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Tribune. « Plus jamais ça ! » : des respon­sables d’or­ga­ni­sa­tions (CGT, Soli­daires, ATTAC, Green­peace, etc.) appellent à prépa­rer « le jour d’après »

Paru sur France-Info.

https://www.fran­cet­vinfo.fr/sante/mala­die/coro­na­vi­rus/tribune-plus-jamais-ca-18res­pon­sables-d-orga­ni­sa­tions-syndi­cales-asso­cia­tives-et-envi­ron­ne­men­tales-appellent-a-prepa­rer-le-jour-dapres_3886345.html?pk_campaign=Info­lettre-2401&pk_kwd=www-fran­cet­vinfo-fr-sante-mala­die

Face à « la crise du coro­na­vi­rus » des orga­ni­sa­tions syndi­cales, asso­cia­tives et envi­ron­ne­men­tales réclament « de profonds chan­ge­ments de poli­tiques », pour « se donner l’op­por­tu­nité histo­rique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde ».

« Plus jamais ça ! Prépa­rons le ‘jour d’après’ », 18 respon­sables d’or­ga­ni­sa­tions syndi­cales, asso­cia­tives et envi­ron­ne­men­tales parmi lesquels Philippe Marti­nez (CGT), Auré­lie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Green­peace) et Cécile Duflot (Oxfam), signent une tribune commune publiée, vendredi 27 mars, sur fran­ceinfo.

Ces orga­ni­sa­tions lancent un appel « à toutes les forces progres­sistes et huma­nistes […] pour recons­truire ensemble un futur, écolo­gique, fémi­niste et social, en rupture avec les poli­tiques menées jusque-là et le désordre néoli­bé­ral ».

En mettant le pilo­tage de nos socié­tés dans les mains des forces écono­miques, le néoli­bé­ra­lisme a réduit à peau de chagrin la capa­cité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coro­na­vi­rus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des poli­tiques néoli­bé­rales. Elle est une étin­celle sur un baril de poudre qui était prêt à explo­ser. Emma­nuel Macron, dans ses dernières allo­cu­tions, appelle à des « déci­sions de rupture » et à placer « des services (…) en dehors des lois du marché ». Nos orga­ni­sa­tions, conscientes de l’ur­gence sociale et écolo­gique et donnant l’alerte depuis des années, n’at­tendent pas des discours mais de profonds chan­ge­ments de poli­tiques, pour répondre aux besoins immé­diats et se donner l’op­por­tu­nité histo­rique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde.

Dès à présent, toutes les mesures néces­saires pour proté­ger la santé des popu­la­tions celle des person­nels de la santé et des soignant·e·s parmi lesquels une grande majo­rité de femmes, doivent être mises en œuvre, et ceci doit large­ment préva­loir sur les consi­dé­ra­tions écono­miques. Il s’agit de pallier en urgence à la baisse conti­nue, depuis de trop nombreuses années, des moyens alloués à tous les établis­se­ments de santé, dont les hôpi­taux publics et les Ehpad. De dispo­ser du maté­riel, des lits et des person­nels qui manquent : réou­ver­ture de lits, reva­lo­ri­sa­tion des salaires et embauche massive, mise à dispo­si­tion de tenues de protec­tion effi­caces et de tests, achat du maté­riel néces­saire, réqui­si­tion des établis­se­ments médi­caux privés et des entre­prises qui peuvent produire les biens essen­tiels à la santé, annu­la­tion des dettes des hôpi­taux pour restau­rer leurs marges de manœuvre budgé­tai­res… Pour frei­ner la pandé­mie, le monde du travail doit être mobi­lisé unique­ment pour la produc­tion de biens et de services répon­dant aux besoins essen­tiels de la popu­la­tion, les autres doivent être sans délai stop­pées. La protec­tion de la santé et de la sécu­rité des person­nels doivent être assu­rées et le droit de retrait des sala­rié·e·s respecté.

La réponse finan­cière de l’État doit être d’abord orien­tée vers tou·­te·s les sala­rié·e·s qui en ont besoin, quel que soit le secteur d’ac­ti­vité, et discu­tée avec les syndi­cats et repré­sen­tant·e·s du person­nel, au lieu de gonfler les salaires des diri­geant·e·s ou de servir des inté­rêts parti­cu­liers. Pour éviter une très grave crise sociale qui touche­rait de plein fouet chômeurs·euses et travailleurs·euses, il faut inter­dire tous les licen­cie­ments dans la période. Les poli­tiques néoli­bé­rales ont affai­bli consi­dé­ra­ble­ment les droits sociaux et le gouver­ne­ment ne doit pas profi­ter de cette crise pour aller encore plus loin, ainsi que le fait craindre le texte de loi d’ur­gence sani­taire.

