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Lettre ouverte à Marcel sur le mili­tan­tisme

Dans Centre Presse du 18 juillet dernier tu écris, Marcel-que-je-ne-connais-pas, sur le sujet de la fête pour sauver l’an­cien Théâtre :

« Ce mouve­ment pour la soi disant défense de l’an­cien théâtre perd des effec­tifs au fil du temps. Comme quoi il est plus facile de soute­nir une action derrière un clavier avec un nombre impres­sion­nant d’amis faux ou vrais. Mais la réalité du mili­tan­tisme c’est sur le terrain qu’il s’ef­fec­tue et se voit ce qui n’est pas le cas ici . L’argent mis au fonc­tion­ne­ment de ce théâtre peut servir aux maisons de quar­tier qui diffu­se­ront plus large­ment la culture pour tous et non à une certaine mino­rité qui veut rester entre elle »

Je ne revien­drai pas sur les argu­ments qui s’op­posent à la vente de l’an­cien Théâtre qui sont abon­dam­ment rensei­gnés sur ce site. Par contre, comme tu parles de la réalité du mili­tan­tisme, je me sens en droit de te propo­ser une réponse sur ce sujet. La voici :

Une fête est une fête

Le « mouve­ment perd des effec­tifs au fil du temps » dis-tu. Sans doute te bases-tu sur la presse locale qui a recensé « 80 à 100 personnes au plus fort de l’après midi ». Le chiffre semble réaliste. Mais pour comprendre ce chiffre il faut se rappe­ler que samedi ce n’était pas un rassem­ble­ment où l’on se compte. C’était une fête. Nous avions deux objec­tifs.

D’une part montrer qu’il y a une place (une place ! Un lieu!) pour des acti­vi­tés cultu­relles sur la place d’Armes. D’autre part infor­mer la popu­la­tion poite­vine des enjeux de la vente de l’an­cien Théâtre. Et ces deux objec­tifs ont été accom­plis au-delà de nos espé­rances.

D’un côté il y a eu une vraie mobi­li­sa­tion du milieu artis­tique du spec­tacle vivant qui a répondu présent à titre béné­vole malgré la période (Ils et elles sont très solli­ci­téEs en juin). D’autre part nous avons récolté plusieurs centaines de signa­tures en un seul après midi ce qui repré­sente autant de discus­sions.

Poser des débats publique­ment

Ainsi, pour la deuxième fois (la première était au Plan B), nous avons fait la démons­tra­tion que l’on peut infor­mer la popu­la­tion et poser les débats. Ce n’est malheu­reu­se­ment pas la poli­tique suivie par la muni­ci­pa­lité qui refuse le débat poli­tique sur la place publique. A ce sujet des élus PS de la muni­ci­pa­lité étaient présentEs à notre soirée au Plan B. Nous avons démon­tré à cette occa­sion que le débat est possible. Pourquoi le refusent-ils à l’en­semble de nos conti­toyenNEs ?

Pour le reste je m’étonne de ta façon d’op­po­ser des formes de mili­tan­tisme qui ne sont pas contra­dic­toires. Selon toi il y aurait d’un côté les mili­tants de « terrain » » et de l’autre ceux de face­book.

Notre présence physique ce samedi comme tous les same­dis, comme à chaque Conseil muni­ci­pal et dans les rues piétonnes, sur les marchés, dément ton affir­ma­tion. De plus, je ne comprends pas ton argu­ment contre les réseaux sociaux alors que la presse souligne à juste titre leur rôle dans les révo­lu­tions arabes, en Turquie et au Brésil. Ça aussi tu trouve que c’est étran­ger à un mili­tan­tisme « vrai » , de « terrain » ?

Tu parles de nous comme d’un mouve­ment « pour la soi-disant défense de l’an­cien Théâtre ». Le monde mili­tant se divi­se­rait donc entre menteurs d’un côté et honnêtes de l’autre. En disqua­li­fiant celui ou celle qui n’est pas d’ac­cord avec toi, tu empêches toute possi­bi­lité d’échange d’ar­gu­ments. C’est bien dommage.

Un raison­ne­ment binaire

Tu affirmes que l’argent écono­misé dans le non fonc­tion­ne­ment de l’an­cien Théâtre « peut servir aux maisons de quar­tiers qui diffu­se­ront plus large­ment la culture pour tous et non à une certaine mino­rité qui veut rester entre elle. »

Passons sur l’ar­gu­ment de la « mino­rité » qui est en passe de recueillir près de 5000 signa­tures contre la priva­ti­sa­tion du bâti­ment.

