Depuis début janvier, la région du Rojava/NES (Nord-est syrien) et le peuple kurde en Syrie vivent un moment de bouleversement historique, dans le contexte d’une situation régionale et mondiale volatile et conflictuelle.
Le gouvernement syrien de transition d’Ahmed al Sharaa (GST) a lancé une offensive contre différents territoires de l’AANES, rompant les négociations en cours depuis mars 2025. Après avoir repris les quartiers à majorité kurde d’Alep (Cheikh Maqsoud et Achrafiyeh) début janvier, les brigades du GST ont repris rapidement les régions de Raqqa et Deir ez Zor. En deux semaines, plusieurs dizaines de civil·es ont été tué·es dans les attaques, des maisons et infrastructures civiles prises pour cible et des dizaines de milliers de personnes déplacées. En dépit de quelques camions d’aides humanitaires qui parviennent sur place, la région de Kobanê est toujours assiégée, l’eau, l’électricité et internet ont été coupé, plusieurs enfants sont morts de froid. Des prisonniers de l’État Islamique ont pu s’échapper de certaines prisons et camps auparavant gardées par les FDS.
Face à l’urgence, de larges mobilisations internationales ont lieu depuis 3 semaines pour appeler à protéger les populations et défendre l’expérience politique inédite de la région du Rojava/NES construite depuis plus de dix ans. Manifestations, travail politique, prises de positions publiques, organisation de délégations et caravane internationales, la diversité des modes d’action a permis de construire une pression populaire indispensable, dans un contexte de trahison de la coalition internationale.
Sous la tutelle des États-Unis et de la France, et avec la pression de la Turquie, les FDS et le GST ont annoncé le 30 janvier la signature d’un accord de cessez-le-feu accompagné de mesures prévoyant l’intégration partielle des institutions civiles et militaires de l’AANES dans l’État syrien, le retour des déplacés kurdes sur leurs territoires, la reconnaissance du système éducatif en langue kurde comme langue nationale, ainsi que de nombreuses autres dispositions. Cet accord, très imparfait, permet pour l’heure d’éviter une guerre totale et un bain de sang dramatique. Au moment où les forces de sécurité du nouveau régime syrien sont en train de se déployer dans les différentes villes et régions du NES, une nouvelle phase de transformation très incertaine s’ouvre autour des modalités concrètes de mise en œuvre de l’accord. La mobilisation et la vigilance internationale est toujours aussi nécessaire.
Pour comprendre la situation, de nombreuses analyses géopolitiques circulent mais l’accès à la parole d’habitant·es et d’acteur·ices du Rojava qui font vivre au quotidien cette expérience politique est beaucoup plus rare.
La Fondation Danielle Mitterrand est engagée au côté du peuple kurde et ses luttes pour le droit à l’autodétermination depuis 1988. Depuis 2019, elle s’implique auprès des habitant·es de la région du NES/Rojava depuis 2019, notamment à travers la constitution du réseau de solidarité JASMINES, et le soutien à des projets écologiques, démocratiques, féministes et solidaires porté par des acteur·ices locaux et municipaux.
Ce sont ces différents partenaires de terrain que nous vous invitons à rencontrer lors d’un webinaire jeudi 5 février de 18h à 20h, pour comprendre le basculement en cours en Syrie à partir de leurs témoignages et analyses. Quelle est la situation actuelle à Qamishlo, Kobanê, Hassakeh et les autres territoires du NES ? Quelles ont été les actions des dernières semaines ? Quelles sont les perspectives ? Comment continuer de construire la solidarité internationaliste ?