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Migrants en Hautes-Alpes : un témoi­gnage

Samedi une femme et son bébé à l’aune de sa nais­sance auraient pu mourir. Le père et deux enfants ont été renvoyés en Italie alors même que leur femme et mère était trans­por­tée d’ur­gence (après une heure bloquée par la douane) à l’hô­pi­tal pour y accou­cher.
Et l’homme qui les a sauvés est convoqué à la paf. Combien de temps lais­sera-t-on encore notre pays s’en­fon­cer dans l’in­hu­main de la sorte ? 

Nous repro­dui­sons le témoi­gnage paru sur le blog « Migrants en Hautes-Alpes » https://www.face­book.com/events/168725480593316/

Le récit :
Samedi 10/03/18, Mont­ge­nèvre aux alen­tours 21h,

Une maraude ordi­naire comme il s’en passe tous les jours depuis le début de l’hi­ver. Au pied de l’obé­lisque, une famille de réfu­giés marche dans le froid. La mère est enceinte. Elle est accom­pa­gnée de son mari et de ses deux enfants (2 et 4 ans). Ils viennent tout juste de traver­ser la fron­tière, les valises dans une main, les enfants dans l’autre, à travers la tempête. Nous sommes 2 marau­deurs à les trou­ver, à les trou­ver là, désem­pa­rés, frigo­ri­fiés. La mère est complè­te­ment sous le choc, épui­sée, elle ne peut plus mettre un pied devant l’autre. Nos ther­mos de thé chaud et nos couver­tures ne suffisent en rien à faire face à la situa­tion de détresse dans laquelle ils se trouvent. En discu­tant, on apprend que la maman est enceinte de 8 mois et demi. C’est l’alarme, je décide de prendre notre véhi­cule pour l’ emme­ner au plus vite à l’hô­pi­tal. Dans la voiture, tout se déclenche. Arri­vés au niveau de la Vachette (à 4km de Briançon), elle se tord dans tous les sens sur le siège avant. Les contrac­tions sont bien là… c’est l’ur­gence. J’ accé­lère à tout berzingue. C’est la panique à bord. 

Lancé à 90km/h, j’ arrive à l’en­trée de Briançon… et là, barrage de douane. Il est 22h. « Bon sang, c’est pas possible, merde les flics ! ». Herse au milieu de la route, ils sont une dizaine à nous arrê­ter. Commence alors un long contrôle de police. « Qu’est ce que vous faites là ? Qui sont les gens dans la voiture ? Présen­tez nous vos papiers ? Où est ce que vous avez trouvé ces migrants? Vous savez qu’ils sont en situa­tion irré­gu­lière !? Vous êtes en infrac­tion !!! »… Un truc devenu habi­tuel dans le Briançon­nais. Je les presse de me lais­ser l’em­me­ner à l’hô­pi­tal dans l’ur­gence la plus totale. Refus ! Une doua­nière me lance tout d’abord « comment vous savez qu’elle est enceinte de 8 mois et demi ? » puis elle me stipule que je n’ai jamais accou­ché, et que par consé­quent je suis inca­pable de juger de l’ur­gence ou non de la situa­tion. Cela m’exas­père, je lui rétorque que je suis pisteur secou­riste et que je suis à même d’éva­luer une situa­tion d’ur­gence. Rien à faire, la voitu­rene redé­col­lera pas. Ils finissent par appe­ler les pompiers. Ces derniers mettent plus d’une heure à arri­ver. On est à 500 mètres de l’hô­pi­tal. La maman conti­nue de se tordre sur le siège passa­ger, les enfants pleurent sur la banquette arrière. J’en peux plus. Une situa­tion absurde de plus.

Il est 23h passés, les pompiers sont là…ils emmènent après plus d’une heure de supplice la maman à l’hosto. Les enfants, le père et moi-même sommes conduits au poste de police de Briançon à quelques centaines de mètres de là. Fouille du véhi­cule, de mes affaires person­nelles, contrôle de mon iden­tité, ques­tions diverses et variées, on me remet une convo­ca­tion pour mercredi prochain à la PAF de Mont­ge­nèvre. C’est à ce moment-là qu’on m’ex­plique que les doua­niers étaient-là pour arrê­ter des passeurs. 

Le père et les deux petits sont expul­sés vers l’Ita­lie. Pendant ce temps-là , le premier bébé des maraudes vient de naître à Briançon. C’est un petit garçon, né par césa­rienne. Séparé de son père et de ses frères, l’hô­pi­tal somme la PAF de les faire reve­nir pour être au côté de la maman. Les flics finissent par obtem­pé­rer. Dans la nuit, la famille est à nouveau réunie.

La capa­cité des doua­niers à évaluer une situa­tion de détresse nous laisse perplexes et confirme l’in­ca­pa­cité de l’État à comprendre le drame qui se trame à nos maudites fron­tières.

Quant à nous, cela nous renforce dans la légi­ti­mité et la néces­sité de conti­nuer à marau­der… toutes les nuits.

Signé : Un marau­deur en infrac­tion.

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