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Covid 19. Prin­temps 2020 -Prin­temps 2021: retour à la case départ?

Note du groupe de réflexion sur la crise sani­taire –Avril2021

réédi­tion de cette note déjà parue sur notre site.

Mars 2021, presque jour pour jour la date anni­ver­saire du premier confi­ne­ment, retour à la case départ. Le chef de l’état l’a dit lui-même le 31 mars: « Nous avons tout fait pour prendre ces déci­sions le plus tard possible ». C’est peut-être juste­ment le problème, si on rembo­bine le film il y a quelques mois. Le variant anglais est alors déjà majo­ri­taire en Grande Bretagne, les hôpi­taux sont rapi­de­ment débor­dés et on apprend que ce variant est plus conta­gieux et aussi plus viru­lent (il fait plus de morts chez des gens plus jeunes et en bonne santé). Réac­tion logique de la Grande Bretagne : mise en place de mesures de restric­tion impor­tante des inter­ac­tions sociales, asso­ciées à une accé­lé­ra­tion de la vacci­na­tion. A l’époque de la déci­sion du confi­ne­ment en Grande Bretagne (5 janvier dernier), 50 000 nouvelles conta­mi­na­tions par jour, et un desser­re­ment progres­sif qui commence le 8 mars avec la réou­ver­ture des écoles. Il a fallu un mois de restric­tions (entre le 5 janvier et le 6 février) pour reve­nir à un niveau de conta­mi­na­tions à 18 000 cas par jour et la barre des 5000 cas par jour est fran­chie au 31 mars seule­ment.

Nous sommes actuel­le­ment près de 40 000 cas par jour en France, donc pas très loin de la Grande Bretagne le 5 janvier, et on nous promet « seule­ment » 4 semaines de confi­ne­ment… Alors que la Grande Bretagne, qui a vacciné plus vite que nous, a réou­vert les écoles deux mois après le début de son confi­ne­ment…

Nous avons vu ce qu’il s’est passé en Angle­terre, comment n’avons-nous rien pu faire pour éviter que la même vague déferle sur nous? Alors que nous savions que ce variant dont nous surveil­lions la circu­la­tion sur notre terri­toire était plus conta­gieux et plus mortel?

Atten­tisme ou inter­ven­tion. Le conseil scien­ti­fique, dans son avis du 11 mars détaillait les deux stra­té­gies possibles: La stra­té­gie atten­tiste, ou l’in­ter­ven­tion précoce. La stra­té­gie atten­tiste (qui est donc celle que nous avons eu), a consisté à attendre que les hôpi­taux soient au bord de la satu­ra­tion (voir déjà en satu­ra­tion), pour renfor­cer les mesures. Ce qui implique d’ac­cep­ter un nombre mensuel rela­ti­ve­ment élevé de décès (envi­ron 10000), d’ac­cep­ter un certain nombre de burn out chez les soignant.es déjà épuisé.es au bout de longs mois d’une crise sani­taire qui ne s’est jamais arrê­tée pour eux. C’est donc à ces soignant.es, héroïne.s d’hier, que notre président demandé un « effort » ce 31 mars, tout en sachant perti­nem­ment qu’il les envoyait à nouveau « au front » avec toujours aussi peu de ressources.

Pourquoi est-on obligé de dépro­gram­mer à l’hô­pi­tal? Parce que les person­nels de bloc opéra­toire et leurs machines sont utili­sés pour faire de la réani­ma­tion des patients COVID. Quand les blocs opéra­toires ne suffisent plus, dans certains hôpi­taux, on trans­forme actuel­le­ment le restau­rant du person­nel en salle de réani­ma­tion…

La stra­té­gie de l’in­ter­ven­tion précoce, l’autre stra­té­gie possible, consis­tait à inter­ve­nir dès le moment où des signaux clairs d’un rebond prévi­sible de l’épi­dé­mie se sont mani­fes­tés, avant que les hôpi­taux soient proches de la satu­ra­tion et obli­gés de dépro­gram­mer (ce qui était le cas déjà mi-février pour nous). Cette approche aurait permis de dimi­nuer le nombre de décès et d’hos­pi­ta­li­sa­tions. Les mesures mises en place peuvent égale­ment être plus loca­li­sées, en fonc­tion de l’in­ci­dence dans une zone donnée, et levées plus rapi­de­ment car la vague étant moins haute, on met moins de temps à la faire redes­cendre à un niveau accep­table. D’autre part, on peut tester préco­ce­ment diffé­rentes stra­té­gies plus ou moins strictes, alors que quand on est en situa­tion de satu­ra­tion, on est obligé de prendre des mesures strictes d’em­blée.

