Urgence climatique: morale individuelle ou plan en commun?
L’emballement climatique est suffoquant.
Les records sont battus. Nous ressentons dans notre chair le déjà-là du dérèglement. Les températures sont supérieures aux normales de saison de… 10 °C à 15 °C ! Les concentrations inédites d’ozone dans l’atmosphère conduisent à des gênes respiratoires ou malaises cardiaques, surtout chez les personnes les plus vulnérables, des femmes enceintes aux personnes âgées, en passant par les nourrissons. Les conditions de travail et d’apprentissage deviennent difficiles, voire infernales.
Le plus rageant, c’est que nous savons.
Oui, nous savons que le réchauffement climatique est principalement dû aux énergies fossiles. Que c’est la suractivité humaine qui transforme le climat. Que si nous n’agissons pas, les catastrophes naturelles et les atteintes à notre santé vont se démultiplier. Que l’habitabilité de la terre est en jeu.
Et nous savons où est la solution : rejeter moins de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, et donc diminuer globalement notre consommation d’énergie, tout en préservant nos écosystèmes.
Pour y parvenir, il n’y a pas une mesure miracle mais un ensemble d’actions qui contribueront à endiguer la catastrophe. Or, tous les spécialistes convergent, ces solutions sont connues : rénover les bâtiments, repenser l’aménagement urbain, investir dans des transports à faibles émissions, transformer notre agriculture pour sortir de l’élevage intensif et diminuer les intrants chimiques…
Ce qui nous manque, c’est la méthode et la volonté politique. Pour sortir de l’inaction, et de l’éco-anxiété qui explose, deux partis pris me semblent indispensables : réduire les inégalités sociales, en France et dans les relations Nord/Sud, et planifier la bifurcation. Dit autrement, j’affirme le parti pris de mesures structurelles, collectives, plutôt que des leçons de morale sur les comportements individuels et des mesures d’interdictions ou de taxations qui touchent les classes sociales défavorisées et les habitants des territoires dits périphériques.
Aujourd’hui, l’écologie est largement perçue comme une contrainte et une attaque des modes de vie populaires. Elle sonne pour beaucoup comme une remise en cause de libertés. Cette perception trop largement partagée de l’écologie, c’est une victoire idéologique de l’extrême droite, des climatosceptiques, des démagogues et des cyniques.
Il faut urgemment affronter ce ressenti négatif par une proposition politique mettant l’accent sur des solutions sociales, relevant de la mise en commun et qui améliorent le quotidien du grand nombre. Par exemple : taxer les ultra-riches, les super-héritages et les multinationales pour investir massivement dans la rénovation des bâtiments, les transports en commun du quotidien, le train dont il faut abaisser les tarifs ; mettre à disposition 1 millions de voitures électriques en leasing social pour celles et ceux qui n’ont pas d’autres choix que d’utiliser leur véhicule ; avancer vers une sécurité sociale de l’alimentation, qui contribuera à modifier notre système agricole, à favoriser les circuits courts et commerces de proximité, à améliorer notre santé…
Relever le défi climatique, c’est agir pour la justice sociale.
Relever le défi climatique, c’est sécuriser nos vies.
Relever le défi climatique, c’est donc accroître nos libertés.
S’engager dans la bifurcation, c’est à la fois une source d’emplois utiles, un projet d’avenir fédérateur et la garantie d’une vie meilleure. Mais pour convaincre, il faut sortir de la morale sur les gestes individuels, les modes de vie, et mettre en avant les changements structurels bénéfiques pour nos vies.
Clémentine Autain
