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Ce n’est pas l’im­mi­gra­tion qui crée du dumping social, mais l’ab­sence de droits ! 

Voici un texte paru aujourd’­hui dans Le Monde, de Philippe Marti­nez, secré­taire géné­ral de la CGT

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, est assé­né un certain nombre de contre-véri­tés sur l’im­mi­gra­tion visant à oppo­ser de manière cari­ca­tu­rale « main-d’œuvre étran­gère » et « main-d’œuvre natio­nale ». Ces raccour­cis dange­reux sont utili­sés sous pré­texte de « proté­ger » la « main- d’œuvre locale » avec une évi­dente mécon­nais­sance des réa­li­tés du monde du travail.
La CGT, pré­sente au cœur des entre­prises et des services, forte de son expé­rience en faveur des travailleurs migrants, tient à réta­blir un certain nombre de véri­tés.

Rappe­lons d’abord que le discours natio­na­liste visant à oppo­ser travailleurs français et travailleurs immi­grés est une vieille recette d’ex­trême droite. 
Les réac­tions iden­ti­taires et la dési­gna­tion des travailleurs immi­grés comme boucs émis­saires ont accom­pa­gné les périodes de crises éco­no­miques et la montée des fascismes en Europe. Il est irres­pon­sable dans la période que nous vivons de semer la confu­sion et d’at­ti­ser de tels senti­ments d’op­po­si­tion entre sala­riés pouvant mener à la haine.

Le fait migra­toire est un phé­no­mène incon­tour­nable, stable et continu dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té.

Pré­tendre que l’on peut stop­per ou maî­tri­ser les mouve­ments migra­toires est un leurre poli­ti­cien et une posture idéo­lo­gique. Les plus hauts murs n’em­pê­che­ront jamais des personnes de fuir, au péril de leur vie, la guerre, la misère éco­no­mique ou les persé­cu­tions.
Les vagues migra­toires aussi font partie inté­grante de notre histoire. Elles ont construit, façon­né la richesse de notre réa­li­té cultu­relle et contri­bué au déve­lop­pe­ment éco­no­mique de notre pays depuis des siècles.
Nous ne faisons pas face à une inva­sion de migrants et notre pays doit accueillir humai­ne­ment et digne­ment ceux qui fuient leurs pays. Cela se nomme la frater­ni­té.

Ces sala­riés font partie inté­grante de la classe ouvrière !

Ce n’est pas l’im­mi­gra­tion qui crée du dumping social mais l’ab­sence de droits ! 
Les nombreux combats menés par les travailleurs enga­gés avec la CGT, toujours victo­rieux, démontrent que ces travailleurs migrants ne sont pas déter­mi­nés à se faire exploi­ter, mais déter­mi­nés à se battre pour leur digni­té, leurs droits et l’é­ga­li­té de trai­te­ment : « A travail égal, salaire égal ! »

Est-ce le fait migra­toire qui les place en situa­tion de vulné­ra­bi­li­té sur le marché du travail ?

Non ! C’est l’ab­sence de droits ou l’iné­ga­li­té de droits liés à leur absence de statut admi­nis­tra­tif ou à la pré­ca­ri­té de ce statut. Ces sala­riés font partie inté­grante de la classe ouvrière !
Quelle que soit leur origine, ce sont des travailleurs et des travailleuses de France avant tout ! Des pans entiers de l’é­co­no­mie ne fonc­tion­ne­raient pas sans eux. Ils occupent géné­ra­le­ment les emplois les moins attrac­tifs, les plus pénibles, dange­reux et exigeants. Dépour­vus de titres de séjour ou pré­ca­ri­sés par leur statut, ils sont l’objet de discri­mi­na­tions et peuvent subir des condi­tions de travail indignes ou de traite des êtres humains du fait de leur vulné­ra­bi­li­té.
L’Or­ga­ni­sa­tion de coopé­ra­tion et de déve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE) poin­tait déjà ces réa­li­tés de l’im­mi­gra­tion profes­sion­nelle dans un rapport publié en 2017 et pré­co­ni­sait la régu­la­ri­sa­tion de ces travailleurs et l’ou­ver­ture de voies légales de migra­tion. C’est le durcis­se­ment des poli­tiques migra­toires comme la dernière loi asile et immi­gra­tion, usine à fabriquer des sans-papiers, qui pré­ca­rise les travailleurs migrants.

Ne pas se trom­per d’en­nemi

Renfor­cer les contrôles aux fron­tières et rendre plus diffi­cile l’ac­cès au séjour et au droit de travailler dégradent de plus en plus violem­ment les parcours migra­toires, les condi­tions de vie et de travail dans les pays d’ac­cueil et entre- tiennent les mafias et les réseaux de la traite des êtres humains.
Un Etat de droit se doit de proté­ger l’en­semble des travailleurs sur son terri­toire, dans l’in­té­rêt de tous ! 
Lutter contre le dumping social, c’est se battre ensemble pour l’é­ga­li­té des droits. 
Il est plus que jamais néces­saire de renfor­cer la soli­da­ri­té entre les sala­riés sur les lieux de travail. Nous formons une seule commu­nau­té de travail et nos droits sont inex­tri­ca­ble­ment liés.
Aux personnes qui pré­tendent qu’il faut recon­duire à la fron­tière les travailleurs sans papiers car leurs condi­tions de travail engendrent du dumping social, nous deman­dons si la prochaine étape de leur projet consis­te­rait à « renvoyer les femmes à la maison » car elles aussi sont victimes d’iné­ga­li­té sala­ria­le… ?

Il est plus que temps d’avoir du courage poli­tique, de combattre les idées véhi­cu­lées par l’ex­trême droite et surtout de ne pas se trom­per d’en­nemi !

C’est la pré­ca­ri­sa­tion de tous les travailleurs, la remise en cause des acquis sociaux par les poli­tiques d’aus­té­ri­té menées par nos gouver­nants qui font gran­dir les senti­ments de mal-être et de repli sur soi dans la popu­la­tion. 
Ce n’est pas en oppo­sant les sala­riés entre eux que nous proté­ge­rons nos droits. C’est en luttant ensemble, en insis­tant sur « ce qui nous lie », et non sur « ce qui nous oppose », que nous pour­rons nous battre effi­ca­ce­ment pour une socié­té meilleure et éga­li­taire.

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Une réflexion au sujet de « Ce n’est pas l’im­mi­gra­tion qui crée du dumping social, mais l’ab­sence de droits !  »

  1. Louise Fromard dit :

    Merci merci merci merciiiiiiiiii

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