Le choix gouver­ne­men­tal « assumé » de l’at­ten­tisme

Le gouver­ne­ment actuel a donc fait un choix assumé, celui de n’agir qu’en dernière minute. Donc celui de sacri­fier un certain nombre de vies et d’ac­cé­lé­rer un peu plus la mort lente de l’hô­pi­tal public à travers la détresse des soignant.es qui, petit à petit, quittent le navire écœuré.es de tant de mépris après un an « d’ef­forts ». Pour­tant, nous n’avons jamais été aussi près d’une poten­tielle sortie de crise. Dans tous les pays où les campagnes de vacci­na­tion ont pu être menées rapi­de­ment, asso­ciées initia­le­ment à une décrue du nombre de cas du fait de mesures effi­caces de contrôle de la circu­la­tion virale, la vie « normale » reprend peu à peu son cours. Les vaccins actuel­le­ment dispo­nibles sont effi­caces sur le variant anglais. La vacci­na­tion est bien la clé pour sortir de cette pandé­mie. Cepen­dant, des vaccins placés sous le mono­pole des firmes phar­ma­ceu­tiques, dont l’objec­tif est le profit, vendus à prix d’or et réser­vés aux pays riches, ne seront jamais une solu­tion durable à celle-ci. C’est pourquoi la levée des brevets sur les vaccins pour favo­ri­ser un accès le plus large possible à la vacci­na­tion est une néces­sité abso­lue.

Les vraies solu­tions pour sortir de cette crise demeurent:

Inves­tir massi­ve­ment dans les moyens de l’hô­pi­tal public et plus large­ment dans le système de santé, car les struc­tures de soins primaires et de préven­tion se sont montrées parti­cu­liè­re­ment sous-utili­sées dans cette crise (notam­ment concer­nant la mise en place de la vacci­na­tion), notam­ment du fait du sous-inves­tis­se­ment qu’elles ont subi depuis de nombreuses années. Cet inves­tis­se­ment n’aura pas un effet immé­diat sur la crise sani­taire, mais permet­tra d’en­vi­sa­ger un vrai avenir pour la santé publique de ce pays et pour l’ave­nir de l’hô­pi­tal actuel­le­ment menacé.

Faire bais­ser au maxi­mum la circu­la­tion virale tout en vacci­nant le plus large­ment possible en même temps. Vacci­ner alors que le virus circule beau­coup est moins effi­cace car les indi­vi­dus peuvent se conta­mi­ner avant que leur vacci­na­tion soit effi­cace, et par ailleurs, le risque de voir appa­raître des mutants résis­tants au vaccin est plus grand. Afin de faire bais­ser la circu­la­tion virale, des mesures de confi­ne­ment asso­ciant une limi­ta­tion des dépla­ce­ments inter-régio­naux, une réou­ver­ture retar­dée et contrô­lée des écoles (à ½ jauge) et la systé­ma­ti­sa­tion du télé­tra­vail (en impo­sant des jauges comme lors du décon­fi­ne­ment en mai et en ne comp­tant pas seule­ment sur la bonne volonté des employeurs comme c’est le cas aujourd’­hui). Etant donné que seule une mino­rité des conta­mi­na­tions se produisent en exté­rieur (envi­ron 5%), les sorties en exté­rieur peuvent rester auto­ri­sées.-L’ac­cès à la vacci­na­tion pour tous les pays ne peut avoir lieu sans une levée desbre­vets sur les vaccins. Celle-ci est une néces­sité urgente.

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