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Clémen­tine Autain et la vacci­na­tion à Sevran

Blog Clémen­tine Autain >>>>> 27 décembre 2020

Malgré les doutes et les hési­ta­tions, malgré le flou entou­rant les aspects finan­ciers et contrac­tuels, je suis ravie que l’hô­pi­tal René Muret à Sevran accueille une partie des premières doses françaises du vaccin à desti­na­tion de ses patients âgés. Nous ne pouvons igno­rer l’es­poir que cela peut repré­sen­ter. C’est une fierté que, dans notre terri­toire de Seine-Saint-Denis, soit ainsi impulsé la pers­pec­tive de faire recu­ler le Covid 19.

Je veux croire cet essai, égale­ment initié à Dijon, promet­teur de la fin d’un tunnel de morts, de confi­ne­ments, de priva­tion de liberté, de tensions psycho­lo­giques de masse, d’in­tense dureté sociale, de panne de projec­tion dans l’ave­nir. La science peut être cette porte qui ouvre un avenir débar­rassé d’une pandé­mie rava­geuse. Je rappelle qu’his­to­rique­ment, le vaccin est un progrès scien­ti­fique de grande ampleur. La décou­verte de ce méca­nisme produi­sant des anti­corps a permis de faire recu­ler de graves mala­dies comme la diph­té­rie, le téta­nos ou la rougeole.

Je le rappelle parce que les temps sont critiques à l’égard des vaccins, si critiques d’ailleurs que le non recours aux vaccins a conduit à la réap­pa­ri­tion de mala­dies que l’on croyait d’un autre temps. Si cette méfiance vis-à-vis de ce progrès scien­ti­fique s’est déployée dans notre pays et ailleurs, c’est que la marchan­di­sa­tion de la santé, la destruc­tion de l’éco­sys­tème et la défiance à l’égard des insti­tu­tions ont jeté le trouble. Comment ne pas le comprendre ? De récents scan­dales, comme par exemple celui du labo­ra­toire Servier avec le tris­te­ment fameux Media­tor, parmi d’autres, ont donné à voir les dérives possibles de la recherche du profit comme mantra dans le monde médi­cal et son funeste impact sur la vie humaine.

Oui, nous avons besoin de garan­ties pour que la quête de renta­bi­lité des entre­prises phar­ma­ceu­tiques ne prenne jamais le pas sur l’in­té­rêt de la popu­la­tion.

La santé est un bien commun qui ne peut prendre le risque de se jouer en bourse et doit être maitrisé par nous-mêmes, c’est-à-dire démo­cra­tique­ment.

C’est pourquoi nous ne cessons de reven­diquer un pôle public du médi­ca­ment.

Lais­ser dans les mains du privé des enjeux aussi vitaux est tout simple­ment dange­reux.

Ce qui, à mon sens, doit être mis en cause, c’est la compé­ti­tion entre groupes privés, et les inté­rêts finan­ciers qui l’ac­com­pagnent, pour trou­ver la voie médi­cale, acces­sible à toutes et tous, qui nous sorte de la nasse. Cette compé­ti­tion tant vantée créé sans doute de l’ému­la­tion mais je crois ce méca­nisme nette­ment moins effi­cace et sécu­ri­sant que la coopé­ra­tion d’équipes de recherche unique­ment tour­nées vers le bien commun.

Il n’y a qu’à voir les mouve­ments en bourse juste après les annonces de premières décou­vertes de vaccin.

En lais­sant faire le marché, la puis­sance publique ne joue pas son rôle pour nous proté­ger de bout en bout.

Cela ne date pas d’hier, ce sont des logiques profondes de ceux qui gouvernent, et au long court, qui nous ont tant coûté dans cette crise du Covid.

Mais cela ne me rappelle qu’a­vec plus de force que c’est dans ce même hôpi­tal qu’on annonçait en 2019 un plan de ferme­ture de 179 lits de soin longue durée, menaçant le service de géria­trie.

Les agents en grève nous aler­taient sur la dégra­da­tion de la logique du soin, favo­ri­sant in fine la renta­bi­lité des groupes gestion­naires des EHPAD…

Le ministre Veran a bien fait de ne pas venir.

Nous lui aurions alors rappelé que les maigres efforts consen­tis à ce secteur pour­tant vital sont à des années lumières de ce dont nous avons besoin, d’au­tant que la Seine-Saint-Denis a payé un très lourd tribut humain dans cette crise sani­taire qui est aussi une crise poli­tique.

Pas d’inquié­tude : nous aurons mille autres occa­sions de tirer la sonnette d’alarme et de tenir la dragée haute

Clémen­tine Autain

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