre une société où le collec­tif et le partage aillent de pair avec l’in­di­vidu et le singu­lier ?

Quand y aura-t-il assez de monde pour se lever et être tous ensemble pour proté­ger la planète, instau­rer la décrois­sance, une démo­cra­tie citoyenne à échelle humaine, privi­lé­gier l’hu­main sur la machine et sur l’éco­no­mie, déve­lop­per de nouvelles soli­da­ri­tés, de prendre le temps de vivre, de penser, de lire, … d’ai­mer ?

[1] Martin Niemöl­ler était un pasteur luthé­rien alle­mand et un théo­lo­gien (1892–1984) a écrit un poème sur la lâcheté des intel­lec­tuels alle­mands au moment de l’ac­ces­sion des nazis au pouvoir et des purges qui ont alors visé leurs enne­mis, un groupe après l’autre. Niemöl­ler était anti-commu­niste et a initia­le­ment soutenu l’ac­ces­sion au pouvoir d’Adolf Hitler. Il se désillu­sionne avec les propos de Hitler sur la supré­ma­tie de l’État sur la reli­gion, et finit par diri­ger un groupe de reli­gieux oppo­sants au régime. En 1937 il est arrêté et enfermé aux camps de concen­tra­tion de Oranien­burg-Sach­sen­hau­sen et Dachau. Il est libéré en 1945 par les Alliés.

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