Pour la quatrième fois, Marcel, tu présentes le monde comme binaire. Après les vrais et les faux mili­tantEs, le mouve­ment qui monte ou qui descend, la mino­rité contre la majo­rité, voici main­te­nant l’ar­gu­ment du centre contre la péri­phé­rie.

Pour toi il semble que dans la ville s’op­posent des « quar­tiers » (forcé­ment popu­laires ») et un centre ville (forcé­ment « bour­geois »). Contrai­re­ment à toi nous ne pouvons nous résoudre aux poli­tiques qui homo­gé­néisent socia­le­ment et cultu­rel­le­ment les terri­toires de la commune et de Grand Poitiers : un centre ville propre, miné­ral, sans voiture et qui se dévi­ta­lise, et une péri­phé­rie où sont renvoyées de plus en plus la majo­rité des acti­vi­tés cultu­relles et des commerces. Pour nous, au contraire, l’es­pace public du centre ville appar­tient à touTEs. Tu sais, on peut mili­ter pour le bras­sage des milieux notam­ment par des pratiques cultu­relles pour touTes.

 Quels choix poli­tiques

Tu dis aussi, Marcel, que l’argent écono­misé ou récolté pour­rait aller aux maisons de quar­tier. À l’heure actuelle ce ne sont que de vagues affir­ma­tions de l’équipe muni­ci­pale, pas forcé­ment posi­tives (cf ci-dessus). Par contre, ça c’est sûr, l’argent irait aussi dans le budget global. Autre assu­rance, cet argent servi­rait égale­ment à finan­cer l’inu­tile et dispen­dieuse LGV Poitiers Limoges. Il servi­rait à payer le loyer du TAP cinéma au CGR (180.000 euros/an). Il servi­rait aussi à finan­cer la future réno­va­tion de l’ac­tuel Palais de justice qui démé­na­gera vers l’ex lycée des Feuillants acheté à l’en­sei­gne­ment privé (3 millions d’eu­ros) et offert gratui­te­ment à l’État.

Rappelle-toi Marcel. « Les promesses n’en­gage que ceux qui y croient ». Pour notre part nous privi­lé­gions le débat sur le terrain des choix poli­tiques.

Il ne te manque pour être complet dans le binaire, Marcel, que l’ar­gu­ment des « intel­lec­tuels » contre les gens normaux, vieil argu­ment créé pour l’opi­nion publique ventri­loque qui, en répé­tant cette oppo­si­tion, se prive d’un monde auquel elle aurait droit, celui de l’ou­ver­ture d’es­prit et de l’en­ri­chis­se­ment de soi.

Un peu d’hu­mour (noir)

Si la mairie actuelle n’est pas percu­tée par l’ir­rup­tion d’une vraie gauche aux prochaines muni­ci­pales, j’ima­gine un instant tes argu­ments futurs.

Quand le libé­ral-socia­lisme local priva­ti­sera la piscine de la Pépi­nière, tu vili­pen­de­ras la mino­rité d’oi­sifs du chlore contre la majo­rité poite­vine au travail ?

Sur la future priva­ti­sa­tion du Centre de loisirs du bois de Saint Pierre ? « La popu­laire Poitiers ne doit pas payer pour la pavillo­naire Smarves ! »

Lâchage du cinéma Le Dietrich car il ne fait pas assez d’en­trées ? Tu honni­ras les « soi-disant » amou­reux du cinéma qui ne veulent pas orien­ter les crédits vers les concerts gratuits de l’été ?

Quand il vendra l’ex­ploi­ta­tion des parkings tu porte­ras aux nues la popu­la­tion labo­rieuse qui marche à pied contre les privi­lé­giés de la bagnole ?

Salu­ta­tions mili­tantes

Quand à moi, qui ait pour l’ins­tant un travail et pour encore trop de temps, avec mes cama­rades qui militent contre la priva­ti­sa­tion de l’an­cien Théâtre, quand le libé­ra­lisme à la rose piquera ta pension de retraite, moi et mes cama­rades nous ferons le choix raisonné, opiniâtre et festif, de protes­ter toujours aussi fort contre ce système qui sacri­fie tout sur l’au­tel de l’argent roi.

Et je parie que sur ce terrain-là non plus, on ne perd pas d’ef­fec­tifs.

Salu­ta­tions mili­tantes, syndi­cales, poli­tiques, asso­cia­tives

Pascal (Gauche Anti­ca­pi­ta­liste)

 

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