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Quelques remarques sur les élec­tions en Corse

Une tribune libre de notre cama­rade Daniel Desmé

Quelques remarques immé­diates sur le résul­tat des élec­tions en Corse. Cela néces­si­te­rait une analyse plus fouillée, surtout pour des lecteurs et lectrices peu informé-es de la situa­tion terri­to­riale. A voir plus tard, s’il y a des ques­tions. Il ne s’agit bien sûr que d’une posi­tion person­nelle qui ne saurait enga­ger que moi (et quelques autres en Corse sans doute mais à qui je n’ai pas demandé leur avis!). Donc une espèce de tribune libre soumise à la ques­tion, comme on disait du temps de l’inqui­si­tion. Main­te­nant on dit texte martyr. C’est reli­gieu­se­ment plus valo­ri­sant.

1. Une surprise pour tout le monde, y compris pour les natio­na­listes. Quoique… Quelques signes pouvaient lais­ser présa­ger un tel résul­tat, mais comme toujours sans obli­ga­tion. Et comme souvent, plus facile à dire après-coup. Parmi ces signes, une muni­ci­pa­lité, Bastia, deuxième ville de Corse et préfec­ture de Haute Corse, passée aux mains de de Gilles Simeoni lors des dernières muni­ci­pales. Ville « tenue » depuis des lustres par le clan Zucca­relli, PRG, dont Emile fut un fugace ministre des Postes sous je ne sais plus quel gouver­ne­ment de gauche. Et une montée surpre­nante des voies natio­na­listes lors des muni­ci­pales dans certains villages. Le tout sur un fond de parti­ci­pa­tion incon­nue dans le reste du terri­toire français : plus de 60% de votants.

2. Un senti­ment natio­nal fort qui s’est main­tenu contre vents et marées, malgré toutes les aven­tures du mouve­ment natio­nal. Ce senti­ment prend racine dans la réalité d’une domi­na­tion symbo­lique et pratique contre la commu­nuté histo­rique corse. Doublée d’une stig­ma­ti­sa­tion et d’un racisme anti-corse latent qui ne demande qu’à  s’ex­pri­mer à l’oc­ca­sion. Oui, je sais. Employer le terme « commu­nauté » ne serait pas très poli­tique­ment correct par les temps qui courent. Sauf quand on se drape dans le drapeau de la « commu­nauté natio­nale de France », n’est-il pas ?

3. Une situa­tion de frus­tra­tion face à la poli­tique écono­mique lais­sant sur le carreau bien des corses. Le tout doublé de la certi­tude chez beau­coup qu’il n’y a rien à attendre de l’Etat français. Ce qui est une réalité. Sans parler d’un discours français pour le moins condé­cen­dant, voire insul­tant contre le peuple corse, nié dans ses droits. Sauf au moment des élec­tions évidem­ment pour rabattre des voix, ce à quoi le clan dans toutes ses varié­tés de « gauche « (?) comme de droite donnait volon­tiers la main (et les urnes). Chas­sez le natu­rel, il revient au galop dans la bouche des poli­ti­ciens français, les « terro­ristes » auraient pris le pouvoir ! C’est une bien bonne arme que cette notion de « terro­risme ».

4. Donc avec une désaf­fec­tion vis à vis de ce qui s’ap­pelle la gauche. Au moins aussi impor­tante qu’en France. Trop liée aux pratiques clanistes.

5. Le PC.  Il gérait le Terri­toire avec le PRG, la force la plus forte dans la « gauche ».     Pour avoir refusé toute alliance avec d’autres forces à gauche le PC est parti seul. Son score signe un déclin certain, sinon final. Mais suffi­sant pour fusion­ner avec le PRG, ce qui était le but de la manoeuvre. Il a ainsi sauvé 2 sièges dans la débâcle.

6. Le PRG lui-même inté­grait dans sa liste un candi­dat affai­riste de droite notoire. Ce qui n’aide pas à la clari­fi­ca­tion, il faut admettre.

6. Le PS n’a jamais vrai­ment été réel­le­ment implanté dans l’île.

7. A gauche de gauche. Le PC a refusé l’al­liance que leur propo­sait A Manca Alter­na­tiva, membre d’En­semble!, avec les Verts. Résul­tat, A Manca Alter­na­tiva ne s’est pas présenté.

