29 avril 2026

Mediapart. Une réunion intersyndicale nationale pour dénoncer l’imposture sociale de l’extrême-droite.

Face à l’extrême droite, les syndicats veulent organiser la riposte
Réunis à la Bourse du travail, à Paris, les représentants de la CGT, de la CFDT et de l’Unsa ont animé une demi-journée de réflexion sur la lutte contre l’extrême droite. À trois ans de la présidentielle, ils entendent réaffirmer le rôle central des syndicats, aux côtés d’alliés italiens et allemands.
Mediapart Youmni Kezzou 16 avril 2024 à 19h27

« L’extrême« L’extrême droite se coordonne au niveau européen, alors nous aussi », prévient Sophie Binet. Mardi 16 janvier, à la Bourse du travail de Paris, la secrétaire générale de la CGT participe à une matinée de débats coorganisée avec la CFDT et l’Unsa. L’objectif : engager un travail unitaire sur la réponse syndicale à apporter face à la montée des extrêmes droites européennes. Des leaders syndicaux allemands et italiens ont été invités à contribuer à la réflexion. « Il faut démasquer l’imposture sociale du RN, poursuit Sophie Binet. C’est l’enjeu de ces discussions. Il faut montrer aux travailleurs et aux travailleuses ce que l’extrême droite porte quand elle est au pouvoir. »

(…) « Nous n’avons jamais eu la main qui tremble face à l’extrême droite, et nous ne l’aurons jamais. On ne peut pas avoir le moindre doute, car eux n’en ont aucun, martèle le secrétaire général adjoint de l’Unsa, Dominique Corona. On préfère perdre des adhérents mais rester fermes sur nos valeurs, il n’y a que comme ça que l’on peut gagner. »

« Nos centrales ont clairement affiché leur opposition avec l’extrême droite : on ne débat pas avec elle, on la combat », poursuit Marylise Léon, de la CFDT, avant de s’inquiéter de la disparition progressive du débat politique dans l’enceinte de l’entreprise. « C’est de plus en plus difficile aujourd’hui d’avoir des discussions politiques au sein de la sphère du travail, regrette-t-elle. Il faut démasquer ce qu’est l’extrême droite, expliquer ce que c’est aux travailleurs, leur montrer que voter pour l’extrême droite, c’est voter contre ses propres droits. Il faut pointer concrètement les idées qu’ils portent, leurs votes. Les syndicats sont encore une digue, il faut qu’on tienne. »

À ses côtés, Yasmin Fahimi, présidente de la Confédération allemande des syndicats (DGB), insiste sur la nécessité de « rappeler que la vision de l’extrême droite, qui tente de transformer les conflits de la société en conflit contre les étrangers, n’est évidemment pas la bonne manière de faire ». « On a des conflits autour des salaires, des conditions de vie, de l’égalité des chances, dit-elle. Voilà ce sur quoi il faut lutter. Et cela n’a rien à voir avec la question des étrangers : créer une forteresse, se couper du reste du monde ne changera rien. »

Réaffirmer le rôle central des syndicats

Maurizio Landini, secrétaire général de la Confédération générale italienne du travail (CGIL) – l’un des principaux syndicats italiens –, est quant à lui venu témoigner de l’offensive engagée par Giorgia Meloni contre les travailleurs, les travailleuses et les organisations représentatives depuis son arrivée au pouvoir dans la péninsule. « Nous sommes face à un gouvernement qui ne reconnaît pas le rôle des organisations syndicales, indique-t-il. Il n’y a pas de discussion, ce gouvernement commande au lieu de gouverner. Il n’y a pas de dialogue social : le gouvernement te convoque et il décide. » Auteur d’une note sur « les syndicats et le populisme de droite en Europe », Hans-Jürgen Bieling, professeur d’économie politique, est venu rappeler le danger que représente la volonté des extrêmes droites de dépolitiser les combats syndicaux. « L’objectif des partis d’extrême droite, c’est de tuer la dimension politique des syndicats, d’en faire des organisations équidistantes de tous partis », met-il en garde. « Un travailleur, c’est un citoyen qui n’arrête pas d’être citoyen quand il est au travail, ajoute Marylise Léon. Un syndicat doit porter un projet de société pour obtenir du progrès social. »

Face à ces tentatives de dépolitisation, les orateurs et oratrices s’accordent sur l’impératif de porter un projet de transformation de la société. Dominique Corona de l’Unsa prévient : « Si on veut combattre le RN, il faut redonner de l’espoir aux travailleurs qui ont besoin de ne plus se sentir déclassés, isolés. » « On ne se limite pas à critiquer l’extrême droite, assure Maurizio Landini. Nous demandons surtout que tous ceux qui ne sont pas d’extrême droite changent de politique. Nous croyons que la logique de l’austérité fait des dommages importants, il faut la changer si l’on veut lutter de manière efficace contre l’extrême droite qui exploite ces inégalités. »

Sophie Binet abonde : « On ne gagnera pas la bataille par des discours moralisateurs, il faut qu’on porte des alternatives fortes. L’extrême droite prospère aussi sur le fait que la majorité des forces politiques ont renoncé à affronter les forces du marché. Nous devons aider à la mise en place d’alternatives progressistes. »

« Pour apporter une note d’espoir, Yasmin Fahimi, de la DGB, rappelle la grande mobilisation populaire déclenchée en Allemagne après la révélation d’un plan secret de cadre de l’AfD pour programmer la « remigration » de millions de citoyen·nes : « Je suis très optimiste, lance-t-elle. En Allemagne, il y a eu des millions de personnes dans les rues contre l’extrême droite. On veut profiter de cette impulsion, nous pensons qu’il est possible de faire reculer ces tendances. »

La secrétaire générale de la CGT préfère de son côté convoquer le souvenir du Front populaire et la récente union de la gauche espagnole pour vanter la nécessité d’une unité face aux extrêmes droites : « L’unité joue un rôle central face au fascisme, il faut que nous soyons capables de nous rassembler, conclut-elle. Il est minuit moins le quart, l’extrême droite est aux portes du pouvoir, et les organisations syndicales peuvent jouer un rôle majeur pour empêcher ce basculement. 

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