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Clémen­tine Autain, « Mélan­co­lie du désastre annoncé »

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Avec le retour du confi­ne­ment, notre société ne semblait pas, de prime abord, retrou­ver l’at­mo­sphère de suspen­sion du prin­temps dernier. L’ar­rêt beau­coup plus partiel de l’ac­ti­vité écono­mique et l’ou­ver­ture des écoles parti­cipent de cette sensa­tion d’entre-deux incer­tain. Ce qui ne change pas, c’est l’in­co­hé­rence et l’im­pré­pa­ra­tion des déci­sions du gouver­ne­ment. C’est aussi le carac­tère arti­fi­ciel des cycles média­tiques. L’ac­tua­lité semble être vidée de toute substance quand la couver­ture du Covid-19 devient une boucle médico-poli­tique sans fin et sans grand débats démo­cra­tiques, repo­sant de moins en moins sur des infor­ma­tions, faute de “nouveauté”.

Dans ce climat anxio­gène et morose, les glis­se­ments de terrain de notre démo­cra­tie ne font pas la Une mais sont pour­tant sérieux et nombreux.

Depuis que le conseil de défense prend les déci­sions, au mépris des règles consti­tu­tion­nelles qui lui confèrent un rôle mili­taire, l’As­sem­blée natio­nale devient une chambre d’en­re­gis­tre­ment des déci­sions gouver­ne­men­tale. L’État de droit, les liber­tés indi­vi­duelles et collec­tives, la vita­lité démo­cra­tique vont-ils bien­tôt deve­nir de vieux souve­nirs ? Le glis­se­ment auto­ri­taire de notre régime poli­tique, s’il n’est pas au cœur du débat public, est un fait des plus inquié­tants.

Nous en sommes là. Des enfants de 10 ans sont inter­pel­lés pour “apolo­gie de terro­risme” après avoir répété bête­ment des propos qu’ils disent avoir enten­dus dans les médias. Trois ans de prison sont désor­mais envi­sa­gés pour ceux qui occu­pe­ront une univer­sité. Prison égale­ment pour celles et ceux qui filme­ront des poli­ciers. Et toujours ce senti­ment que nous échappe, dans le silence, le gouver­nail de nos desti­nées collec­tives. Chez les petits commerçants lâchés par un gouver­ne­ment inca­pable de permettre aux maigres aides d’ar­ri­ver assez vite, l’in­com­pré­hen­sion et la rancœur règnent. Pour Amazon et les grandes surfaces c’est busi­ness as usual.

Face aux rois de la Start-up, le dialogue est inexis­tant comme si le sursis imposé de nos vies sociales devait être aussi celui de nos possi­bi­li­tés d’agir, de s’op­po­ser, de propo­ser. Quant au défi clima­tique, il semble avoir repris sa place au sein des préoc­cu­pa­tions loin­taines dans ce faux semblant de réalité qui nous échappe.

À gauche, et chez tous celles et ceux qui vivent cette hallu­ci­na­tion du quoti­dien, le vide veut s’im­po­ser en lieu et place de nos combats, nos espoirs, de nos vécus. Ce songe éveillé n’a pas d’ave­nir, le réveil sera brutal. Tenons tête à cette mélan­co­lie contre­faite. Ils sont à bout de souffle mais rien ne nous empê­chera de reprendre corps.

Clémen­tine Autain

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