8. Dans le Mouve­ment natio­nal. A gauche, il existe une forma­tion poli­tique A Manca, anté­rieure à l’orga d’En­semble! et dont plusieurs membres sont issus d’une orga qui fut liée poli­tique­ment à la LCR. Fina­le­ment, ne trou­vant pas de parte­naires  pour défendre à la fois le droit du peuple corse à  s’au­to­dé­ter­mi­ner et pour un programme d’ur­gence dans ce cadre, il appe­lait au boycott. Ce qui en Corse ne marche que très rare­ment. Les natio­na­listes en ont fait les frais au début.

9. L’ex­trême droite. Depuis quelques scru­tins, elle progrese. Bien moins qu’en France, mais quand même. Et elle s’ex­prime abon­dam­ment sur les réseaux sociaux. Sur la ques­tion natio­nale corse, elle appa­raît divi­sée. Le discours tradi­tion­nel du FN était hors de France point de salut et haro sur les terro­ristes sépa­ra­tistes. Aujourd’­hui, une partie du mouve­ment se coule dans le discours natio­na­liste et se font les défen­seurs du peuple corse pour cibler les enva­his­seurs. Arabes natu­rel­le­ment. Cette « révi­sion » est m^me soute­nue par des respon­sables FN français. Certains mili­tants s’in­té­grant même comme membres de tel ou tel parti natio­na­liste.

Globa­le­ment les direc­tions natio­na­listes sont anti FN pour de vrai. Mais une approche raciste existe en Corse comme en France. Et le profil défendu par certains natio­na­listes d’une maîtrise néces­saire de l’im­mi­gra­tion donne du grain à moudre à ces tenta­tions racistes. On peut poser l’hy­po­thèse que des voix d’ex­trême droite se soient portées sur les natio­na­listes au 2ème tour.

10. Le vote natio­na­liste est clai­re­ment  ici un vote inter­clas­siste et un vote d’af­fir­ma­tion des droits du peuple corse, y compris dans ses versions contra­dic­toires, faute d’une offre crédible à gauche capable de défendre un programme de défense des besoins sociaux des classes popu­laires ET des droits démo­cra­tiques du peuple corse à s’au­to­gé­rer collec­ti­ve­ment. Ceux-ci ont réussi à atti­rer des élec­teurs qui votaient tradi­tion­nellment PRG ou à droite (celle-ci partant divi­sée par ailleurs), sur la base de la défense des inté­rêts d’en­tre­pre­neurs corses, voire de spécu­la­teurs notoires.

11. Et main­te­nant, que vont-il faire ? Deux défis sont devant eux. Le leader indé­pen­dan­tiste devenu président de l’As­sem­blée terri­to­riale, mino­ri­taire dans la coali­tion natio­na­liste, a clai­re­ment déclaré que la ques­tion de l’in­dé­pen­dance n’était pas à l’ordre du jour

Comment négo­cier avec l’Etat français les droits poli­tiques, sociaux, cultu­rels du peuple corse. La reven­di­ca­tion de la coof­fi­cial­lité de la langue et son appren­ti­sage obli­ga­toire par exemple. Quand on voit que le gouver­ne­ment recule devant une signa­ture, bien étriquée d’ailleurs, de la Charte des langues dites mino­ri­taires (pour qui et qui en décide ?), on mesure la diffi­culté.

Et que dire de la lutte contre la spécu­la­tion foncière, fondée sur un tout tourisme de luxe, qui ne permet pas aux insu­laires de trou­ver à se loger à des prix abor­dables, à la défense du litto­ral, à la lutte contre le travail précaire et sous déclaré, etc… Et contre le racisme, natu­rel­le­ment.

C’est main­te­nant l’heure de vérité. Y compris pour les forces de l’éman­ci­pa­tion en Corse. Tout le problème. Encore qu’il n’est pas inutile de rappe­ler ce que disait Marx à propos de l’Ir­lande : à savoir que le mouve­ment ouvrier anglais devait défendre bec et ongles les reven­di­cations natio­nales du peuple irlan­dais. Vaste ques­tion ! Quand on a entendu les propos de Mélen­chon à Bastia, on n’est pas sorti de l’au­berge.

Daniel Desmé

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