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Paris : une Nuit du nouveau monde ?

Une Nuit debout pas tout à fait comme les autres hier soir place de la Répu­blique à Paris. Une réunion de conver­gence des luttes s’est tenue à la Bourse du travail voisine avec retrans­mis­sion sur la place. Toute la ques­tion était de savoir comment passer à la vitesse supé­rieure pour faire céder le gouver­ne­ment. Une place de la Répu­blique bondée avec en final, le quatrième mouve­ment de la Sympho­nie du Nouveau monde de Dvorak inter­pré­tée par l’Or­chestre debout.

Soirée excep­tion­nelle place de la Répu­blique à Paris ce mercredi 20 avril 2016. Après une ving­taine de jours d’oc­cu­pa­tion de la place de la Répu­blique et la multi­pli­ca­tion des Nuit debout dans diffé­rentes loca­li­tés et régions, il était néces­saire de donner des pers­pec­tives nouvelles à ce mouve­ment. Rappe­lons que celui-ci est le produit de la tension entre un gouver­ne­ment qui s’obs­tine à main­te­nir sa loi Travail contre une popu­la­tion qui la rejette majo­ri­tai­re­ment et ne trouve pas les moyens de s’y oppo­ser concrè­te­ment. Un mouve­ment qui traduit une aspi­ra­tion à une démo­cra­tie véri­table. C’est dans ce contexte que le jour­nal Fakir, initia­teur de ces Nuit debout, a appelé à une réunion de prépa­ra­tion de « l’étape d’après » à la Bourse du travail située à côté de la place.

Bien avant 19h, la Bourse du travail était pleine. Une retrans­mis­sion sonore en strea­ming est prévue et un camion sono est installé rapi­de­ment sur un angle de la place de la Répu­blique pour une audi­tion publique. Au-delà de la multi­pli­cité des initia­tives Nuit debout, la réunion porte prin­ci­pa­le­ment sur les diffé­rentes tenta­tives de faire la jonc­tion avec le monde du travail. Ici, une initia­tive des étudiants de Nanterre de rencon­trer les chemi­nots dans les diffé­rentes gares de Paris, ailleurs, de multiples grèves sauvages notam­ment à La Poste sans parler des initia­tives de Nuit debout pour rencon­trer les travailleurs de Renault. En point d’orgue, la jour­née de grève à la SNCF prévue le 26 avril et surtout la jour­née inter­pro­fes­sion­nelle du jeudi 28 avril. Très vite la ques­tion centrale de la grève géné­rale recon­duc­tible jusqu’au retrait de la loi Travail est posée, avec en toile de fond, le posi­tion­ne­ment des grandes centrales syndi­cales vis-à-vis du mouve­ment.

Birgit, repré­sen­tant l’Union Dépar­te­men­tale CGT de Paris, a pris la parole. Elle fait part des inter­ro­ga­tions de la CGT sur le mouve­ment Nuit debout et pose rapi­de­ment la pers­pec­tive de savoir comment construire la mobi­li­sa­tion pour le retrait de la Loi travail et en faveur de la réduc­tion du temps de travail pour donner à toutes et tous un travail comme alter­na­tive. Elle appelle au succès de la jour­née inter­pro­fes­sion­nelle du 28, en rappe­lant qu’il avait été décidé de bloquer ce jour-là la produc­tion d’es­sence. Elle conclut en indiquant que si Nuit debout a peut-être peur d’être récu­pé­rée par la CGT, la CGT a elle peut-être aussi peur de l’in­ver­se…

Frédé­ric Lordon mettra en garde l’as­sis­tance contre la tenta­tion du « all inclu­sive » dans les assem­blées. Nuit debout a pour objec­tif le retrait de la loi El Khomry et de ce point de vue, selon lui, Finkel­kraut n’était pas bien­venu place de la Répu­blique. Il indique la conco­mi­tance du combat pour le retrait de cette loi, de la réduc­tion du temps de travail et d’autres avan­cées remet­tant en cause le pouvoir des action­naires.

Manon, étudiante, a fait part de la tenue ce week-end dernier de la coor­di­na­tion étudiante à Toulouse qui apporte son soutien à Nuit debout. Maxime de la coor­di­na­tion des inter­mit­tents et précaires rappelle que, dans le contexte actuel du chômage, le patro­nat exige 800 millions d’eu­ros d’éco­no­mie à l’Uné­dic, dont 185 pour les seuls inter­mit­tents du spec­tacle. Loïc de la CGT spec­tacle demande que les syndi­cats déposent dès main­te­nant des préavis de grève pour le 29 et le 30 avril pour permettre la grève recon­duc­tible. La ques­tion du rejet du Tafta (Traité de libre échange Europe États-Unis) est elle aussi posée.

Un inter­ve­nant propose que le 7 et 8 mai, un Global debout se tienne sur diffé­rentes villes de la planète. Diffé­rentes personnes s’ex­priment à la suite, de façon souvent désor­don­nées et hors du sujet, avec des tenta­tives déses­pé­rées de François Ruffin de Fakir pour rappe­ler que l’objet de la réunion est le passage de la mobi­li­sa­tion à la vitesse supé­rieure. Un accord se fait jour pour rencon­trer la CGT actuel­le­ment en congrès à Marseille et invi­ter les syndi­cats à pour­suivre la mani­fes­ta­tion du 1er mai jusqu’à la place de la Répu­blique pour termi­ner par une grande soirée festive. En conclu­sion et non sans humour, François Ruffin propose à l’as­sem­blée de jurer solen­nel­le­ment d’une voix grave que « plus jamais, je ne vote­rai PS ».

Dehors, la Place de la répu­blique est déjà pleine. Pendant que l’AG quoti­dienne se tenait, un « Orchestre debout » qui s’était consti­tué quelques jours plus tôt sur Frama­date a alors entamé la sympho­nie n°9 dite du « nouveau monde » d’An­to­nin Dvorak dans cette magni­fique nuit de pleine lune. Le besoin de se retrou­ver toute et tous, de façon convi­viale, pour montrer notre force collec­tive, notre volonté de vivre ensemble, libres et égaux, l’exact inverse de cette abro­ga­tion du code du travail qu’un gouver­ne­ment  de plus en plus illé­gi­time veut à tout prix faire passer.

Le lende­main matin, jour­nal de 6h30 de France 2. Les répa­ra­teurs auto­mo­biles pour­ront désor­mais utili­ser des pièces d’oc­ca­sion, Volks­wa­gen indem­ni­sera les proprié­taires d’au­to­mo­bile de la marque aux États-Unis, 500 migrants sont peut-être morts dans un naufrage en Médi­ter­ra­née, Élisa­beth II fête son 90ème anni­ver­sai­re… La vie reprend son cours… Jusqu’à quand ?

Benoît Borrits. Publié sur le site de auto­ges­tion.asso

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