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17 avril 2026

Clémen­tine Autain, 5 mars, « Des bombes sans droit n’ap­portent pas la liberté »

DES BOMBES SANS DROIT N’APPORTENT PAS LA LIBERTÉ

 

La guerre et le piéti­ne­ment du droit inter­na­tio­nal, c’est la paix et la liberté. L’agres­sion israélo-états-unienne contre l’Iran a des accents orwel­liens. Refu­ser avec netteté cette logique : là est l’ur­gence.

Les liesses de joies du peuple iranien à la mort d’Ali Khame­nei disent l’as­pi­ra­tion vitale, urgente, d’en finir avec ce régime violent. Mais les buts et les méthodes de guerre de Benya­min Neta­nya­hou et Donald Trump tournent le dos à la liberté et à la souve­rai­neté des peuples. Ces deux diri­geants d’ex­trême droite ne cachent même pas leurs appé­tits viri­listes de puis­sance. Or le retour des impé­ria­lismes agres­sifs et de la loi du plus fort menacent de désta­bi­li­ser toute une région, déjà fragile, et d’im­po­ser un nouvel ordre inter­na­tio­nal. Et comme en Irak en 2003, ce chemin des bombes sans droit n’ap­por­tera pas de solu­tion éman­ci­pa­trice durable au peuple iranien.

Le droit inter­na­tio­nal est désor­mais si bafoué que le risque est de s’y habi­tuer. Avec l’agres­sion de l’Ukraine, les horreurs abomi­nables de Gaza, la capture de Maduro ou les menaces sur le Groen­land, le respect des règles inter­na­tio­nales s‘ef­fondre. Cette désa­gré­ga­tion vient de loin. Elle a été façon­née par le manque de déter­mi­na­tion des États à défendre les insti­tu­tions onusiennes et la remise en cause progres­sive du multi­la­té­ra­lisme. L’in­ter­na­tio­nale auto­ri­taire et réac­tion­naire profite de cet affai­blis­se­ment pour impo­ser la loi du plus fort et la jungle.

L’at­taque de l’Iran s’ins­crit dans ce proces­sus en cours, haute­ment dange­reux pour la paix à travers le monde. Ne présen­tant pas le carac­tère de la légi­time défense, la guerre israélo-états-unienne contre l’Iran aurait dû faire l’objet de l’aval du Conseil de sécu­rité de l’ONU. Car contrai­re­ment à la fable de Trump et Neta­nya­hou, ces frappes en Iran ne sont ni préven­tives, ni préemp­tives.

Le secré­taire d’État Pete Hegseth l’a reconnu ouver­te­ment : les États-Unis « ne mènent pas un exer­cice de construc­tion de démo­cra­tie ». D’ailleurs, Trump dit possé­der « une très bonne idée » de qui doit prendre la suite de Khame­nei. L’objec­tif, c’est le contrôle poli­tique du pays par Washing­ton, comme pour le Vene­zuela. C’est un enjeu de supré­ma­tie, de pouvoir, de riva­lité entre puis­sances – en l’oc­cur­rence avec la Chine. Ce qui se joue, c’est la prédo­mi­nance du dollar comme monnaie de réserve, la main­mise sur les flux de pétrole et le déve­lop­pe­ment d’un secteur mili­taire de pointe. Le poli­tique et l’éco­no­mique s’en­tre­mêlent pour asseoir une domi­na­tion. Les objec­tifs sont aussi inté­rieurs. À quelques mois des élec­tions de midterms, Trump est en diffi­culté et cherche un prétexte pour déclen­cher l’In­sur­rec­tion Act, l’état d’ur­gence mili­taire visant à mettre la popu­la­tion au pas.

Le sangui­naire Neta­nya­hou nour­rit égale­ment ses visées impé­ria­listes. Il ne veut pas seule­ment élimi­ner le risque sécu­ri­taire en bombar­dant les bases de missiles en Iran ou arrê­ter le projet nucléaire iranien. Par cette agres­sion qu’il nomme « le rugis­se­ment du lion », il entend remo­de­ler toute la région et affir­mer une supé­rio­rité. Et chemin faisant, se refaire une santé poli­tique à un an des élec­tions légis­la­tives. Une guerre, c’est source d’union natio­nale derrière le chef de l’État. Poutine en sait quelque chose.

Que fait l’Eu­rope ? Une nouvelle fois, elle oscille entre silence ou ambi­va­lence. Une nouvelle fois, elle semble pétri­fiée, inca­pable d’af­fron­ter Trump et Neta­nya­hou, de comprendre que les États-Unis ne sont plus des alliés. Une nouvelle fois, elle manque à son devoir et nous met en danger. Car la soumis­sion, la mollesse, l’ac­com­mo­de­ment, ce n’est pas la solu­tion. Il faut dire non à l’en­gre­nage guer­rier sans règles, sans droit. Il faut s’op­po­ser au retour des logiques de puis­sance. Imagi­nez si l’Eu­rope affir­mait son refus… Si, soudée, elle cher­chait à construire une coali­tion inter­na­tio­nale pour défendre, avec déter­mi­na­tion, un monde fondé sur des règles démo­cra­tiques et la coopé­ra­tion.

Avec l’ex­plo­sion des prix du pétrole et du gaz qui vont profi­ter aux États-Unis, l’en­gre­nage actuel est aussi une menace écono­mique pour l’Eu­rope, et pas seule­ment pour la Chine. Allons-nous conti­nuer à subir indé­fi­ni­ment les assauts trum­pistes ?

La France n’a pas inscrit ses pas dans ceux de l’Es­pagne pour s’op­po­ser fron­ta­le­ment à Trump et Neta­nya­hou. Pedro Sanchez a eu le courage de dire clai­re­ment non à la guerre, à la faillite du droit inter­na­tio­nal, à la répé­ti­tion des erreurs du passé – les conser­va­teurs gouver­naient quand l’Es­pagne a parti­cipé à la guerre en Irak, dont on connaît aujourd’­hui le sinistre résul­tat. Le président du gouver­ne­ment espa­gnol a pris son risque. D’ailleurs les menaces de repré­sailles n’ont pas tardé. Emma­nuel Macron a apporté son soutien à Sanchez, contrai­re­ment à Frie­drich Merz qui a critiqué la posi­tion espa­gnole. Mais il est resté prison­nier de la crainte. Déci­dé­ment, Macron manque d’au­dace et de cohé­rence sur le terrain inter­na­tio­nal. Or le temps presse. Et les risques d’en­gre­nage guer­riers sont d’une extrême gravité.

Clémen­tine Autain

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