Selon que l’on est plus ou moins pauvre, déjà malade ou non, plus ou moins âgé, les condi­tions de confi­ne­ment, les risques de conta­gion, la possi­bi­lité d’être bien soigné ne sont pas les mêmes. Des mesures supplé­men­taires au nom de la justice sociale sont donc néces­saires : réqui­si­tion des loge­ments vacants pour les sans-abris et les très mal logés, y compris les deman­deurs·euses d’asile en attente de réponse, réta­blis­se­ment inté­gral des aides au loge­ment, mora­toire sur les factures impayées d’éner­gie, d’eau, de télé­phone et d’in­ter­net pour les plus dému­nis. Des moyens d’ur­gence doivent être débloqués pour proté­ger les femmes et enfants victimes de violences fami­liales.

Les moyens déga­gés par le gouver­ne­ment pour aider les entre­prises doivent être diri­gés en prio­rité vers les entre­prises réel­le­ment en diffi­culté et notam­ment les indé­pen­dants, autoen­tre­pre­neurs, TPE et PME, dont les tréso­re­ries sont les plus faibles. Et pour éviter que les sala­rié·e·s soient la variable d’ajus­te­ment, le verse­ment des divi­dendes et le rachat d’ac­tions dans les entre­prises, qui ont atteint des niveaux record récem­ment, doivent être immé­dia­te­ment suspen­dus et enca­drés à moyen terme.

Des mesures fortes peuvent permettre, avant qu’il ne soit trop tard, de désar­mer les marchés finan­ciers : contrôle des capi­taux et inter­dic­tion des opéra­tions les plus spécu­la­tives, taxe sur les tran­sac­tions finan­cières… De même sont néces­saires un contrôle social des banques, un enca­dre­ment beau­coup plus strict de leurs pratiques ou encore une sépa­ra­tion de leurs acti­vi­tés de dépôt et d’af­faires.

La Banque centrale euro­péenne (BCE) a annoncé une nouvelle injec­tion de 750 milliards d’eu­ros sur les marchés finan­ciers. Ce qui risque d’être à nouveau inef­fi­cace. La BCE et les banques publiques doivent prêter direc­te­ment et dès à présent aux États et collec­ti­vi­tés locales pour finan­cer leurs défi­cits, en appliquant les taux d’in­té­rêt actuels proches de zéro, ce qui limi­tera la spécu­la­tion sur les dettes publiques. Celles-ci vont forte­ment augmen­ter à la suite de la « crise du coro­na­vi­rus ». Elles ne doivent pas être à l’ori­gine de spécu­la­tions sur les marchés finan­ciers et de futures poli­tiques d’aus­té­rité budgé­taire, comme ce fut le cas après 2008.

Une réelle remise à plat des règles fiscales inter­na­tio­nales afin de lutter effi­ca­ce­ment contre l’éva­sion fiscale est néces­saire et les plus aisés devront être mis davan­tage à contri­bu­tion, via une fisca­lité du patri­moine et des reve­nus, ambi­tieuse et progres­sive.

Par ces inter­ven­tions massives dans l’éco­no­mie, l’oc­ca­sion nous est donnée de réorien­ter très profon­dé­ment les systèmes produc­tifs, agri­coles, indus­triels et de services, pour les rendre plus justes socia­le­ment, en mesure de satis­faire les besoins essen­tiels des popu­la­tions et axés sur le réta­blis­se­ment des grands équi­libres écolo­giques. Les aides de la Banque centrale et celles aux entre­prises doivent être condi­tion­nées à leur recon­ver­sion sociale et écolo­gique : main­tien de l’em­ploi, réduc­tion des écarts de salaire, mise en place d’un plan contrai­gnant de respect des accords de Paris… Car l’enjeu n’est pas la relance d’une écono­mie profon­dé­ment insou­te­nable. Il s’agit de soute­nir les inves­tis­se­ments et la créa­tion massive d’em­plois dans la tran­si­tion écolo­gique et éner­gé­tique, de désin­ves­tir des acti­vi­tés les plus polluantes et clima­ti­cides, d’opé­rer un vaste partage des richesses et de mener des poli­tiques bien plus ambi­tieuses de forma­tion et de recon­ver­sion profes­sion­nelles pour éviter que les travailleurs·euses et les popu­la­tions précaires n’en fassent les frais. De même, des soutiens finan­ciers massifs devront être réorien­tés vers les services publics, dont la crise du coro­na­vi­rus révèle de façon cruelle leur état désas­treux : santé publique, éduca­tion et recherche publique, services aux personnes dépen­dan­tes… 

