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Covid-19. « Les cadres en télé­tra­vail, les prolos au char­bon »; Autain.

Regards; 18–3–2020

http://www.regards.fr/poli­tique/article/tribune-les-cadres-en-tele­tra­vail-les-prolos-au-char­bon

« La crise sani­taire liée à la pandé­mie du Covid-19 impose un confi­ne­ment natio­nal comme l’a décidé le gouver­ne­ment. Mais ce confi­ne­ment reste rela­tif et il est diver­se­ment appliqué aux travailleurs et aux travailleuses. Le point de vue de Clémen­tine Autain, dépu­tée La France insou­mise et co-direc­trice de Regards.

« Ce matin, je suis saisie par plusieurs récits que j’ai pu lire de sala­riés litté­ra­le­ment apeu­rés d’al­ler travailler dans des condi­tions sani­taires risquées alors même qu’ils n’oc­cupent pas de métiers essen­tiels.

Nous connais­sons la situa­tion des person­nels hospi­ta­liers qui manquent de masques et de gel hydro­al­coo­lique, de person­nels et de lits – sans doute allons-nous massi­ve­ment et bruta­le­ment prendre conscience des graves méfaits de trente ans de poli­tique néoli­bé­ra­le… Les person­nels médi­caux sont les premiers au front, leur métier nous est évidem­ment indis­pen­sable. Les pouvoirs publics doivent les soute­nir de façon concrète et urgente. J’ai trouvé bien étrange ces propos du ministre du budget Gérald Darma­nin invité ce matin chez Jean-Jacques Bour­din : « La meilleure prime que l’on peut donner aux soignants, c’est de respec­ter les gestes sani­taires ». Bien sûr, nos gestes barrière sont déci­sifs mais cela ne peut dédoua­ner le gouver­ne­ment de prendre ses respon­sa­bi­li­tés en annonçant des primes, des moyens pour les person­nels médi­caux qui sont expo­sés comme jamais, avec des hôpi­taux publics qui étaient déjà en burn out avec le coro­na­vi­rus. Imagi­nons, espé­rons, bataillons pour que cette ques­tion puisse être au plus tard trai­tée quand le cœur de la crise sani­taire sera derrière nous…

Proté­geons les travailleurs et les travailleuses

Là, on pense égale­ment à tous les person­nels indis­pen­sables qui travaillent pour la chaîne alimen­taire, les phar­ma­cies, les tabac presse, les trans­ports. Beau­coup ne béné­fi­cient pas de gants protec­teurs, de masques, de distance de sécu­rité avec les collègues ou les clients. Elles et ils partent travailler la boule au ventre. On peut arrê­ter beau­coup de choses mais pas de se soigner, ni de manger. Les gens qui travaillent dans ces secteurs doivent être encou­ra­gés, salués et munis au plus vite du plus vite de toutes les protec­tions possibles. Mais pour les autres ?

Alors que le message « Restez chez vous » est partout, comment expliquer que des emplois non essen­tiels soient toujours en acti­vité ? Les dispo­si­tions légales de ferme­ture laissent, pour l’ins­tant (mais le temps presse quand on lutte contre la propa­ga­tion d’un virus), à l’ap­pré­cia­tion des employeurs. Quand j’ai entendu cette préci­sion, j’ai sursauté. Ce sont donc les employeurs qui sont juges pour déci­der de main­te­nir ou d’ar­rê­ter l’ac­ti­vité ? C’est là que des choix pris par les personnes concer­nées, les sala­riés eux-mêmes, pren­draient tout son sens. Parce que, sinon, le résul­tat est aujourd’­hui tris­te­ment effrayant… Songeons à tous les person­nels des secteurs ubéri­sés…. L’exemple d’Ama­zone est tragique. Leurs entre­pôts comptent entre 500 et 2.000 personnes et le groupe refuse d’ap­pliquer les consignes de non-rassem­ble­ment de plus de 1.000 personnes. Des cas avérés de coro­na­vi­rus n’ont pas non plus débou­ché sur une cessa­tion de travail – c’est aussi le cas, autre exemple, chez Dunlop en Picar­die où les ouvriers ont dû conti­nuer à travailler malgré un cas avéré de Covid-19. L’ac­ti­vité d’Ama­zon n’est pas indis­pen­sable dans la période mais les person­nels sont sommés d’al­ler au char­bon. Ailleurs, les facteurs ou les person­nels du chan­tier naval de Saint-Nazaire font valoir leur droit de retrait.

Grèves et droits de retrait en pers­pec­tive

En Seine-Saint-Denis, 18 éboueurs travaillant pour Otus, filiale de Veolia de trai­te­ment des ordures ména­gères, ont exercé leur droit de retrait, esti­mant que leur situa­tion de travail présen­tait un danger grave et immi­nent. Abdel­ka­der Dif, repré­sen­tant du person­nel CGT, explique au Monde : « Nous ne dispo­sons d’au­cun masque protec­teur et nous manquons de gel hydro­al­coo­lique. Ce matin, le direc­teur dispo­sait de 14 gels de 100 ml pour 130 sala­riés ! Nous travaillons par équipe de trois, ça ne fait même pas un gel par équipe ! Et il faut rame­ner le gel en fin de tour­née ! Nous exigeons un masque et un gel par sala­rié. D’au­tant que la ferme­ture des bars fait que nous n’avons plus aucun lieu pour nous laver les mains. Tout est fermé, on est seuls, on n’a rien ! Alors qu’en mani­pu­lant les déchets nous sommes deux fois plus expo­sés. » Certains camions-poubelles, qui desservent les villes de Sevran, Trem­blay, Ville­pinte, Les Lilas, Pantin, Romain­ville et du Pré-Saint-Gervais, sont donc restés au garage ce matin. D’autres sont sortis, mais c’est que les collègues ont peur des repré­sailles, beau­coup sont inté­ri­maires.

Des grèves, comme en Italie, vont proba­ble­ment s’en­chaî­ner, et on le comprend, si les pouvoirs publics n’in­ter­viennent pas. Je partage tota­le­ment l’ap­pel de Philippe Marti­nez de la CGT d’ar­rê­ter toute acti­vité non essen­tielle. Le secré­taire géné­ral de la CFDT, Laurent Berger, a égale­ment déclaré que la prio­rité devait être la protec­tion des travailleurs.

Le minis­tère du travail estime que seuls un peu plus de quatre emplois sur dix peuvent être effec­tués en télé­tra­vail. Pour les autres, la situa­tion expose au virus et à une anxiété redou­blée. Les profits ou la vie ? Choi­sis­sons déci­dé­ment la vie.

Clémen­tine Autain

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