Incendies : pour un suivi sanitaire gratuit des victimes
Les incendies en cours en France provoquent un désastre sanitaire. La fumée dégagée de ces incendies est hautement toxique. En France, en 2026, exigeons que pompiers, intervenants bénévoles, riveraines et riverains, aient droit à un suivi médical gratuit tout le long de la vie, comme ce fut fait après le désastre du World Trade Center en 2001 à New York.
Pour la mise en place d’un suivi sanitaire
des victimes du désastre en cours
Comme le dit Mansour Thiam, élu de Sancoins, dans sa lettre ouverte au président de la République, le désastre des incendies monstrueux que rien ni personne ne parvient à arrêter était prévisible. Mais rien n’a été anticipé malgré les multiples alertes. Seuls les milliardaires ont su se mettre à l’abri et mobiliser des moyens pour leur permettre de préserver leurs personnes et leurs biens.
Ce désastre n’est pas seulement celui de la destruction de la nature, de la faune, des maisons et de la vie des victimes concernées. C’est aussi un désastre sanitaire, une bombe à retardement. Il faut arrêter de dire que les vies humaines ont été préservées par les évacuations à grande échelle.
Pompiers, bénévoles, habitants et habitantes, riverains à courte ou longue distance sont intoxiquées durablement.
Car, non seulement les particules fines – dont sont faits les énormes nuages de fumée – sont chargées en résidus toxiques de combustion, mais les forêts de pin qui brûlent répandent d’autres poisons, ceux de pesticides (dont en particulier le glyphosate) répandus pour que rien d’autre que des pins ne pousse dans ces forêts, exploitées industriellement, pour le bois et la pâte à papier. Les poussières fines issues des incendies sont contaminées par les produits de combustion du bois – hautement toxiques à court et long terme – mais aussi par d’autres substances toxiques (en particulier des pesticides) qui partent elles-mêmes en fumée. Le danger n’est pas seulement respiratoire. La peau, au contact de ces toxiques, les absorbe. La pénétration cutanée est une voie de contamination redoutable et le plus souvent négligée.
Nous devons nous mobiliser pour exiger la mise en place d’un suivi sanitaire individualisé, pour chacun des pompiers luttant dans cet enfer, pour tous les intervenants bénévoles, mais aussi pour chaque personne de l’ensemble des zones sous le vent de ces poussières mortelles.
Oui ces particules sont mortelles, à court terme
Car la santé est menacée :
* pour toute personne en insuffisance respiratoire,
* pour tout enfant dont les voies respiratoires sont en cours de formation,
* pour tout ouvrière/ouvrier, agricultrice/agriculteur, déjà soumis dans son métier à l’exposition à des substances dangereuses,
* pour les personnes souffrant de maladies chroniques.
Oui, ces particules fines sont mortelles à moyen et long terme !
Car ces fumées sont cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction.
Mais des démarches de santé publique sont possibles pour prendre soin de toutes celles et ceux qui sont victimes de cette contamination.
Malheureusement, quel que soit le gouvernement, les autorités françaises refusent depuis toujours la mise en place du suivi médical post-contamination et d’un véritable travail de recensement des pathologies graves, consignant les histoires professionnelles et environnementales des victimes dans ce qu’on appelle des « registres ». Nos autorités gouvernementales, parlementaires, et autres s’obstinent à renvoyer chacun à sa propre solitude (voire culpabilité), face à un système de soins rendu exsangue par décisions politiques.
Pourtant, ailleurs, des professionnels de la santé publique, qui avaient le sens de leurs responsabilités, ont su réagir tout autrement. Lors du désastre du World Trade Center, en 2001, un suivi médical gratuit a été immédiatement mis en place pour les victimes. Voici quelques extraits de ce programme de suivi qui, depuis 25 ans, accompagne la santé des pompiers, intervenants, riverains du site.
Exigeons la même démarche en France, pour toutes les victimes des incendies 2026. Ce suivi est est un droit pour tous! Mobilisons-nous pour l’obtenir.
*-*
Après le Désastre du World Trade Center en 2001
Des centaines de milliers de personnes se trouvant dans la zone sinistrée de New York (NYC), au Pentagone et sur le site du crash à Shanksville, en Pennsylvanie, ont été exposées à la poussière, aux débris et à des conditions stressantes tant sur le plan physique qu’émotionnel, le 11 septembre 2001 et les jours suivants. Des travailleurs et des bénévoles ont mené des opérations de sauvetage, de récupération, de nettoyage et d’autres services de soutien connexes dans les zones sinistrées. De nombreuses autres personnes vivaient, travaillaient, allaient à l’école ou fréquentaient des crèches dans ces mêmes zones.
L’analyse de la poussière et d’autres dangers ou facteurs de stress a révélé la présence de nombreuses substances toxiques sur les trois sites de la catastrophe, susceptibles de provoquer ou d’aggraver des problèmes de santé à court et à long terme chez les personnes exposées. Ces contaminants sont restés présents dans le sud de Manhattan et dans certaines parties de Brooklyn pendant des mois après le 11 septembre. Aujourd’hui, bon nombre de personnes ayant été exposées à ces toxines sont malades.
Le Congrès américain a créé le Programme de santé du WTC afin d’assurer un suivi médical et un traitement pour les pathologies certifiées liées au WTC, sans frais à la charge des personnes directement touchées par les attentats du 11 septembre à New York, au Pentagone et à Shanksville, en Pennsylvanie.
Résultats du programme 25 ans plus tard
L’adhésion au Programme de santé du WTC pourrait être associée à une espérance de vie plus longue chez les intervenants du 11 septembre. Une nouvelle étude portant sur plus de 28 000 intervenants du 11 septembre a révélé que ceux qui étaient inscrits au Programme de santé du World Trade Center (WTC) présentaient un risque de décès inférieur à celui des intervenants qui n’étaient pas inscrits au programme. Ces résultats suggèrent que les services proposés par le programme — tels que le suivi médical régulier, l’accès aux traitements et les soins préventifs — aident les intervenants inscrits à rester en meilleure santé et à vivre plus longtemps. Cette recherche souligne l’importance des programmes de santé à long terme pour les personnes exposées à des risques environnementaux et professionnels. Un soutien continu à ces programmes peut jouer un rôle essentiel dans l’amélioration des résultats en matière de santé et dans la sauvegarde de vies humaines.L’étude, intitulée « Effet du programme de santé du World Trade Center sur la mortalité chez les intervenants du 11 septembre », a été publiée dans la revue Annals of Epidemiology en mars 2026. [Traduit par Annie Thébaud-Mony avec DeepL.com]
Annie Thébaud-Mony, 30 juillet 2026
Sociologue de la santé, chercheuse honoraire à l’INSERM, spécialiste de la lutte contre les cancers professionnels, l’amiante et les risques du travail
https://blogs.mediapart.fr/annie-thebaud-mony/blog/300726/incendies-pour-un-suivi-sanitaire-gratuit-des-victimes?userid=d5c4f28e-2b3d-40fc-bd31-c58439498e8d
De l’autrice :
Préface d’Annie Thébaud-Mony à l’ouvrage AZF/Total responsable et coupable
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2018/09/21/preface-dannie-thebaud-mony-a-louvrage-azf-total-responsable-et-coupable/
La science asservie. Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheur
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2014/12/01/lobligation-de-subir-nous-donne-le-droit-de-savoir-pour-agir-contre-les-crimes-industriels/