La « crise du coro­na­vi­rus » révèle notre vulné­ra­bi­lité face à des chaînes de produc­tion mondia­li­sée et un commerce inter­na­tio­nal en flux tendu, qui nous empêchent de dispo­ser en cas de choc de biens de première néces­sité : masques, médi­ca­ments indis­pen­sables, etc. Des crises comme celle-ci se repro­dui­ront. La relo­ca­li­sa­tion des acti­vi­tés, dans l’in­dus­trie, dans l’agri­cul­ture et les services, doit permettre d’ins­tau­rer une meilleure auto­no­mie face aux marchés inter­na­tio­naux, de reprendre le contrôle sur les modes de produc­tion et d’en­clen­cher une tran­si­tion écolo­gique et sociale des acti­vi­tés. 

La relo­ca­li­sa­tion n’est pas syno­nyme de repli sur soi et d’un natio­na­lisme égoïste. Nous avons besoin d’une régu­la­tion inter­na­tio­nale refon­dée sur la coopé­ra­tion et la réponse à la crise écolo­gique, dans le cadre d’ins­tances multi­la­té­rales et démo­cra­tiques, en rupture avec la mondia­li­sa­tion néoli­bé­rale et les tenta­tives hégé­mo­niques des États les plus puis­sants. De ce point de vue, la « crise du coro­na­vi­rus » dévoile à quel point la soli­da­rité inter­na­tio­nale et la coopé­ra­tion sont en panne : les pays euro­péens ont été inca­pables de conduire une stra­té­gie commune face à la pandé­mie. Au sein de l’Union euro­péenne doit être mis en place à cet effet un budget euro­péen bien plus consé­quent que celui annoncé, pour aider les régions les plus touchées sur son terri­toire comme ailleurs dans le monde, dans les pays dont les systèmes de santé sont les plus vulné­rables, notam­ment en Afrique.

Tout en respec­tant le plus stric­te­ment possible les mesures de confi­ne­ment, les mobi­li­sa­tions citoyennes doivent dès à présent déployer des soli­da­ri­tés locales avec les plus touché·e·s, empê­cher la tenta­tion de ce gouver­ne­ment d’im­po­ser des mesures de régres­sion sociale et pous­ser les pouvoirs publics à une réponse démo­cra­tique, sociale et écolo­gique à la crise.

Plus jamais ça ! Lorsque la fin de la pandé­mie le permet­tra, nous nous donnons rendez-vous pour réin­ves­tir les lieux publics et construire notre « jour d’après ». Nous en appe­lons à toutes les forces progres­sistes et huma­nistes, et plus large­ment à toute la société, pour recons­truire ensemble un futur, écolo­gique, fémi­niste et social, en rupture avec les poli­tiques menées jusque-là et le désordre néoli­bé­ral.

Retrou­vez ci-dessous la liste des signa­taires :

Philippe Marti­nez, secré­taire géné­ral de la CGT
Nico­las Girod, porte-parole de la Confé­dé­ra­tion paysanne
Benoit Teste, secré­taire géné­ral de la FSU

Eric Beynel, porte-parole de l’Union syndi­cale Soli­daires

Katia Dubreuil, prési­dente du Syndi­cat de la magis­tra­ture
Méla­nie Luce, prési­dente de l‘UNEF , Lisa Badet, vice-prési­dente de la FIDL, Le syndi­cat lycéen

Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France

Jean-François Julliard, direc­teur géné­ral de Green­peace France
Cécile Duflot, direc­trice géné­rale d’Oxfam France

Auré­lie Trouvé, porte-parole d’Attac France

Jean­nette Habel, co-prési­dente de la Fonda­tion Coper­nic

Clémence Dubois, respon­sable France de 350.org
Pauline Boyer, porte-parole d‘Action Non-Violente COP21
Léa Vavas­seur, porte-parole d’Alter­na­tiba


Sylvie Bukhari-de Pontual, prési­dente du CCFD-Terre Soli­daire


Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Loge­ment


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